Élection présidentielle : la tentation girondine

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Décentralisation, le refrain du pouvoir

En pleine covid, le salut devait passer par les territoires. Un Premier ministre « terrain » fut nommé. Les candidat·es présidentiables n’ont que le local à la bouche. Et si le vieux jacobinisme à la française cédait face aux clameurs girondistes ? Reste à savoir si la France est enfin prête à une telle décentralisation. Analyse.

« Il faut que tout change. La société française est malade […] La crise de covid a acté la fin du centralisme ! » On sent le discours de campagne. Ces mâles accents tenus lors de la foire de Châlons-en-Champagne fin août proviennent de Xavier Bertrand – fraîchement réélu président de la région Hauts-de-France et candidat à l’élection présidentielle. Ils illustrent à merveille sa promesse de « République des territoires », projet vraisemblablement au cœur de son futur programme et sans doute aussi de ceux de ses compétiteurs ! Car ce vieux serpent de mer qu’est la promotion de la décentralisation – elle s’affiche à chaque crise dans le débat public – semble une nouvelle fois figurer en bonne place de l’agenda politique chargé des prochains mois. En atteste le livre blanc que les grandes associations d’élu·es réunies autour de Territoires Unis (AMF, ADF…) entendent adresser dès l’automne aux candidat·es à la présidentielle pour rompre avec ce jacobinisme à la française jugé « excessif » comme le martèle, entre autres, Carole Delga, nouvelle présidente de Régions de France, elle aussi réélue à la tête de l’Occitanie. D’autant qu’Emmanuel Macron a, lui, déjà pris les devants en la matière, dès la rentrée, en défendant bec et ongles son programme Action Cœur de Ville, déployé depuis cinq ans en faveur de la revitalisation des villes moyennes. C’est dire si l’idée d’un girondisme rénové « semble déjà s’inviter dans la campagne présidentielle », comme le confirme Vincent Aubelle, professeur à l’université Gustave-Eiffel, expert auprès de la Fondation Jean-Jaurès et coauteur de l’ouvrage Parlons décentralisation en 30 questions (La Documentation Française, 2021).

Pacte girondin ?

Car la pandémie de coronavirus semble avoir largement mis en relief les limites d’un État surpuissant, au profit des acteurs publics locaux notamment, en première ligne dans la gestion, entre autres, des masques. Un débat au cœur, donc, des crises qui frappent le pays – celle des gilets jaunes incluse – en écho aux attentes de cette France dite « périphérique » en termes d’efficacité et de proximité.

Aussi, le fameux « Pacte girondin » promis par Emmanuel Macron aux maires en début de mandat n’aura guère eu les effets escomptés, tant s’en faut ! En dépit du projet de loi 3DS (pour Différenciation, Décentralisation, Déconcentration et Simplification), voué à doper la différenciation territoriale, encore repoussé. Si bien qu’il ne pourrait même pas voir le jour avant la fin du quinquennat… Au-delà des belles paroles, « force est de constater qu’aucun programme décentralisateur n’a été pensé en amont », constate Vincent Aubelle. Lui rappelle que pour conduire une telle réforme structurante en la matière « plusieurs conditions doivent être réunies : la mener dès le début du mandat, s’appuyer sur un texte court qui ne rassemble pas pêle-mêle des questions disparates d’ordre financier, institutionnel…, et disposer d’un ministre doté d’une complète autorité sur le sujet ». On est donc loin des vagues de décentralisation qu’a connues la France dans les années 1982, 2010…, qui n’ont d’ailleurs pas pour autant levé un hiatus majeur : la hausse du taux d’abstention aux élections municipales paradoxalement doublé en 40 ans ! Un constat tout aussi flagrant avec les dernières élections départementales et régionales…

Fracture territoriale

La raison d’un tel échec ? Pour Vincent Aubelle, « si c’est à l’administration de se rapprocher des hommes et des choses – comme le disait justement Mirabeau en 1789 –, depuis des décennies nous faisons exactement l’inverse ! ». Le spécialiste déplore « une doctrine décentralisée trop enfermée dans des débats institutionnels sans fin sur les partages de compétences entre tel et tel niveau de collectivité. Des questions qui n’intéressent guère les citoyen·nes lesquel·les n’ont cure de savoir si c’est le département ou la région qui va répondre à leurs besoins en matière d’accès aux services publics, aux transports, etc. » Dès lors, comment changer enfin de paradigme en la matière pour en découdre aussi avec cette tant décriée « fracture territoriale » ? « Il faut une décentralisation renouvelée s’inscrivant d’abord dans une véritable réflexion sur la géographie et les politiques publiques », selon l’expert, avec à la clé, un enjeu de taille : « En finir avec des métropoles françaises dont les périmètres excluent leurs territoires périphériques pourtant censés s’insérer dans une réalité économique et sociale formant un tout. » De quoi peut-être interpeller les futurs candidat·es à la présidence enfin prêt·es à repenser la décentralisation avec plus de cohérence donc, et avec l’appui des premier·ères intéressé·es : les citoyen·nes.

Charles Cohen

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