Sur les retraites, le duo Macron-Borne n'arrive pas à convaincre !

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« La Première » entame son face-à-face avec la rue. Et compte bien ne pas battre en retraite.

La bataille de l’opinion est déjà perdue. Le duo Macron-Borne n’est pas parvenu à convaincre les Français de l’efficience de la réforme des retraites. Un sondage CSA montre que 6 Français sur 10 sont hostiles au projet.

Le sourire étudié se transforme en rictus. Ce mardi au Palais Bourbon, les ministres font face à la guérilla des oppositions. Même les LR, qui sont les partenaires de l’exécutif sur cette question des retraites, attaquent, en quête d’une plus grande justice sociale. Certains, comme Aurélien Pradié, ne voteront pas. Pire : la majorité présidentielle, jadis aux ordres, semble en proie à un début de rébellion. Quelques députés, dont Barbara Pompili, ancienne ministre de l’Écologie d’Emmanuel Macron, disent qu’ils ne suivent pas le gouvernement sur les retraites.

« La Première », drapée dans un châle mauve qui la vieillit, tire plus encore qu’à l’habitude sur sa cigarette électronique. Autour de sa figure matriarcale, le gouvernement veut montrer qu’il fait bloc. Du coin de l’œil, Borne observe Bruno Le Maire, son « numéro 2 ».

Madame Borne peine à s’imposer dans le débat

L’homme de Bercy s’émancipe un peu trop à son goût. La crise de l’inflation, qu’il a pourtant participé à installer avec le « quoi qu’il en coûte », lui permet d’apparaître comme un successeur crédible à Emmanuel Macron, et d’espérer porter les couleurs du centre à la prochaine présidentielle. Il a désormais une belle longueur d’avance sur l’inaudible Édouard Philippe ; un temps favori. Mais Darmanin, Bayrou et Braun-Pivet sont également sur les rangs.

Face à Le Maire, Borne apparaît presque effacée, absente. Telle Édith Cresson, elle craint ce Pierre Bérégovoy nouvelle manière. Un rival crédible, installé au cœur de la citadelle des finances, avec un pouvoir effectif bien supérieur au sien.

Olivier contre Olivier

Sur les travées de la gauche, Olivier Faure s’élance. Avec son débit de mitraillette, le premier secrétaire du PS, empêtré dans un congrès difficile, attaque frontalement le ministre du Travail, Olivier Dussopt. Ils sont pourtant d’anciens camarades… Jusqu’en 2017, Olivier Dussopt appartenait à la famille socialiste. Porte-parole de Manuel Valls, il soutiendra ensuite Benoît Hamon – et son « revenu universel ». Ce qui ne l’empêche pas, en pleine campagne, d’envoyer des notes à Emmanuel Macron… Pile, je gagne. Face, tu perds. Cynisme total.

« Je ne suis pas dans votre tête ou dans votre peau, mais j’ai honte pour vous », tonitrue Faure. Sur son banc, livide, le ministre accuse le coup, regard dans le vague. Avant de se redresser et de répliquer, d’une voix instable : « Les procès en trahisons, je suis immunisé, surtout quand ils viennent de ceux qui ont vendu la social-démocratie à l’extrême gauche ! […] Vous vous faites marcher dessus par Jean-Luc Mélenchon ! ». Olivier contre Olivier, la famille socialiste règle ses comptes en direct à l’Assemblée. On croit revivre le congrès de Reims… Quelle débâcle.

Une réforme des retraites qui ne vaut pas le coup

Et puis il y a la grève. Le pays bloqué, une nouvelle fois, une énième fois, depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Signal d’un fossé qui se creuse, irrémédiablement, entre le président et « la France d’en bas », comme disait Raffarin, « ceux qui ne sont rien », comme l’a dit précédemment le locataire de l’Élysée. Si ces grèves étaient le prix à payer pour d’indispensables réformes, concrètes et efficaces… Mais le gouvernement bloque le pays aujourd’hui pour ne rien améliorer demain. Cette réforme des retraites se refuse à trancher le nœud gordien en s’accrochant au totem de la « retraite par répartition ».

Ce système imaginé en urgence à la Libération pour assurer les pensions pouvait certes fonctionner avec la démographie très vigoureuse de 1945 et du « baby boom ». Aujourd’hui, la France est en pleine crise de la natalité. Il y a de moins en moins d’actifs pour plus en plus de retraités. L’effet ciseaux est inévitable, c’est le tonneau des danaïdes. !

Capitalisation, ce gros mot que personne ou presque ne veut prononcer

On peut déjà l’annoncer : dans quelques années, il faudra une nouvelle réforme, puis une autre et encore une autre. Chaque fois, elle sera plus dure et augmentera l’âge de départ – provoquant le désarroi des Français. Et à chaque fois des grèves, encore des grèves. Tout cela car le gouvernement se refuse à « casser la baraque » pour mieux la reconstruire autrement. L’introduction d’une dose de capitalisation – comme cela existe déjà depuis 2003 dans la Fonction publique – permettrait au système de gagner en autonomie et en agilité. David Lisnard, maire de Cannes, résume l’esprit de ce projet dans une tribune pour le Figaro.

Un système deux tiers répartition un tier capitalisation serait extrêmement vertueux pour les finances publiques et laisserait davantage de liberté aux actifs. L’argent placé au long de la vie, dans des organismes agrées, en attendant la retraite, pourrait également servir à abonder des fonds souverains. Cet argent pourrait ainsi financer une part importante du tournant vert. Le tout en assurant évidemment une garantie retraite aux plus vulnérables.


Les indiscrets d’ERB

Marine Le Pen au Sénégal • La part du lion. Reçue au Sénégal avec beaucoup de chaleur, la députée Marine Le Pen a pu y formuler certaines propositions novatrices pour l’Afrique. D’abord, la présidente du groupe parlementaire Rassemblement national souhaite réserver un siège permanent aux Nations unies pour le continent noir. Marine Le Pen a également pu constater la force du système de santé local, qui fait figure d’exemple en Afrique. Le voyage s’est poursuivi dans une exploitation de canne à sucre. Sans oublier sa rencontre avec les forces militaires françaises présentes sur place.

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