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Si nous étions sur les routes du Tour, les commentateurs diraient qu’elle réalise une incroyable échappée.

Dans un sondage choc réalisé par l’Ifop pour Le Figaro Magazine et Sud Radio, Marine Le Pen augmente son score présidentiel de 7,5 points. Au premier tour, en cas d’affrontement avec Édouard Philippe, elle ferait 29 % contre 26 % pour le maire du Havre. 32 % face à Bruno Le Maire. 35 % face à Gérald Darmanin.

En bref, pour la première fois, Marine Le Pen sortirait assez largement en tête du premier tour… Et serait donc en pole position pour le second, où elle affronterait théoriquement Jean-Luc Mélenchon dans un match explosif… De quoi marquer l’Histoire et devenir la première femme à présider la France ?

Pas de doute, ce sondage vient corroborer l’impression générale. Marine Le Pen est la grande gagnante de cette première séquence du quinquennat. Sa campagne chiraquienne, sa stratégie à l’Assemblée, son opposition tranquille sur la réforme des retraites… Tout semble la faire gagner en présidentiabilité.

Un mot de cet autre sondage, qui vient lui aussi de sortir. Toujours l’Ifop, toujours à propos de Marine Le Pen, mais cette fois pour Paris Match. Le magazine, dont le service politique est dirigé par notre consœur Laurence Ferrari, analyse le rapport que les Français entretiennent avec la députée du Pas-de-Calais. Là encore, les choses changent… 58 % des sondés l’estiment proche des préoccupations des gens. 57 % soulignent son attachement aux valeurs démocratiques. 52 % la jugent compétente (contre 46 % il y a un an). Seul bémol pour la résidente de La Celle-Saint-Cloud : 53 % des sondés ne l’imaginent pas encore déménager à l’Élysée.

Blonde chic, bon genre

Ces chiffres impressionnent. Et pourtant, Marine Le Pen semble en retrait. Comme en deuxième ligne. Peu présente dans le débat public, la figure de proue du RN se concentre sur son rôle de présidente de groupe à l’Assemblée. Une, deux ou trois matinales par mois, tout au plus. Son fidèle lieutenant, Jordan Bardella, reçoit la mission de la remplacer dans la France des studios. Marine Le Pen a l’art de savoir se taire lorsqu’il le faut. Celle qui fut accusée par Éric Zemmour « de préférer les chats aux livres » ne connaît peut-être pas l’œuvre de Péguy ou de Bainville sur le bout des doigts, mais elle est douée d’un solide instinct.

Elle crève l’écran de la France des régions. Ses prises de paroles font mouche dans une nation frappée par l’inflation, la peur du lendemain et le mal de vivre. Lors de ses déplacements, elle est souvent l’objet d’une sorte de frénésie incroyable où, telle une star d’un nouveau genre, elle se voit demander selfies, embrassades et câlins. N’est-elle pas la seule personnalité politique qu’on appelle par son prénom : « Marine » ?

La marinisme, miroir inversé du macronisme

Dieu sait pourtant qu’elle reste dénigrée. Pour une certaine gauche, elle est d’extrême-droite. Pour une certaine droite, elle est quasiment gauchiste voire « marxiste » (cf. Patrick Buisson). Ici, on dit qu’elle est populiste. Là-bas, on la traite d’idiote. Plus loin encore, on l’accuse d’être la marionnette du Kremlin. Dans certaines sphères, on imagine même qu’elle ne désire pas vraiment le pouvoir – à l’instar de son père. Ses deux débats face à Emmanuel Macron posent question. Tant pis : elle ignore sarcasmes et lazzis. En résilience.

Face à un camp central essoufflé et une Nupes qui a perdu des plumes dans la contestation radicale de la réforme ; « MLP » est la seule à progresser. Alors que la politique semble plus liquide que jamais, son socle électoral demeure un point de stabilité dans le paysage électoral en désordre.

Au temps des comètes politiques, ces candidats sortis de nulle part et finalement élus, comme Macron ou Trump, Marine Le Pen reste fidèle à la vieille école. Convaincue que les Français aiment « les politiques au long cours », elle suit le parcours initiatique. Victoires, défaites, traversées du désert… Mitterrand et Chirac eurent besoin de trois tentatives pour être élus. Marine Le Pen espère que la quatrième sera la bonne. Comme une ligne droite.


Les indiscrets d’ERB

Démission d’élus : Lisnard sonne l’alerte · Le président de l’Association des Maires de France (AMF) pointe du doigt une cruelle réalité. Oui, les politiques locaux ont le blues. Depuis les dernières municipales, 2 000 élus se sont rétractés. Des maires, des adjoints, de simples conseillers municipaux… Une hémorragie civique qui nous bouscule. Pour Le Figaro, David Lisnard, maire de Cannes, analyse cette crise des vocations. « Comme tant de mes collègues, je suis réveillé deux à trois nuits entre 1 heure et 4 heures du matin chaque semaine. Tous les maires qui vivent cela assument leur mission par vocation, mais ils sont dans l’immense majorité moins rémunérés que des cadres moyens. C’est pour cela que la question des indemnités mérite d’être posée à la hauteur des responsabilités exercées. »

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