L​e traitement de l’actu chaude dans le temps​

Gare à la diversité de façade...
Gare à la diversité de façade...

Immuable éphémère

Les journalistes se sont toujours copiés les uns les autres. Avec Internet, la course au clic et l’art du plagiat vont en s’accélérant et produisent une homogénéisation de l’information.

Nous nous noyons… dans un océan d’informations. Qu’on consulte tel site d’information ou qu’on regarde telle chaîne télé, l’impression de déjà-vu est désagréable. Avant l’avènement des télés ou des sites d’information alimentés en permanence, le journalisme fonctionnait de la même manière. Mais plus lentement.

Des constances dans le «live»

Le journalisme a toujours fonctionné de la même manière : lire et décrypter les dépêches des agences de presse, les communiqués officiels, être dépêché sur place, étudier les journaux de la veille, recenser tel livre… Le tempo est aujourd’hui simplement bien plus rapide. Les journalistes ont été très tôt très présents sur l’Internet pour fournir et récupérer de l’information, les communicants politiques aussi. Christian Delporte, professeur des universités en histoire contemporaine et président de la Société Pour l’Histoire des Médias, indique que « l’évolution des meetings présidentiels depuis 1981 s’est faite en fonction de l’émergence des nouveaux médias ». En 1981, les meetings sont réservés aux militants qui s’y rendent. L’information est diffusée le lendemain à la radio et à la télévision. En 1988, ils changent d’horaire pour être diffusés en direct pendant le journal de 20 heures. A partir de 2007, les meetings sont beaucoup plus courts, se tiennent l’après-midi et sont diffusés en direct et en intégralité sur les chaînes d’information en continu. Les images ne sont plus choisies et montées par les télévisions, mais fabriquées par les équipes de campagne. Avec l’élection de 2012, les réseaux sociaux assument la part de militantisme des partis en désignant des cibles privilégiées. Malgré cette tendance, Christian Delporte note que « la télévision et la radio demeurent une constante dans l’histoire des médias et qu’ils restent les outils majeurs d’information ». France Info fête ses trente ans et s’offre un canal sur la TNT.

Le buzz ou l’art du copier-coller

L’Internet ajoute de la frénésie et de la massification dans le traitement de l’information quotidienne : l’important n’est pas de sortir l’information en premier, mais de la relayer très rapidement afin de garder le lecteur. « L’actualité chaude » signifie non pas simplement le fait brut survenu quelque part – la réfection de la cloche de l’église de Trifouillis-les-Oies traitée par la PQR –, mais le fait en tant qu’il est repris et propagé par les médias, devenant dès lors un « événement médiatique ». De l’actualité quotidienne sont donc exclues les publications du particulier, à moins que celui-ci ne prête allégeance à Daech sur Tweeter. Nicolas Hervé, ingénieur de recherche à l’INA, est l’auteur d’un algorithme qui détecte ce qui fait l’événement médiatique du jour dont les critères sont « la proximité sémantique et temporelle, la reprise par au moins deux médias et le fait que l’information suscite la rédaction d’une dizaine d’articles ». Sans ce phénomène de propagation à l’échelle nationale, on ne parle pas d’ « actu chaude ». Cette approche quantifiée de l’ « actu chaude » permet de mesurer le taux d’originalité des informations. Nicolas Hervé a étudié le profil de l’année 2013 et indique que « l’actualité chaude est constituée de 64% de copier-coller ». Et le chercheur d’ajouter qu’ « il s’agit là d’une limite basse car l’algorithme ne détecte pas la simple paraphrase ». Les sites se ressemblent donc de plus en plus, tandis que les informations originales se trouvent, comme toujours, dans la presse écrite du matin qui assume une ligne éditoriale, un choix et une tonalité particulière dans le traitement de l’information.

Le danger de l’homogénéisation des idées

Le journalisme serait-il sacrifié sur l’autel de la rentabilité et de la production continue d’information ? La question oratoire pose un réel problème démocratique. L’information est ce par quoi se constitue l’opinion. A trop égaliser les contenus, on risque fort d’anémier le débat public et de tous se soumettre à la tyrannie de la majorité qu’on aura contribué malgré nous à façonner. Bien-pensance quand tu nous tiens ! Le pluralisme, les antagonismes, les hypothèses hardies à contre-courant de l’opinion majoritaire doivent pouvoir réellement exister. Les contraintes économiques des groupes médias sont certainement des cadres à repenser car elles impliquent souvent une fusion des rédactions, une baisse des effectifs et conduisent nécessairement à des copier-coller : produire de l’information originale coûte cher. Ainsi, Nicolas Hervé se montre-t-il favorable « à l’instauration d’un débat entre les éditeurs de presse, les pouvoirs publics et le citoyen lecteur ». Pour le moment, la fameuse formule de Bourdieu « circulation circulaire de l’information » fonctionne encore à plein.

Joseph Capet

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