Retour en entreprise aujourd’hui, avec précautions !

Ils·elles reviennent dans les bureaux ! Deux ou trois jours par semaine ou tous les jours. Comment rompre avec des habitudes à domicile acquises depuis de longs mois ? Autant de questions qui ont tracassé les chef·fes d’entreprise et managers ces dernières semaines…

1 – Le nouveau bureau

C’est une étude, première de son genre, qui risque de faire grand bruit dans les semaines à venir. Pour la première fois, deux chercheuses de la chaire Workplace Management de l’Essec Business School ont analysé le rapport des Français·es à leur bureau dans un monde post-covid. Selon cette étude menée par Ingrid Nappi, professeure à l’Essec, et Gisele de Campos Ribeiro, ingénieure de recherche, 73 % de nos compatriotes souhaitent poursuivre l’expérience du télétravail à l’avenir à raison de deux jours par semaine en moyenne. Mais ce chiffre cache en réalité des disparités sociales. Les cadres plébiscitent en masse le télétravail (pour 85 % d’entre eux) là où les employé·es ne sont pas aussi enthousiastes (seul·es 67 % souhaitent le poursuivre dans les mois à venir). « Télétravailler dans un studio parisien ou dans un grand pavillon de banlieue parisienne, ce sont des conditions qui n’ont rien à voir, ce qui explique les disparités que l’on a pu observer entre les répondants », nuance Ingrid Nappi.
Alors comment faire revenir des salarié·es au bureau ? « Le plus important, c’est que les entreprises soient flexibles, surtout au début, détaille Claire Désarnaud associée à Wecare@Work. Certains vont vouloir revenir très rapidement, d’autres vont avoir besoin de plus de temps, il faut s’adapter et ne rien brusquer. » Dans son agence de conseil, Wecare@Work, on est habitué depuis plusieurs années à accompagner les salarié·es absent·es pendant plusieurs semaines, voire quelques mois, à cause d’une maladie, d’un événement, à revenir au bureau. La bascule avec la thématique covid était toute trouvée. « Nous avons développé des outils pour accompagner les managers à cette nouvelle phase qui s’ouvre à eux. Après plus d’un an de distance, il va falloir un temps de réadaptation pour tous et toutes, et surtout réfléchir à de nouveaux modes d’organisation. » Vouloir faire revenir tout le monde en même temps cinq jours sur cinq présente un risque, celui du développement de troubles psychosociaux. « Agir de manière trop brutale, sans concertation, c’est prendre le risque de voir une avalanche d’arrêts maladie débarquer dans les services. »
À quoi ressemblera le bureau idéal post-confinement ? « Aussi paradoxal que ça puisse paraître, si les salarié·es veulent une flexibilité dans leur mode d’organisation et une poursuite du télétravail, ils et elles souhaitent également revenir à leur bureau tel qu’avant, avec un poste attribué », explique Ingrid Nappi. Les grands open spaces ne font d’ailleurs plus rêver grand monde. Seuls 12 % des répondant·es l’envisagent comme bureau idéal. « Tout ça pose bien évidemment des questions aux entreprises puisqu’avec des salarié·es en télétravail une partie du temps, le flexoffice semble plus adapté. Mais il ne séduit que 4 % des répondants », constate l’enseignante.

