Les 100 jours du président dans le temps pour réformer

Période durant laquelle il faut passer la vitesse…
Période durant laquelle il faut passer la vitesse…

Compte à rebours enclenché

Cette période de début de règne est particulièrement scrutée par les observateurs pour juger le dirigeant. Ses origines ne sont pas celles qu’on croit.

Dans les dîners, on montre qu’on sait. On dit que les « 100 jours » correspondent au retour de Napoléon de l’île d’Elbe, à sa volonté de recréer l’Empire, de changer la Constitution. Erreur ! Mais c’est loin d’être la seule…

On n’est pas à trois jours près

On doit l’expression « Cent jours » au Comte de Chabrol, Préfet de la Seine, qui caractérise ainsi la durée de l’exil de Louis XVIII à Gand. La référence à Napoléon est erronée. Emmanuel de Waresquiel, éditeur et historien (HDR), chercheur à l’Ecole pratique des hautes études, indique à propos de l’usage de cette expression par les médias qu’elle repose sur « une déformation involontaire et une réutilisation aveugle de l’Histoire ». La France, à cette époque, connaît une période catastrophique sur le plan militaire, économique et diplomatique. Recourir à l’expression de « 100 jours » pour décrire n’importe quelle prise de fonction exécutive semble illégitime et grossier. « Appliquer indistinctement et indifféremment à l’exercice du pouvoir contemporain l’expression «100 jours» est un anachronisme et un contre-sens absolu », ajoute l’auteur de « Cent Jours. La tentation de l’impossible (mars-juillet 1815) » (Tallandier, 2015).

Si l’expression semble être forgée à l’emporte-pièce, il n’en demeure pas moins qu’on la retrouve actuellement sous bien des plumes. Par delà son caractère anachronique, l’expression a acquis une sorte de légitimité et recouvre une réalité pour l’opinion commune. « L’expression «les 100 jours» est devenue une référence dans le vocabulaire, en même temps qu’une expérience pratique », indique Jean Garrigues, Professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Orléans et à Sciences Po Paris. Pierre Mendès France, élu président du Conseil le 18 juin 1954, se donne un mois pour mettre fin à la guerre d’Indochine. De Gaulle, après le putsch d’Alger du 13 mai 1958, profite de l’échec de l’état de grâce pour lui substituer un coup d’Etat en douceur. Et Jean Garrigues d’ajouter que « sans y faire référence, de Gaulle a pleinement fait fonctionner la mythologie des 100 jours jusqu’à l’avènement de la Ve République ». Du 13 mai au 4 septembre 1958, on voit bien qu’il ne s’agit pas de compter les jours avec précision. Parfois même, cent jours durent deux ans ! C’est l’exception Mitterrand. De mai 1981 au gouvernement Mauroy en mars 1983, Mitterrand connaît un véritable « état de grâce ». Malgré de mauvais résultats économiques, la cote de popularité du Président reste élevée.

Quand l’économie s’en mêle

De Gambetta en 1880 jusqu’au gouvernement Herriot dans les années 20, « le temps gouvernemental est prisonnier du temps législatif, et il n’y a pas encore de lois d’intervention économique », indique Nicolas Roussellier, Maître de conférences à Sciences Po Paris. Par exemple, les lois Ferry sur l’école ou les lois relatives à la laïcité sont débattues pendant des années. Elles ne concernent pas l’économie politique. L’expression « 100 jours » est à rapprocher des débuts de la présidence Roosevelt marquée par l’influence de Keynes. Contre la crise économique, il faut créer un choc. Nicolas Roussellier ajoute qu’il faut « agir dans l’urgence afin de provoquer un choc sur le marché boursier et auprès de investisseurs ». En 1933, Blum, leader de la S.F.I.O., qualifie Roosevelt de « président-dictateur ». « Dictateur » retrouve sa signification romaine : pour sauver la République, le dictateur est ce magistrat investi, pour six mois, des pleins pouvoirs par le Sénat. Roosevelt prend ses fonctions le 4 mars 1933 et met en place le New Deal. Pour faire passer des mesures d’urgence et des mesures autoritaires, mais temporaires (fermer les banques par exemple), il faut une prépondérance de l’exécutif sur le Congrès. Nicolas Roussellier précise à ce propos que « la mutation de la pensée économique implique l’idée d’une action entendue comme un choc ; l’Etat intervient désormais sur le fonctionnement du marché ».

« Squeezer » le Parlement

Dans les années 30, Léon Blum, pourtant partisan de la gauche parlementaire, légitime l’autorité du président du Conseil. On accorde, pour une durée de trois ou six mois, « la légitimité temporaire des pleins pouvoirs ». Plus que de « 100 jours », on parle à l’époque d’ « expérience » : « l’expérience Blum » de juin 1936. Les Accords Matignon, portant notamment sur la diminution du temps de travail et l’augmentation des salaires, sont signés dès que Blum devient président du Conseil. Sans passer par le Parlement, des « lois d’urgence » sont votées en accéléré. Contre la complexité des lois classiques, contre les allers-retours entre l’Assemblée et le Sénat qui souvent dévitalisent la loi, les « lois cadres », les « lois d’harmonisation » (proches des « ordonnances » actuelles) ne contiennent qu’un ou deux articles. « A mots couverts, la gauche des années 30 participe à l’évolution de la pensée républicaine en instaurant ou en acceptant un exécutif fort », constate Nicolas Roussellier.

100 jours et tout un programme

L’existence d’un programme électoral est récente. « L’expérience Mendès » ouvre la voie, lui qui avait annoncé son calendrier à l’avance. En décembre 1965, de Gaulle est élu sans programme. En 1981, Mitterrand est élu sur la base de « 110 propositions » émanant de la gauche post-68. Pendant les « 100 jours », l’opinion publique attend des résultats. Le premier trimestre ratifie la réalisation du programme et des promesses de campagne. L’existence d’un programme donne les pleins pouvoirs au Président élu. « Après le succès et la réussite aux élections, disposant d’un préjugé favorable et du fait majoritaire, le gouvernement cherche à faire rapidement aboutir les réformes majeures », indique Jean Garrigues. La loi de l’efficacité gouvernementale moderne veut que soit on fait les réformes tout de suite, soit on ne les fait pas. Après l’investiture se met en place une sorte de pensée magique qui juge déjà de l’avenir avant que celui-ci n’existe.

Joseph Capet

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