Israël, l'accalmie n'est pas pour demain

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Benjamin Netanyahou, sorti en tête des élections législatives, mardi 1er novembre, est bien placé pour tenter un troisième retour au pouvoir.

Le pays hébreu, en raison de son système électoral, peine à installer un gouvernement dans la durée. Après deux élections législatives en 2019, les citoyens se sont habitués à aller aux urnes une fois l’an. 2020, 2021… et 2022.

La règle du jeu électoral en Israël est simple comme bonjour. C’est bien le problème d’ailleurs. 120 sièges sont à pourvoir à la Knesset, le parlement monocaméral du pays. Les places sont réparties à la proportionnelle intégrale à un tour. Ainsi, aucun parti ne peut gouverner seul, il faut constituer des alliances. Tout cela fait le miel des petits partis – très nombreux – qui peuvent faire la loi. Même avec un ou deux sièges.

Hier soir, c’est le Likoud, fameux parti de l’homme fort d’Israël, Benjamin Netanyahou, qui est sorti premier. En tête, oui, mais avec seulement 30 ou 31 sièges sur 120… Loin de la majorité. Netanyahou, dans l’opposition depuis juin 2021, espère retrouver le siège de Premier ministre. Il a occupé cette éminente fonction à diverses reprises, de manière hachée. Une première fois entre juin 1996 et juillet 1999 (un apprentissage), puis de 2009 à 2021.

Pour retrouver le pouvoir, « Bibi » va devoir convaincre ses amis et surtout ses adversaires, pour tenter une impossible synthèse. Le pays reste très partagé sur sa personne. S’il compte bien des admirateurs zélés, beaucoup refusent son retour et l’accusent des pires méfaits de corruption.

L’élection a quasiment constitué un référendum sur sa personne. Les télévisions israéliennes, pour compter les suffrages hier soir, distinguaient les partis « pro » et « anti » Netanyahou.

Depuis son QG de Jérusalem, dans la nuit chaude du Moyen-Orient, le leader de la droite s’est exclamé : « J’ai de l’expérience, j’ai fait quelques élections, nous devons attendre les résultats définitifs mais notre chemin, celui du Likoud, a prouvé qu’il était le bon, nous sommes près d’une grande victoire […] si les résultats sont comme ceux des sondages ce soir, je formerai un gouvernement national pour tous les citoyens d’Israël. »

Un prisme politique éclaté…

Derrière le Likoud, les autres partis se poussent du col. Il y a d’abord la formation Yesh Atid, qui est l’apanage du Premier ministre sortant, le centriste Yaïr Lapid (entre 22 et 24 sièges).

L’alliance Parti sioniste religieux (extrême-droite), de Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, obtient 14 sièges. L’ancien chef de l’armée, Benny Gantz, obtient 12 sièges avec son parti de centre-droit Hosen L’Yisrael. Des formations plus modestes complètent le tableau – elles seront indispensables.

Les partis arabes, qui, coalisés, avaient pu obtenir jusqu’à 15 sièges, sont partis séparément. Ils vont tout de même compliquer l’équation de Netanyahou. Les travaillistes (gauche), jadis ultra-majoritaires au temps de Ben Gourion ou de Golda Meir, peinent à franchir le seuil d’éligibilité, fixé à 3,25 %…

… et de plus en plus radical

Pour gouverner Israël et son économie inventive, Benjamin Netanyahou va devoir s’allier avec la formation extrémiste d’ Itamar Ben Gvir, tête de proue du Parti sioniste religieux. Ce partisan du « grand Israël » qui souhaite autoriser les policiers à tirer dans la foule à balles réelles lors des manifestations, a déclaré qu’il gouvernerait « pour tous les Israéliens, même ceux qui le détestent ». Il devrait obtenir le ministère de la Sécurité publique.

Un ancien chef d’état-major, Dan Haloutz, s’inquiète de cette sombre perspective, disant craindre la « guerre civile » en Israël. Ce haut-gradé ajoute : « Nous ne renoncerons jamais aux droits fondamentaux, cette personne a été exemptée du service militaire et a de nombreuses infractions à son actif. Je ne sais pas comment elle a pu être autorisée à posséder une arme de poing. »

Les partis ultra-orthodoxes, autres alliés de Benyamin Netanyahou, ont 10 sièges pour Shass (séfarade) et sept pour Judaïsme unifié de la Torah (ashkénaze). Un député de ce dernier parti, très rigoriste, a insulté ses adversaires « d’animaux », lors de la proclamation des résultats. Des extrémistes ultra-orthodoxes ont également répandu un liquide nocif dans un bureau de vote de Beit Shemersh, à la frontière avec la Cisjordanie. Le but : empêcher les citoyens de s’exprimer démocratiquement. L’accalmie n’est pas pour demain.

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