2 – Télétravailler dans le monde d’après

Les Français·es plébiscitent largement le télétravail, mais comment l’organiser et l’institutionnaliser ? « D’abord, et même si le télétravail deux jours par semaine est demandé par les salarié·es, seul·es 48 % d’entre eux·elles tirent un bilan positif de cette expérience », détaille Ingrid Nappi de l’Essec. Les raisons de ce bilan mitigé ? Pour Yann-Maël Larher, avocat et fondateur de Legal Brain Avocats, « le télétravail a été totalement improvisé ces derniers mois. Dans beaucoup d’entreprises, on s’est contenté de donner des ordinateurs portables aux salarié·es sans réfléchir aux outils de collaboration efficaces à distance ».
Si le télétravail a été mal préparé, Yann-Maël Larher reconnaît cependant la manière dont il a été perçu dans l’entreprise. « Avant, le télétravail était réservé à un petit nombre, désormais il s’est démocratisé et n’est plus tabou en entreprise. » Avant le premier confinement, effectivement seul·es 19 % des salarié·es télétravaillaient de manière régulière selon l’étude de l’Essec. Or, avec 73 % des salarié·es qui souhaitent poursuivre cette expérience du télétravail, il va falloir re-réfléchir à d’autres méthodes. Et pour Boris Heim, cofondateur et directeur d’Extramuros télétravail, c’est tout un modèle qu’il faut faire évoluer. « Je pense qu’on s’est trompés sur toute la ligne ces derniers mois avec le modèle mis en place en France, dénonce l’entrepreneur. On a mis en place un domotravail qui a été pénible pour tout le monde, car le travail n’a rien à faire au domicile. Le télétravail n’a rien à voir avec tout ça. » Lui plaide pour faire sortir le travail du foyer familial pour le bien-être de tous, mental ou physique. « Le vrai télétravail s’accomplit effectivement en dehors du bureau de l’entreprise, mais dans des lieux adaptés. » Depuis plusieurs années, il se bat pour créer des espaces de télétravail à moins de cinq minutes du domicile de chaque salarié·e. « Nous avons en France un réseau important d’espaces de coworking. L’idée, c’est de les mettre à disposition des télétravailleurs pour qu’ils puissent chacun se rendre au tiers lieu le plus proche de chez eux·elles. » Pour souligner l’urgence à séparer domicile et travail, le spécialiste pointe l’augmentation des cas de divorce depuis le confinement : une hausse de 122 % pour le cabinet d’avocats britanniques Stewarts. Et au-delà de cette innovation du télétravail en coworking, quelques règles simples restent à mettre en place. « Les managers doivent se replonger dans les mois qui viennent de s’écouler. D’abord pour se rendre compte que le télétravail fonctionne en entreprise, ensuite pour mettre en place de véritables dispositifs de collaboration numérique pour travailler ensemble », recommande Yann-Maël Larher.

3 – Le bureau, un lieu social avant tout

Le télétravail a participé à freiner la propagation de la covid. Il a également représenté un manque important de lien social en entreprise. « Plus que jamais, nous nous sommes rendu compte que le travail était un lieu de socialisation, décrypte Claire Désarnaud, de Wecare@Work. Nous avons besoin des autres. Passer la journée seul·e, même avec des réunions virtuelles, n’a rien d’idéal. » Un besoin de social qui ressort de l’étude menée à l’Essec. Pour 27 % des répondant·es, le bureau représente « un lieu où participer à la vie de l’entreprise » et 24 % d’entre eux le voient comme « un lieu de rencontre, d’échanges et de convivialité ». Il faudra donc réussir à recréer ce lien social sous de multiples contraintes : des équipes qui ne se sont pas vues depuis parfois plusieurs mois et qui ont souvent évolué avec des départs et des arrivées, et des salarié·es qui ne seront, sans doute, pas au même moment au bureau. « Les gens ont besoin et envie de se retrouver. Il faut remettre en place des team building, des séminaires, bref des moments de collectif », conseille Claire Désarnaud. Depuis le 19 mai, les hôtels organisent de nouveau des séminaires, dans le respect des jauges en place. Avec la fin de la limitation le 30 juin, les professio.nnel·les du secteur prévoient le retour de grands événements d’entreprise. Les foires et salons, eux, ne devraient reprendre qu’à partir de septembre. Ils représenteront un temps fort dans la vie des entreprises. « Ce qu’il faut avant tout mettre en avant dans les prochains mois et dans ce nouveau monde professionnel, c’est la confiance que les uns et les autres peuvent se manifester et la coconstruction des nouveaux modèles, avance Boris Heim. Fini le temps des oppositions stériles entre managers et salarié·es. La nouvelle ère professionnelle qui verra l’arrivée massive du télétravail en coworking doit donner à tous et toutes le moyen de nouer un dialogue serein et constructif pour l’avenir. »

Guillaume Ouattara

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