Jeux d’argent et de hasard en ligne…

Gardez le contrôle !

Exit les restaurants, les bars ou les cinémas. Dans une ère Sars-CoV-2 qui a ravagé nos interactions sociales, il a rapidement fallu s’occuper. Parfois seul·e chez soi. Un scénario qui a logiquement dopé le marché des jeux d’argent et de hasard en ligne. À en croire les chiffres dévoilés par l’Autorité nationale des jeux (ANJ), le nombre de joueur·ses en ligne était brutalement passé de 300 000 à 500 000 en quelques semaines. Un effet confinement qui pourrait prospérer au-delà de la pandémie. Et entraîner avec lui un risque d’addiction. Explications avec Lucia Romo, professeure de psychologie clinique à l’université Paris Nanterre et psychologue à la CMME, GHU Paris Psychiatrie et neurosciences.

Oui, le marché des jeux d’argent en ligne et de hasard a fait de nouveaux·lles adeptes. Puisqu’il a constitué un refuge pour échapper à un quotidien anxiogène. Reste à savoir si ces néophytes ont suffisamment accroché pour poursuivre leur jeu fétiche made in confinement lorsque l’on retrouvera notre monde sans confinements. Et à ce jeu-là, la tendance ne semble pas redescendue. Il sera essentiel de suivre « non seulement les personnes qui ont commencé à jouer, mais aussi celles qui, progressivement, augmentent leur intensité de jeu et les sommes engagées », rappelle Lucia Romo, spécialiste des addictions. « Il y a souvent une notion de temporalité, c’est-à-dire que les comportements addictifs liés aux jeux interviennent souvent bien après le moment où les joueur·ses commencent à jouer. » D’où l’importance du suivi des adeptes des jeux en ligne.

Jouer n’implique pas dépendance !

Évidemment – il faut le rappeler –, l’extrême majorité des personnes qui s’adonnent aux jeux d’argent et de hasard en ligne ne présentent aucune forme d’addiction. Environ « 42 % des Français·es jouent à ces jeux dans l’année, donc jouer n’a rien d’une addiction en soi », relativise Lucia Romo, psychologue clinicienne. Mais alors, qu’est-ce qui distingue un·e addict·e de la masse ? D’abord, dès lors qu’une personne n’est pas en mesure de gérer son comportement, qu’elle n’arrive plus à se maîtriser. “Addict·e” aussi sera celui ou celle qui « continue à jouer malgré les conséquences négatives de ses actes », cadre Lucia Romo. Mais facile à dire, l’accroc aux jeux en ligne, lui·elle, n’a que très rarement conscience de sa situation de dépendance : « Moins de 7 % des personnes qui présentent des troubles consultent… Et souvent, quand elles le font, c’est très tardivement », explique la professeure de Nanterre.

Vu de l’extérieur, difficile de comprendre pourquoi ces gens s’exposent autant à des risques de surendettement. Que cherchent-ils en tombant dans l’abus ? Gagner de l’argent – ou la possibilité d’en gagner – serait la première raison. Les joueur·ses sont persuadé·es que la chance est avec eux·elles, et restent obsédé·es à l’idée de toujours avoir envie « de se refaire » ! Mais ce n’est pas la seule motivation, pour Lucia Romo. « La recherche de sensations ou la volonté d’échapper à une réalité douloureuse » ont de quoi aussi expliquer ce comportement addictif.

Quel profil de joueur·ses ?

Les hommes sont généralement les plus touchés par une addiction aux jeux d’argent et de hasard en ligne. Mais d’autres facteurs entrent en compte. La dépression et l’anxiété favorisent aussi le risque de basculer dans la dépendance. « Si vous évoluez dans un entourage, des parents ou des grands-parents qui ont eux-mêmes un attrait pour ce type de jeux, vous allez plus facilement jouer aussi… », affirme Lucia Romo, puisque le contexte de jeu vous sera familier. « Vous risquez alors de répéter ce que vous avez vécu. » Une personne qui commence à se lancer dans les jeux vidéo très tôt pourra, elle aussi, plus facilement s’aventurer dans les jeux d’argent et de hasard une fois adulte.

S’il entre évidemment une part de responsabilité individuelle dans ce risque, la société joue également un rôle : « En réalité, il n’existe pas vraiment de campagne de prévention », estime la psychologue. En parallèle, les opérateurs tentent d’attirer les joueur·ses. Or les messages préventifs, bien que présents, demeurent loin – mais alors très loin – de l’insistance requise. La prévention, l’entourage aussi peuvent y contribuer, même s’il « n’est pas toujours aisé d’entrer en communication avec une personne dépendante », souligne Lucia Romo.

Une certitude demeure, le meilleur moyen d’aider un proche soumis à une addiction aux jeux en ligne ne sera pas « d’éponger ses dettes ou lui redonner de l’argent, mais de l’amener aux soins ». Il est essentiel de sortir d’un piège qui laisserait penser qu’une personne addicte « est comme cela et le restera», conclut Lucia Romo. Alors, comme avec l’alcool, jouons… mais avec modération !

Geoffrey Wetzel

 

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