Santé et économie, destins liés

Préserver notre santé et panser les plaies de l’économie. Le point de vue de Geoffrey Wetzel, journaliste à la rédaction

Geoffrey Wetzel

Soigner l’économie. Préserver notre santé. Relation de substitution ou de complémentarité ? Le tandem économie-santé vit actuellement ses heures de gloire dans un contexte de crise sanitaire exceptionnel. Le gouvernement, lui aussi, s’y perd. Entre préserver la santé de sa population et éviter de faire basculer le pays dans l’immobilisme total, le président de la République et sa bande jouent les funambules. Nous devions rester chez nous. Nous devions également tout faire pour continuer à travailler. Télétravail au maximum pour celles et ceux qui le peuvent. L’ère covid-19, le temps de la schizophrénie.

Ne pas opposer santé et économie
Dès le 11 mai, il fallait remettre les enfants à l’école. Pour les volontaires seulement, les plus courageux sans doute. Mettre fin à l’accroissement des inégalités scolaires, étroitement liées aux inégalités sociales. Dans un souci d’égalité des chances – c’est ce sur quoi le gouvernement a insisté pour justifier la réouverture des écoles –, libérer les parents qui devront à nouveau travailler aussi, comme pour faire une pierre deux coups. Il ne s’agit pas de placer l’économie sur un piédestal, la relance économique ne doit pas se faire au détriment de la santé des travailleur.euses. Toutefois, s’il est impensable de poursuivre le chemin de la récession – moins 5,8 % au premier trimestre 2020 –, il est tout autant indispensable d’accompagner la stabilité sanitaire. « Il n’y a pas d’économie sans les gens. Il ne peut y avoir de reprise économique sans que la transmission de la covid-19 ne soit maîtrisée », a déclaré le docteur Hans Kluge, membre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1999.

Dans le même sens, de multiples économistes américains, dans un programme intitulé The Economic Strategy Group, ont souligné la complémentarité du duo économie et santé : « En ce moment, sauver des vies et sauver l’économie ne sont pas en contradiction. Nous accélérerons le retour d’une économie robuste en prenant des mesures pour limiter la propagation du virus et sauver des vies. » Si les gestes barrières au quotidien et notamment en entreprise demeurent essentiels, investir massivement dans les hôpitaux l’est tout autant. Entre autres.

Vers une économie du bien-être ?
L’occasion aussi de repenser nos modèles. Derrière la relance économique, se profilent des gens – comme vous et moi. D’autant plus productif.ives qu’ils.elles sont en bonne santé. Rien de nouveau sous le soleil. Pourtant, après la crise de 2008, « de nombreux pays européens ont réagi en réduisant les dépenses publiques de santé. Entre 2008 et 2013, les dépenses publiques de santé par personne ont diminué dans environ la moitié des pays de notre région », a indiqué Hans Kluge. Bien entendu, la crise de 2008 n’avait rien de sanitaire, mais pas sûr que le réflexe immédiat d’une réduction des dépenses de santé apparaisse le plus approprié post-crise, quelle que soit sa nature. Santé et économie n’ont jamais été aussi liées pour celles et ceux qui prônent l’économie du bien-être. Sans revenir sur pléthore d’économistes qui ont étudié le concept, de Bentham à Samuelson en passant par Pigou et Pareto, l’économie du bien-être constituerait une rupture avec notre modèle actuel. Un monde économique où l’humain se tient au centre, où sauvegarde de l’économie et santé publique vont de pair et où l’économie et l’environnement s’allient. Choisir, c’est renoncer. André Gide, nous te ferons mentir. GW

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