Ces SMS surtaxés qui profitent aux chaînes de télévision…

Un envoi au 71313 et vous pouvez gagner 6 000 euros par mois pendant un an… Appelez tel numéro et remportez la cagnotte… Les chaînes télé remportent le gros lot à chaque fois, le joueur exceptionnellement. Comment ça marche ?

Assis·e dans votre fauteuil devant votre jeu télévisé préféré, difficile de résister aux appels alléchants des animateur·rices pour remporter le gros lot. Un simple SMS à envoyer au numéro qui s’affiche à l’écran, vous répondez ou pas à une question, et hop, plus qu’à attendre patiemment qu’on vous rappelle. Ce qui arrive rarement. Peu d’élu·es à l’arrivée. Un·e seul·e souvent, sur des centaines de milliers. Derrière, ces SMS surtaxés assurent un revenu facile aux chaînes de télévision. Qui ne manquent pas de stratégies pour pousser les téléspectateur·rices à tenter leur chance. Avec l’éclairage de Laurence Leveneur, maître de conférences à l’université Toulouse Capitole.

Call TV

La privatisation des chaînes de télévision dans les années 1980 – l’ancien ministre de la Culture et de la Communication François Léotard annonce la privatisation de TF1 en 1986 – change la donne. Les canaux passent des mains de l’État à celles d’acteurs privés. Forcément animés par une logique de marché. Les chaînes de télévision se doivent de tirer des recettes. Or, les jeux télévisés ont cet intérêt d’être « très peu coûteux et rapides à produire », souligne Laurence Leveneur, chercheuse associée à l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Depuis leur début, dans les années 1950, les jeux télévisés tentent de faire participer les téléspectateur·rices. C’est plutôt d’abord modeste – souvenons-nous du jeu des 1 000 francs, devenus 1 000 euros en 2002. Mais la société néerlandaise Endemol a joué en France ce rôle d’investigatrice de la call TV. Le principe : inciter les téléspectateur·rices à jouer par téléphone et user de SMS surtaxés. Attiré par l’appât du gain, on y va de ses 0,75 centime + 2,25 euros par appel. Bingo. Les recettes grimpent. Les candidats réels, sur plateau, en profitent. Les chaînes aussi, les premières.

Les chaînes télé forcément gagnantes

Difficile de connaître les chiffres exacts de la manne financière générée par ces SMS surtaxés. « Aucune chaîne n’affiche clairement le détail de ses recettes, elles n’ont aucun intérêt à le faire et préfèrent garder ces chiffres confidentiels », pointe Laurence Leveneur. Mais une chose est sûre, si les chaînes proposent des récompenses et des sommes parfois mirobolantes aux téléspectateur·rices, c’est qu’elles sont gagnantes ! « Puisque ces cadeaux se retrouvent en partie financés par les SMS surtaxés envoyés par les personnes derrière leur écran », explique la spécialiste des jeux télévisés.

Pour autant, à en croire une enquête menée par Le Parisien, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a perçu en 2012 près de 2,8 millions d’euros grâce à « la taxe SMS » de 5,5 % à l’époque, demandée auprès des chaînes. On en déduit que les chaînes de télévision, tous canaux confondus, ont récolté 50 millions d’euros via les SMS surtaxés cette année-là. Autre piste : le magazine VSD avait chiffré en 2015 que la soirée du concours Miss France, diffusée sur TF1, représente chaque année « entre 900 000 et 1 million de votes, soit un peu plus de 600 000 euros de recettes » avec ces fameux SMS donc. Joli pactole !

Des stratégies pour maximiser le nombre de SMS envoyés

Emportées dans une course aux recettes, les chaînes de télévision ont bien compris qu’elles devaient minimiser les risques. « Importer des jeux télévisés étrangers, notamment anglo-américains, qui ont fait leurs preuves » constitue un des ressorts de cette stratégie risquophobe, rappelle Laurence Leveneur, auteure de l’ouvrage Les travestissements des jeux télévisés, histoire et analyse d’un genre protéiforme (2009). Pour pousser les téléspectateur·rices à se lancer, les questions auxquelles il faut répondre par SMS pour avoir une chance de remporter le jackpot se révèlent souvent très simples. Pour ne pas dire complètement idiotes. Un procédé volontaire qui tire à la hausse le nombre de SMS. Il arrive aussi qu’un texto débouche sur un autre message pour confirmer le premier, ce qui multiplie les SMS envoyés pour une seule et même réponse ! Autre démutiplicateur : vous avez répondu, on vous explique que vous figurez parmi les candidat·es au tirage au sort, mais l’on pousse à continuer avec une autre question pour « multiplier vos chances ». Le bandit n’est pas manchot ! Enfin, les animateur·rices ont cette capacité « à jouer sur l’émotion […] Ils·elles insistent sur la possibilité qu’a telle ou telle récompense de changer votre vie », observe Laurence Leveneur. Souvent, on cède et on appelle, habité·e par ce constat que « tout·es les gagnant·es ont forcément joué » !

Se faire rembourser !

Savez-vous qu’il est possible d’obtenir le remboursement du prix des SMS envoyés dans le cadre de ces jeux télévisés ? Une modalité méconnue qui profite aux chaînes de télévision, tenues à un devoir de transparence sur les droits dont bénéficient les téléspectateur·rices. Ils figurent dans les termes du règlement de tel ou tel jeu concours. Toutefois, « même si l’on a connaissance de cette possibilité de remboursement, la procédure apparaît souvent longue au regard de l’instantanéité propre aux SMS que l’on envoie », estime Laurence Leveneur : une facture de votre opérateur sera nécessaire pour demander un remboursement si mesquin à l’unité, significatif si vous êtes « accro » aux SMS.

Geoffrey Wetzel

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