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Bernard Cazeneuve revient en politique. Il veut incarner une autre gauche, antithétique à celle de Jean-Luc Mélenchon.

Bernard Cazeneuve revient sous le signe du livre. Ma vie avec François Mauriac, publié chez Gallimard, diffère de l’habituel gribouillage politico-médiatique. La voix étranglée de Mauriac a saisi Bernard Cazeneuve dès l’enfance. En consacrant un livre à l’auteur du Nœud de vipères, de Thérèse Desqueyroux ou du fameux Bloc-Notes, le social-démocrate n’arrange pas son cas. Mélenchon le taxe d’incarner « la gauche respectable » (comme si c’était une insulte) ou encore d’avoir « un costume de bedeau ». En bref, selon l’ancien député, Cazeneuve aurait plus à voir avec un notaire qu’avec un ouvrier.

Voilà que Cazeneuve choisit, en guise de réponse, d’écrire sur un écrivain de droite, émanation de la grande bourgeoisie bordelaise, partisan du Général de Gaulle, fervent catholique et figure tutélaire du Figaro.

Mauriac, on ne peut plus classique ? Pourtant. Malgré ses origines, l’écrivain gaullien – à défaut d’être tout à fait gaulliste – fut le grand contempteur de son monde d’enfance. Un univers de secret et de mensonge pour lequel il conserva un sentiment entremêlé, empreint d’une fascination étrange, parfois dénonciatrice. Cazeneuve souligne aussi l’engagement de Mauriac en faveur des républicains espagnols et de l’indépendance algérienne. Un personnage plus complexe qu’il n’y paraît. Comme toujours.

Cet inconnu qui nous veut du bien

Cazeneuve n’échappe pas à la complexité. Qui est vraiment cet homme à l’apparence austère ? Il fut le ministre de l’Intérieur de François Hollande puis son troisième et très bref Premier ministre. Les Français connaissent mal l’ancien maire de Cherbourg, qui n’est pas du genre à courir les matinales. Au siècle du vacarme, il préfère le silence. L’écrit à TikTok. Le secret à la transparence. Homme d’élégance et d’éloquence, Cazeneuve incarne l’esprit élitaire de sérieux. Il semble ne pas trembler devant l’obstacle qui se dresse. Suffisant pour convaincre à l’heure des tumultes ?

Retiré sur l’Aventin ? Plus guère. Bernard Cazeneuve revient à la politique active, après cinq années de relatif effacement. Opposant résolu à la réforme des retraites, il n’a jamais cédé aux sirènes hurlantes du macronisme. Récemment encore, il comparait le gouvernement à « un grand cirque ».

D’un autre côté, la Nupes n’est pas son genre. Il ne supporte plus la mainmise que Jean-Luc Mélenchon entend exercer sur la gauche, façon sauveur suprême. En désaccord avec le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, il a rompu avec le parti de la rose et des épines. Décidé à pourfendre les provocations des LFI, il a récemment lancé « La Convention ». Un nouveau parti dont le mantra est sans cesse rabâché : « Pour une gauche sociale, laïque, républicaine, humaniste et écologiste ».

Son face-à-face avec « Goliath Mélenchon »

Cela fait beaucoup d’adjectifs. Il y a là l’ébauche d’un programme présidentiel. Cazeneuve se dit prêt à prendre son bâton de pèlerin. Au micro de France Culture, il s’explique : « Je suis quelqu’un qui est sensible à l’héritage, l’héritage intellectuel, politique, la somme de valeurs que nous serions et auxquelles nous devons demeurer fidèle si nous voulons nous donner une chance de projeter une espérance dans l’avenir. Donc, comme je pense que la mémoire des morts est vivante, comme je pense que les fils de l’histoire ne se coupent pas, comme je pense que l’on ne peut projeter une espérance ».

Alors, il marche seul. Mais demain ? Bernard Cazeneuve, tel David, devra affronter « Goliath Mélenchon ». Pour l’heure tout puissant à gauche, l’ogre de la Nupes croit pouvoir avaler Cazeneuve comme il ratatina Benoît Hamon ou pulvérisa Anne Hidalgo. Un duel s’est engagé à gauche entre ces deux forces.

Cazeneuve a bien conscience du défi qui se présente à lui. Toujours sur France Culture : « Il s’agit pour la gauche de gouvernement de franchir l’Himalaya sans les moufles. C’est quand même pas une petite affaire. […] Donc, je suis convaincu que si nous voulons l’unité de la gauche en 2027, il faut que le fleuve retrouve son lit pour demeurer fidèle à sa source, et pour pouvoir de nouveau aller vers la mer, comme disait Jaurès. »

Désormais rendu à la chose publique, ayant fait acte de présence voire de candidature, allant jusqu’à défier Mélenchon sur ses terres, le solitaire Cazeneuve va devoir faire preuve de résilience. Il en faut pour mettre la main dans le nœud de vipères… la gauche actuelle.


Les Indiscrets d’ERB

Borne ne lâche rien • Élisabeth Borne va-t-elle s’accrocher aux grilles de Matignon ? Une chose est sûre, elle se révèle plus opiniâtre que jamais. Jusqu’à dire qu’elle a mangé du lion ? Celle qu’on disait timide et froide enchaîne les réunions câlinothérapie avec les élus. Tout pour convaincre Emmanuel Macron.  « C’est un véritable feu d’artifice », témoigne un ministre au Figaro. La Première aurait en tête toute une série de déplacements et d’idées neuves pour reconquérir le lien perdu avec les Français. Désireuse d’assumer à présent un rôle politique bien distinct de celui du président, elle lance : « Je ne suis pas là pour simplement administrer le pays ». Bigre !

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