Les dirigeants fondateurs et les vacances

« Moi l’année à venir de l’entreprise, je la prépare mieux dans l’eau… »
« Moi l’année à venir de l’entreprise, je la prépare mieux dans l’eau… »

Le repos du guerrier

Abandon de poste ou trêve nécessaire et méritée ?

Le débat semble sans fin pour le dirigeant. Doit-il recharger les batteries, ou au contraire mettre à profit cette pause estivale généralisée pour préparer l’année à venir ? Selon une ancienne étude de l’économiste Bertrand Duchéneaut dans « Les dirigeants de PME, enquêtes, chiffres, analyses pour mieux les connaître », 53% des dirigeants de PME prenaient entre une et trois semaines de vacances en France. Il semble que ces chiffres partagés n’aient pas sensiblement évolué.

La totale déconnexion pour les uns

Les pro-vacances insistent sur la possibilité de se reposer et de revenir en forme pour jouer au mieux le rôle d’impulsion du manager. Près de huit dirigeants sur dix estiment être en bonne santé mais… 55% des dirigeants connaissent des journées stressantes selon une étude MMA-OpinionWay ! Nombre de réseaux d’accompagnement répètent que la création (ou le développement) d’entreprise est un marathon et non pas un sprint. Ces travailleurs acharnés, qui engrangent des durées de travail hebdomadaires supérieures à 50 heures, ont donc intérêt à se ménager. Les vacances sont aussi l’occasion de prendre du recul par rapport à l’entreprise et au secteur, afin de repenser l’organisation interne ou de songer à se diversifier dans d’autres activités. Enfin, le simple fait d’organiser son absence à venir oblige le dirigeant à réellement déléguer. L’entreprise qui prouve qu’elle peut « tourner » sans son père tutélaire a beaucoup plus de valeur. « Je suis parti plusieurs semaines en vacances pleines lorsque j’étais président de Invensys Process System qui employait 8000 personnes », se souvient Patrick Buffet, business coach chez Visconti. Pour celui qui accompagne des P-Dg et CEO internationaux sur leur métier et leur leadership, « il est ridicule, voire absurde qu’un dirigeant prépare dans son coin l’année à venir pendant les vacances, puis donne ses conclusions à la rentrée. Ce travail doit être réalisé de manière collective, sous peine de développer un esprit d’exécutants chez les collaborateurs ». Et au contraire confier cette tâche à ces derniers puis jouer à l’issue des vacances la fonction d’examinateur est contre-productif et vecteur de stress.

Un temps à « optimiser » pour les autres

Mais ceux qui ont le nez dans le guidon toute l’année et qui ne parviennent pas à lancer des chantiers de long terme ne sont pas de cet avis. « Le départ en vacances de tout le monde en août me permet de réfléchir sereinement à des problématiques d’organisation des équipes, mais aussi d’entrer en contact privilégié avec de nouveaux gros clients qui ne sont pas partis », affirme Renand Leroy, P-Dg d’une PME évoluant dans l’environnement. Les patrons de TPE (moins de 10 salariés) prennent en moyenne 19 jours par an, et seulement 11 jours l’été, d’après le baromètre des TPE de Fiducial réalisé par l’Ifop. Une autre étude révèle que 90% des entrepreneurs ne prennent pas de congés la première année et 52% des entrepreneurs ne prennent qu’une semaine par an. Toutes les données attestent d’ailleurs que plus l’entreprise est de petite taille, moins son dirigeant prend de temps pour ses vacances. En outre, « dans les pays où il y a plus de vacances, comme la France – en comparaison des pays asiatiques ou des Etats-Unis – les dirigeants culpabilisent et cherchent à montrer qu’ils restent actifs », remarque Patrick Buffet. Le véritable élément qui permettra de choisir est le degré d’internationalisation de l’entreprise : si 80% du CA est réalisé à l’étranger, mieux vaut alléger la pause estivale, qui n’est pas forcément la norme en dehors de l’Hexagone.

Un temps « différent » dans tous les cas

Le dirigeant peut se préparer lui, en tant que patron, et travailler par exemple ses postures de leadership en sollicitant ses intelligences multiples selon les théories du psychologue et universitaire Howard Gardner : « Le dirigeant peut mettre à profit cette pause pour stimuler ses intelligences autre qu’analytiques. Cette ouverture lui servira dans l’année, et permet de véritablement se ressourcer », énonce Patrick Buffet qui, lorsqu’il était CEO d’Aurum Software aux Etats-Unis, à la tête de 200 personnes, est parti trois semaines faire du treck en Jordanie et en Arabie Saoudite. Toujours est-il que cette période « pas comme les autres » doit être préparée pour être enrichissante et non pénalisante. Déléguer aux adjoints choisis au préalable l’ensemble des tâches, ou nommer une seule et unique personne dans l’entreprise qui pourra joindre le vacancier en cas d’extrême nécessité, semble être des mesures salvatrices.

Contenu des vacances

Des coupures « modérées » envisageables

Une autre question se pose pour celui qui décide malgré tout de faire ses valises et de s’éloigner de son entreprise : faut-il complètement couper ? L’utilisation ou non de la messagerie électronique soulève chaque année maints débats. La déconnexion synonyme de purification ? Certains n’en sont que plus stressés, parce qu’ils ont l’impression de rater des informations essentielles. « Il n’y a pas de règle, la décision doit dépendre de la personnalité du dirigeant. Certains ont besoin de garder un œil et une oreille ouverts pour se rassurer et savourer les vacances. D’autres non, chacun doit trouver son équilibre », tranche Patrick Buffet, Business coach chez Visconti qui accompagne des P-Dg et CEO internationaux sur leur métier et leur leadership. Les nouvelles technologies permettent en effet de s’éloigner plus facilement du bureau. Mais attention aux abus, la sur-utilisation est nocive. « Je me souviens de ce discours de Colin Powell affirmant qu’ “il ne faut pas être enthousiasmé par l’excès de données, car cela traduit bien souvent un manque de compétences”. Attention à l’excès de mails, sms, informations qui occasionnent des sur-réactions inappropriées et gâchent les vacances », rappelle le spécialiste. Certains coaches recommandent d’ailleurs les semi-vacances pour trouver un compromis, être en dehors du quotidien professionnel tout en gardant la main. Cela signifie par exemple ne plus être au bureau mais rester joignable par téléphone et consulter ses mails deux fois par jour, le matin et le soir – ou bien travailler de façon intensive pendant un court créneau défini à l’avance.

Julien Tarby

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