Demain, intrapreneurs

Entre la numérisation et la robotisation, les entreprises sont confrontées à une mutation sans précédent. Le coworking et ses variantes en sont les premières traductions.

Le numérique qui accélère dans tous les domaines à coup de fibre et d’IA s’impose comme un facteur de transformation dans tous les secteurs et toutes les activités de l’entreprise. Si l’on y ajoute la robotisation, tous les postes se conformeront aux nouvelles exigences apportées par les nouveaux outils : efficacité, optimisation, flexibilité, initiative, responsabilité… Les chiffres sont connus : l’OCDE a calculé que d’ici à 15 ans, 10 % des emplois étaient directement menacés de disparition car 70 % ou plus des tâches accomplies pourront l’être par des machines ou via une intelligence artificielle. Et 20 à 25 % d’autres emplois verront 50 à 70 % de leurs tâches automatisées. Le « travail » de demain sera bien différent de celui d’aujourd’hui, et tout changera dans l’entreprise. Selon France Stratégie, « les travaux de prospective dessinent un monde qui exigera des organisations du travail plus souples et plus évolutives, capables de faire face aux changements, même rapides, voire de les anticiper ».

Que ce bouleversement annoncé soit majeur se décrypte éloquemment  par le nombre d’entités, organismes, professionnels qui s’en emparent : CNRS, instituts de recherches, cabinets de conseil, gouvernements… Les conclusions, pour la plupart, vont dans le même sens : on ne sait pas encore ce que sera le résultat final, mais l’on sait que l’humain, en tant que ressource, y sera central.

Révolution salariale

Outre l’automatisation, un autre effet majeur du numérique sur le travail est en train de provoquer un fort mouvement vers l’entrepreneuriat. Lequel trouve un terreau de croissance fertile dans l’utilisation accrue d’indépendants par des entreprises en quête d’agilité. En conséquence, les plates-formes – qu’elles soient de production, collaboratives, ou de mise en relation – seront des acteurs et organisateurs majeurs du monde du travail. Dans l’entreprise, le salariat constituera un noyau dur, hautement qualifié, qui pilotera des « temporaires » et des « prestataires ». Et, pour superviser le tout, une organisation souple où les hiérarchies pyramidales font place à des structures transversales et modulaires. L’entreprise du futur ne pensera pas en termes de réseau, mais en termes d’écosystème. Selon Joël de Rosnay, « le maître mot des succès à venir est la symbiose ».

À laquelle s’ajoute … le plaisir. La notion de risque ne doit s’entendre au sens négatif du mot : « Il faut savoir s’adapter, surveiller son environnement pour bouger en temps réel. Dans la société fluide bâtie par le numérique, le pouvoir est transversal, l’accélération permanente et le déséquilibre nécessaire. »

Il ne s’agit pas seulement de performance. « L’automatisation amène les sociétés à repenser d’autant plus l’importance et la valeur des qualités humaines telles que l’empathie, la communication, la persuasion, la négociation, la capacité à résoudre des problèmes et la pensée stratégique », explique Deloitte dans son étude sur les tendances 2018 en matière de travail et de capital humain. Les compétences de 2030 ne seront pas celles de 2018, ce qui impacte à la fois la formation, nécessairement continue, et le recrutement. Mais les salariés eux-mêmes changent. De l’addiction à leur mobile à la construction d’un shadow IT composé de leurs terminaux privés, la révolution numérique a brouillé comme jamais auparavant la frontière entre la sphère privée et la sphère professionnelle. Et leurs aspirations – notamment pour les nouvelles générations – sont en train de basculer, marquées par l’envie d’accomplir un travail qui ait du sens. Plutôt que de salariés, il faudra sans doute parler d’intrapreneurs…

Les « lieux », témoins et reflets de la transformation

La façon dont l’entreprise utilise l’espace est un parfait reflet de ces évolutions. Côté fabrication, on est passé des ateliers indépendants à la chaîne de production puis à la chaîne automatisée avec, à côté, un lab où les salariés-intrapreneurs fonctionnent en mode start-up. Et côté bureau, l’essor de l’espace de coworking constitue un autre « symptôme » de l’évolution à l’oeuvre. Ce qui est d’abord né principalement pour mutualiser les coûts est en train d’entrer dans les entreprises pour ce qu’il apporte aux modes de travail. « Les entreprises réfléchissent à l’aménagement d’espaces de corpoworking, dédiés à leurs salariés et leurs prestataires, qui fonctionneront comme des espaces de coworking, combinant plusieurs typologies d’espace, ouverts et favorisant la co-construction », estime Élodie Dallongeville, de Génie des Lieux. « Ce qui répond à la tendance de fond qui veut rouvrir les relations dans l’entreprise – et ça correspond aussi avec l’arrivée des nouvelles générations. » Est-il étonnant que si les métiers évoluent, les bureaux s’adaptent ? Évidemment non. Les tiers lieux, le coworking ne formatent pas une nouvelle façon de travailler, ils en sont le reflet.

Jean-Marie Benoist

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