Le rôle des conjointes présidentielles qui évolue

Une ascension impossible sans Brigitte ?
Une ascension impossible sans Brigitte ?

Relations impressionnistes

Le nouveau statut souhaité par le couple Macron annonce un changement de rôle de celle ou celui qui accompagne le président de la République. Ou plutôt le valide.

La Première dame est morte, vive la Première dame ? Publiée le 10 mai, une étude réalisée par Yougov pour le Huffpost souligne que 68% des Français sont contre la création d’un statut officiel de première dame. « La Première dame est un sujet miné. Tous les sondages montrent que le contribuable n’a plus envie de prendre en charge quoi que ce soit. Et en même temps, la curiosité pour une telle figure demeure », soutient Bertrand Meyer-Stabley, journaliste et écrivain, auteur de « Première dame, Huit femmes dans l’histoire ».

Tout est possible par manque de cadre juridique ?

« La Première dame – expression empruntée au modèle américain qui lui définit un statut, des prérogatives et des moyens alloués – n’est jamais mentionnée dans un texte de loi français », circonscrit Yannik Hennequin, cofondateur et gérant de Plebiscit, agence dédiée à la communication politique. Exception faite de son droit à toucher une pension en cas de décès du Président. Par exemple, le fameux « Merci pour ce moment » a pu être publié par absence d’une obligation de discrétion, contrairement aux devoirs du Président. Selon les goûts, le style et les envies, tout semble possible. « L’absence d’une Première dame pour François Hollande après le départ de Valérie Trierweiler n’a pas été une tragédie. Entre Cécilia et Carla, Nicolas Sarkozy est resté seul quelque temps et le goût des petits fours à l’Elysée n’a pas varié. Mais la presse people a besoin d’une Première dame qui joue les assistantes sociales, soit le porte-manteau de la haute couture française et prenne en charge des actions humanitaires », renchérit Bertrand Meyer-Stabley. De toute la Vème République, Emmanuel Macron reste le premier Président à flairer la nécessité de définir dès ses débuts à l’Elysée la position qu’aurait son épouse, ses attributions et de définir un cadre. « Ce serait très sain. Les Français ne veulent cependant pas d’une épouse «conseillère politique» ou donnant son avis sur des sujets d’actualité. Les tweets de Valérie Trierweiler laissent à jamais un souvenir catastrophique. Avec son passé de professeur, Brigitte Macron aura certainement des idées à souffler à son mari sur l’Education nationale, mais je lui suggère d’éviter que cela s’ébruite », conseille Bertrand Meyer-Stabley.

Tata Yvonne, les infirmières hongroises et Twitter

« Yvonne de Gaulle, c’est à jamais «Tante Yvonne», symbolisant le respect des traditions, les valeurs morales et incarnant une France du passé. Claude Pompidou avait beaucoup de modernité et de sophistication. Mais je me souviens qu’elle me parlait de l’Elysée comme de «la maison de malheur» », décrit le spécialiste qui a côtoyé plusieurs sérails présidentiels. « Bernadette Chirac est celle qui a vraiment gagné sa place de haute lutte sur la scène de l’Elysée. Maîtresse de maison hors pair, elle a imposé ses combats à la tête de la Fondation des hôpitaux de Paris. Cécilia Sarkozy a tenté d’inventer son rôle, mais elle était trop épouse rebelle pour accepter les contraintes du genre. Carla Bruni, pendant quatre ans, a été la belle plante qu’on exhibe comme un trophée. Médiatiquement, elle était parfaite. Valérie Trierweiler n’a jamais trouvé sa place. Elle se sentait à l’Elysée comme en reportage », note Bertrand Meyer-Stabley. Si chaque parcours peut être analysé au cas par cas, chaque Première dame possède une influence médiatique indiscutable. Yvonne de Gaulle aurait installé officieusement les bases du rôle de Première dame. L’épouse du Président incarnerait la charité, la maîtresse de maison et l’ambassadrice de la mode française. Un rôle tenu jusqu’à Valérie Trierweiler, exception faite de Danielle Mitterrand. Autre temps, autres mœurs… Jusqu’à Jacques Chirac, les femmes étaient aussi au service de la carrière de leur mari. Une norme. Avec plus ou moins d’exposition, la place accordée à la Première dame reflète donc l’époque dans laquelle cette dernière a vécu et le regard d’une société sur le statut de la femme en son sein. « Le moindre faux pas peut être lourd de conséquences. C’est un job impossible. Seule Bernadette Chirac y a trouvé un certain bonheur. Il faut par devoir et par amour faire la potiche. Pas évident. Ces femmes ont eu une légitimité par procuration. Il faut sortir de ce non-statut flou. Quel rôle protocolaire exact ? Quel budget de fonctionnement de son staff ? Quelle protection policière ? Donner aujourd’hui un statut à la compagne du chef de l’Etat dans un souci de transparence de l’argent public serait une bonne chose », lance Bertrand Meyer-Stabley.

Concilier la face visible de l’iceberg et son rôle de femme de l’ombre

Pensez qu’Yvonne de Gaulle pouvait faire ses courses sans être reconnue. Songez également au fait que l’invisible Claude Pompidou fut bombardée figure politique après le décès de son mari, au regard de son investissement dans la culture d’Etat. Danielle Mitterrand avait ce visage militant en devenant l’emblème de certaines minorités, dont les Kurdes qui furent son principal cheval de bataille. Mais la personne ayant le plus évolué dans son rôle demeure Bernadette Chirac, perçue comme conservatrice et ringarde, passée lors du second mandat de l’ombre de son mari – au profit de Claude, sa fille, extrêmement active durant la campagne de son père – à la lumière grâce à son investissement dans son tour de France des pièces jaunes. Elle a même organisé des réunions à l’Elysée avec des diplomates et des femmes de dirigeants. Ce rôle a permis une plus grande cohésion au sein du parti et les politiques se réclamaient de ses actions républicaines fédératrices.

Mais dans l’ombre, les femmes de présidents cultivent une aura beaucoup plus grande. Les proches de Nicolas Sarkozy gardent de Cécilia Sarkozy l’image d’une Première dame extrêmement influente. « Je lis qu’elle décide de tout  : c’est vrai », disait dans la presse Brice Hortefeux. Cette position est d’ailleurs confortée par les Premières dames elles-mêmes, qui veulent être indépendantes, et vivre leur vie. L’exemple de Julie Gayet illustre la volonté de cimenter une paroi étanche entre la carrière de l’actrice et la politique de François Hollande. Dans un tout autre style, notre nouvelle Première dame cultive, elle, un sens acéré pour jongler entre l’intime et le public. Et ce avec doigté, comme le prouve le documentaire de la campagne d’Emmanuel Macron, réalisée à la manière des « Yeux dans les Bleus », sorte de mythologie de la victoire vue sous le prisme de l’intimité. Yannick Hennequin, cofondateur avec Laurent Rossini de Plebiscit, agence spécialisée en communication politique, conclut : « Tout est à géométrie variable depuis les années 70. C’est du soft power et cela se passe en fonction du couple, de ses spécificités et de ses attentes. Il y a eu un moment une idée fusionnelle du couple présidentiel où l’épouse pouvait représenter le Président, à l’image de Cécilia en compagnie de Guéant en visite en Libye. Brigitte Macron est en train de se créer un rôle. Elle est omniprésente dans la communication, sur les meetings, elle gère le média training de son propre mari. L’exposition est travaillée. C’est une première. Brigitte Macron incarne la femme qui gère l’image du premier homme de France ! ».

Geoffroy Framery

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