Une histoire de confiance…

Depuis son « invention » (la banca des changeurs vénitiens au xiie siècle, la table de change aux portes des villes au xvie), la banque est au cœur du système de paiement mondial fondé sur la confiance institutionnalisée ‒la valeur des choses et du crédit ne repose plus sur du tangible, comme l’or. Son histoire mouvementée se confond avec celle des crises, qu’elle en soit ou non l’origine.

Evidemment, tout a commencé par l’argent. Les plus anciennes opérations de crédit attestées datent du iie millénaire avant JC : le prêt sur marchandise se pratiquait déjà dans les temples de Babylone… Mais l’argent, tel qu’on l’entend, n’existe pas encore. On a affaire au prêteur sur gage et non au « banquier » moderne. Avec l’arrivée au viie siècle avant JC de la monnaie, sous forme d’argent frappé, une nouvelle activité naît de l’essor du commerce : le change. L’activité principale des changeurs, les proto-banquiers, même si l’Empire romain pratiquait déjà des opérations de crédit et des services similaires aux chèques. Le change qui a posé les bases juridiques des opérations financières.

xiie siècle

Les bancs italiens

Les vrais débuts de la banque datent du xiie siècle, poussés par les croisades. Dans les siècles précédents  – notamment pour des raisons religieuses d’interdit de prêt à intérêt ‒, l’activité avait ralenti. Mais les grandes expéditions relancent les échanges commerciaux. Les marchands lombards du nord de l’Italie sont les premiers à s’organiser en guildes. Ils créent en 1151 à Venise la première banque à proprement parler (le mot banque vient de l’italien banca, le banc sur lequel les changeurs exerçaient leur activité). Ils exportent leur savoir-faire dans toute l’Europe, établissent de véritables réseaux et servent notamment les rois et le pape. Bientôt, d’autres familles se lancent dans l’aventure : les Fugger, les Médicis, les Strozzi…

xviie siècle

Essor et premières crises

La Renaissance voit arriver les premières banques publiques et les premières Bourses. Et malgré l’échec de la première grande banque française  – la Banque centrale de l’Écossais John Law ‒, l’élan est irrésistible. La généralisation du papier monnaie et de la lettre de crédit facilitent l’explosion du secteur : les établissements, locaux comme internationaux, se multiplient et les premières banques centrales apparaissent, comme la Banque d’Amsterdam. La Révolution française va porter, pendant un temps, un coup d’arrêt au développement du secteur en France. Il sera relancé par la création de la Banque de France par Napoléon en 1800.

xixe siècle

La banque moderne

Les développements économiques liés à la révolution industrielle entraînent une sorte d’âge d’or qui commence par l’apparitions de grandes « maisons » – Rotschild, Mirabaud, Perier de Grenoble… Mais surtout, les banques s’impliquent de plus en plus dans le financement de l’industrie. Le xixe siècle alterne périodes fastes et de crise (on en compte une tous les 30 ans en moyenne) et aboutit à l’élaboration de doctrines bancaires encore influentes aujourd’hui. Par exemple, la distinction entre banque d’affaire et banque de dépôt est formulée par Henri Germain, fondateur du Crédit Lyonnais, après la faillite d’un autre établissement (l’Union Générale) en 1882.

1945-1990

Nationalisations, privatisations et restructuration

Au début du xxe siècle, le secteur bancaire en France est riche et diversifié, même s’il connaît des épisodes difficiles, comme les fameux « emprunts russes ». Mais les deux guerres mondiales vont bouleverser la donne : inflation, fuite des capitaux, érosion des fonds propres… À la sortie de la Seconde guerre mondiale, le gouvernement de Charles de Gaulle nationalise les quatre premières banques commerciales et exerce un contrôle fort sur le crédit, qui sera assoupli par les lois Debré de 1966. Le secteur voit les porteurs de comptes se multiplier et l’arrivée de la carte bancaire. Les nationalisations lancées sous François Mitterrand seront de courte durée, puisque, dès 1987, Jacques Chirac lance la première vague de privatisations. Elles se succèderont : Société Générale, Suez, Paribas, BNP, Crédit Lyonnais… Toutes changent de nom, hors la première citée. Tous ces mouvements sont aussi l’occasion pour le secteur de se restructurer : le nombre d’établissements passe de plus de 1 500 en 1984 à moins de 1 000 en 1998.

2007

L’affaire Kerviel et la crise des subprimes

L’année 2007 voit éclater, à quelques semaines d’intervalle, deux coups de tonnerre : l’affaire Kerviel et la crise dite des subprimes. La Société Générale se retrouve à devoir annoncer, en janvier 2008, des pertes colossales de 4,9 milliards d’euros, qu’elle attribue aux activités d’un trader, Jérôme Kerviel. Si le feuilleton judiciaire n’est aujourd’hui pas terminé, le coup porté à la confiance – élément essentiel du système bancaire – est, lui, indéniable. Et la crise des subprimes n’arrange rien, élément déclencheur de la crise bancaire de 2008.

2010

La révolution numérique

À coup de plans de relances, le secteur sort petit à petit la tête de l’eau, pour aussitôt se confronter à un nouveau défi. Le numérique vient révolutionner encore le secteur, à la fois dans ses échanges, ses relations avec ses clients et ses structures mêmes. C’est l’apparition de la banque en ligne, encore aujourd’hui çà la recherche de son modèle, alors qu’une nouvelle concurrence vient les menacer, les néobanques. Agiles, en ligne et sans complexes. L’histoire de la banque 3.0 commence à peine.

Jean-Marie Benoist

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