Raoult-Duvaux : rebelles

La crise sanitaire en France a consacré deux personnalités inconnues du grand public, un homme, le professeur Didier Raoult, médecin infectiologue de Marseille, désormais icône sexagénaire aux cheveux longs, une femme, Odile Duvaux, infiniment moins médiatisée que son confrère, présidente à Nantes d’une biotech dont ÉcoRéseau Business a décidé de suivre les travaux. Un critère géographique les rapproche : aucun des deux n’appartient au gotha médical parisien. Tous deux pourtant détiennent une part de la vérité sur l’épidémie exceptionnelle qui s’est abattue sur le monde.

Didier Raoult : pourquoi tant de défiance ?

Il eût été étonnant que le professeur né à Dakar en 1952, mousse à 17 ans puis étudiant en médecine en 1972 (« les seules études que mon père acceptait de financer »), ne fasse pas parler de lui dès les prémices de la covid-19 : il est spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes au sein de l’Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille (IHU). Et pas le premier venu des spécialistes. Cet homme à forte personnalité est mondialement connu, il liste à son actif quantité de découvertes et publications, il croule sous les récompenses professionnelles, le magazine Le Point l’a rangé parmi les meilleurs infectiologues de la planète et… survient l’épidémie. Quand cette sommité dans son milieu « classe l’affaire » après avoir traité les premiers patients atteints du Sars-CoV-2 à l’aide d’un antipaludéen banal, le Plaquenil (hydroxychloroquine), en début d’incubation, associé à l’azythromicine, un antibiotique, il déclenche une levée de boucliers parmi une partie de ses collègues offusqués par si peu d’orthodoxie expérimentale : faute de temps, l’infectiologue marseillais n’a constitué ni groupe placebo (médicament d’apparence analogue mais sans aucun effet) ni groupe sans aucun traitement. Un crime de lèse-majesté qui n’empêche pas les pro-Raoult, médecins comme non-médecins, d’afficher leur solidarité avec cet électron libre qui répétera qu’il se contrefiche de la polémique. Du reste, très vite, un nombre non négligeable de généralistes anonymes suivront leur confrère dans la prescription de « basiques », forts de résultats patents. Nous nous en sommes fait l’écho dans la lettre quotidienne du titre.

Il avait dénoncé l’imprévoyance du système de santé français

Sursollicité par les médias, l’homme en blouse blanche et chemise à carreaux semble volontiers prendre la lumière, mais si sa présence médiatique laisse soupçonner aux jaloux qu’il aime publicité et notoriété, ses réponses aux journalistes, souvent cinglantes, démentent ce prétendu goût pour l’image. Il se refuse, notamment, à polémiquer ou à prédire. Il reste dans son domaine en se contentant de reconnaître, moindre orgueil, qu’il connaît bien son métier. Mieux : qu’il est une « sommité » dans son domaine ! Il restera une figure « décalée » de l’épisode pandémique qui, selon lui, ne réapparaîtra (et cette fois en accord avec ses détracteurs/trices de naguère) qu’en « clusters » isolés facilement traitables. Peut-être lui pardonnera-t-on moins en haut lieu d’avoir, en 2003, rendu un rapport sur le Sras épidémique où il mettait en évidence l’impréparation du système de santé français en cas de pandémie. Pour cette seule clairvoyance, respect, Professeur.
Pour le grand public, lire Épidémies, vrais dangers et fausses alertes, de la grippe aviaire à la covid-19, Michel Lafon éditeur.

Odile Duvaux : pourquoi tant d’indifférence ?

Tout autre approche que celle de la docteure Odile Duvaux, aujourd’hui cofondatrice d’une start-up de la biologie, une biotech donc, installée tout près de Nantes, Xenothera. Cette normalienne bientôt sexagénaire est à 20 ans chercheuse en neurobiologie à l’Institut Pasteur dans l’équipe du professeur Jean-Pierre Changeux. Le groupe Auchan l’arrache à la recherche en lui confiant une mission de contrôle de gestion et de conduite du changement sur l’organisation et les ressources humaines, avant qu’elle ne dirige la communication de l’enseigne. Maman de six enfants, elle crée une activité de conseil en 1988 pour accompagner la transformation de grands groupes. Installée en 2007 à Nantes, elle est présentée par un incubateur régional, Atlanpole, au professeur Jean-Paul Soulillou, spécialiste de transplantation rénale. Sa réimmersion dans la recherche des techniques d’anti-rejet la pousse à créer en 2014 Xenothera, laboratoire de production d’anticorps polyclonaux « humanisés » (autrement dit directement compatibles avec l’organisme humain).

Premiers essais en juillet ?

Quand survient l’épidémie, Odile Duvaux avait déjà orienté une partie du développement de son entreprise sur le développement d’une thérapeutique pour les infections à coronavirus, dénommée XAV-19. Elle « s’appuie sur une technologie unique de production d’anticorps brevetée, développée et éprouvée depuis plusieurs années » par la biotech. « Le XAV-19 est un mix d’anticorps protecteurs équivalents à la réponse naturelle de l’homme. Ce mix neutralise le virus et l’empêche de se multiplier. Nous sommes persuadés que notre traitement sera efficace, pour des raisons médicales et scientifiques confirmées au niveau international. » Ce qui manque pour se lancer – sans esprit de lucre, du reste – dans la phase des essais ? Trois petits millions d’euros qu’Odile Duvaux cherche tous azimuts, bâton de pèlerin en main. C’est Bpifrance, la banque d’investissement, qui finira par les lui promettre. Alors que des équipes internationales, notamment états-uniennes et chinoises, se lancent dans une course sprintée à la recherche du vaccin, cette petite biotech méconnue crie dans le désert pour que son approche par anticorps (« substance défensive engendrée par l’organisme en présence d’un antigène dont elle neutralise l’effet toxique ») soit financée dans des délais record. Aujourd’hui, l’activité débordante de la « petite chercheuse » a abouti à ce que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) confirme son accord pour un essai clinique. À la clé, un possible cycle d’essais sur de vrais patients humains en juillet. Acceptons-en l’augure.

Olivier Magnan

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