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Le député écologiste de Paris a été la victime d’une rumeur aux airs de cabale.

Accusé à la volée de « violences psychologiques » sur son ex-compagne, poussé à la démission, le voici qui tente de laver son honneur. On rappellera que Julien Bayou ne fait l’objet d’aucune procédure judiciaire, aucune plainte, aucune main courante. L’État de droit est-il en option ? 

La cathédrale de Nevers. Un début de printemps. Des gens en noir. Légèrement surélevé, au pupitre, le président Mitterrand, fatigué et rongé par la maladie. Devant lui, le cercueil de son ancien Premier ministre, Pierre Bérégovoy, qui s’est donné la mort quelques jours auparavant, le 1er mai 1993. Des circonstances obscures entourent le drame. Mieux vaut ne pas y revenir. Pierre Bérégovoy était un homme accablé par la rumeur. On l’accusait de traîner dans de sales affaires. François Mitterrand lança : « Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu’on ait pu livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie, au prix d’un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d’entre nous. »

« Béré », de toute la Ve République, fut le seul chef de gouvernement « d’extraction populaire ». Aucun diplôme, sinon le certificat d’études. Cet ancien tourneur-fraiseur s’était hissé par la force de son travail, à la SNCF, à Gaz de France, au Parti socialiste, au ministère de l’Économie. Nommé Premier ministre par François Mitterrand, cet homme intègre avait immédiatement lancé le plus grand plan anti-corruption de l’histoire de la République. Ce ne fut pas du goût de tout le monde… Un jour à l’Assemblée, il déclara : « Alors, je vous demande, les yeux dans les yeux, de m’entendre. Comme je suis un Premier ministre nouveau et un homme politique précautionneux, j’ai ici une liste de personnalités dont je pourrais éventuellement vous parler. Je m’en garderai bien ! Je vous précise que je n’aurais, naturellement, cité aucune personne siégeant dans cette assemblée ; je me serais contenté d’évoquer des affaires qui sont du domaine public. Mais comme je vous l’ai dit, je ne le ferai pas. »

Maccarthysme

Le poison de la rumeur. Depuis la Rome antique, les politiques connaissent cette arme et s’en servent abondamment. Toujours, disent-ils, pour servir de nobles causes. Mais de la transparence au maccarthysme, il n’y a bien souvent qu’un pas. Julien Bayou, ancien secrétaire national des Verts et député de Paris, vient d’en faire abondamment les frais.

Sandrine Rousseau a, de ses propres mots, « mené sa petite enquête » sur son collègue. Suspecté depuis des années, par le seul « on dit », de comportements inadéquats , Julien Bayou s’est retrouvé dans le viseur de la commission interne chargée de la lutte contre les violences conjugales, au sein d’EELV.

Les femmes qui composent cette cellule l’accusent de « violences psychologiques » sur son ex-compagne. Le voilà contraint de se mettre en retrait, dans l’impossibilité de se défendre puisqu’aucun fait ne lui est présenté et qu’aucune démarche judiciaire n’est enclenchée. Une accusation en l’air…

Kafka

La même Sandrine Rousseau, sur le plateau de C à Vous, contrevient aux règles les plus élémentaires de la morale pour dévoiler, toute honte bue, l’état de détresse de l’ancienne compagne de M. Bayou, rencontrée au début de l’été. Celle-ci a malheureusement tenté de se suicider. L’accusation est relancée : « Violences psychologiques. » En bref, c’est de la faute de Julien Bayou. Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Les faits n’ont pas d’importance pour Madame Rousseau, qui visiblement ne se rend pas compte qu’elle vient de dévoiler à la France entière l’état de détresse d’une anonyme. Et d’accuser publiquement son propre collègue de faits très graves. Le tout dans le plus complet mépris de l’État de droit. Une procureure autoproclamée. Il n’y a qu’un malheur : elle n’a ni le talent, ni la compétence, ni les diplômes…

Une semaine plus tard, l’émission dite de « service public », qui à l’évidence se repaît de ces affaires sordides, fait réagir Julien Bayou, qui arrive sur le plateau les traits tirés, visiblement épuisé. Il répond sans outrances. Et voudrait bien démentir les faits, mais il n’y a pas de faits.

« Je suis dans une situation, c’est Kafka : je suis innocent de faits qui ne me sont pas présentés, et dont je ne peux me défendre », a déclaré M. Bayou, en accusant Sandrine Rousseau d’être « allée trop loin » et de confondre « féminisme et maccarthysme ».

On citera Kundera : « Le privé et le public sont deux mondes différents par essence, et le respect de ces différences est la condition sine qua non pour qu’un homme puisse vivre en homme libre. Le rideau qui sépare ces deux mondes est intouchable et les arracheurs de rideaux sont des criminels. »

Milan Kundera

Les indiscrets d’ERB

• Carole Delga va financer les polices municipales occitanes. L’Occitanie active son bouclier de sécurité. 41 communes de la région vont recevoir une aide financière pour les équipements de leurs polices municipales. La socialiste Carole Delga refuse de voir l’insécurité gangréner son territoire. Elle devient la seconde présidente d’exécutif régional après Valérie Pécresse à financer ces actions de sécurité. Une initiative qui n’est guère du goût du Conseil d’État, qui préférerait voir la Région se borner à ses compétences propres. Et les libertés locales ?

• Jordan Bardella gardera Marine Le Pen à ses côtés. Si, comme tout porte à le croire, Jordan Bardella sort gagnant du grand congrès du Rassemblement national, il aura la charge de nommer, au sein du Bureau exécutif, le « gouvernement » du parti, une certaine… Marine Le Pen. Sa mère en politique compte en effet s’impliquer autrement dans la vie du parti et continuer à y occuper d’éminentes fonctions. Elle a d’ailleurs prévenu la Première ministre : « Je vais lâcher les chiens ! ».

Borne, la dame d’à côté. « Je vais quand même pas avoir un collant filé le jour où je succède à Jean Castex ! ». Ben non. Le Point, par la plume de Mathilde Siraud, a suivi durant des mois la « Première ». Récit amusant de son escapade à Monoprix, juste avant sa passation de pouvoir, pour s’acheter des collants, au nez et à la barbe de la sécurité qui la cherchait partout. Elle continue d’ailleurs à rentrer chaque soir dans son XIVe arrondissement, à lire des polars avant de se coucher, à tirer nerveusement sur sa cigarette électronique. Et la vie privée ? Chut ! Un conseiller élyséen s’exclame : « C’est la woman next door ! ». Pour ses voisins peut-être ?

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