Animaux en entreprises : on a tout à y gagner !

De Michel Drucker et sa chienne Isia sur son canapé rouge, au président Macron et son « premier chien de France », Némo, en passant par le défunt Karl Lagerfeld et sa Choupette adorée, les exemples ne manquent pas : emmener son animal au bureau, c’est tendance. Si la pratique peine à s’imposer en France, ses adeptes se font toujours plus nombreux. Mais surtout, les bienfaits sont indéniables.

Le bien-être au travail, voilà bien un enjeu qui préoccupe les entreprises d’aujourd’hui. Après tout, un employé heureux est un employé qui travaille mieux. Et si nos amis à quatre pattes étaient une solution ? Car oui, amener son chien ou son animal de compagnie au bureau, ça peut aider. Mais la France est en retard. Les États-Unis ont célébré cette année la 21e édition du « take your dog to work day », lancée en 1999 par Pet Sitters (littéralement gardiens d’animaux de compagnie).Le vendredi qui suit la fête des pères, les employés sont invités à venir avec leur « toutou ». Une journée adoptée depuis par le Royaume-Uni et les Pays-Bas notamment, mais qui peine à s’installer en France.

Si une majorité de Français/es savent que le code du travail ne leur interdit pas d’emmener leur animal au travail (76 % selon un sondage Holidog), seuls 16 % d’entre eux passent la patte (sondage Ipsos pour Purina) et 44 % regrettent de ne pas pouvoir le faire (sondage Ifop). Un écart que s’explique Thierry Bedossa, vétérinaire et comportementaliste animalier : « Aujourd’hui nous sommes majoritairement des citadins et nous avons perdu la culture de la proximité avec les animaux, l’enjeu du pets at work est justement de réinstaurer cette promiscuité. » Bien des entreprises ont beau se montrer réticentes, une chose est certaine : un chien (un chat ?) au travail, ça fait du bien.

Mascotte antistress

Pour David Abiker, journaliste et chroniqueur chez Radio Classique et Canal +, jamais sans son cavalier king-charles Obiwan ! « Un chien fait naître un sourire inédit dans l’entreprise, c’est un pacificateur qui réchauffe le climat social, un stabilisateur d’humeur. » Rien que ça ! Aucun doute pour celui qui compare le chien à un smartphone et à « un réseau social sur pattes, un vecteur de communication qui rend les gens plus disponibles », un animal crée du lien et de la chaleur dans les bureaux. Capacité d’abaisser la tension artérielle, de réduire le stress, d’accroître la motivation et la productivité… Les arguments ne manquent pas, les animaux sont un atout non négligeable pour toute entreprise qui souhaite fédérer ses équipes. « Quand un collègue vient caresser votre chien, c’est comme si on vous disait bonjour, se sentir accepté est terriblement sécurisant dans un environnement de travail. »

Même constat pour Jeanne Bordeau, fondatrice de l’Institut de la qualité de l’expression, heureuse « propriétaire » (hum…) de Prosper, également un cavalier king-charles, intronisé officieusement président de l’Institut tant il est présent : « Prosper est la mascotte de l’Institut, c’est une présence active et vivante qui amuse et attire les clients et crée des liens entre les équipes. Il est impensable que je ne l’emmène pas. Les chiens sont hors du temps numérique et augmenté, ils nous apaisent. » Reste à prendre en compte les écueils à éviter et à ne pas foncer sans réfléchir. « La réussite de la démarche dépend du degré d’expérience des animaux dans des lieux publics et des espaces de travail, explique Thierry Bedossa, on ne peut pas ne pas prendre en compte la réticence de certains si l’on veut que le pets at work devienne culturellement acceptable. »

Logiquement, si la convention collective n’interdit pas la pratique, l’autorisation du supérieur hiérarchique est nécessaire, celle des collègues bienvenue. De l’avis du comportementaliste, emmener son chien au travail, c’est bon pour soi, mais également pour l’animal : « Un chien est beaucoup plus attentif sur la durée que l’être humain. Quand il ne se passe rien autour de lui du matin au soir, c’est une source de profonde souffrance. » Même si beaucoup de portes restent fermées au sein des grandes entreprises, l’idée fait son chemin et séduit, notamment dans l’écosystème start-up et parmi les jeunes travailleurs.

Expérimentez et acceptez la surprise !

« Une organisation perméable à la présence d’un chien, elle accepte l’imprévu. On ne peut pas d’un côté dire “venez comme vous êtes” et de l’autre “imaginez si tout le monde fait comme ça” ! Il faut expérimenter la pratique, insiste David Abiker, mais en France, pays fasciné par la règle, les dérogations et les expérimentations font peur aux DRH. » Difficile donc de familiariser les grands groupes aux bienfaits de la démarche, mais pas impossible. À l’instar de l’initiative PetsatWork lancée par Purina, les programmes de sensibilisation s’y attellent.

« Nous parlons de la pratique avec les entreprises, nous les aidons à la mettre en place et nous les encourageons simplement à essayer », explique Magali Gavaret, ambassadrice du programme. « Nous avons notamment observé qu’entre deux entreprises, les millenials vont favoriser une entreprise pets friendly. » Un mouvement auquel participe David Abiker, avec sa bien nommée Ligue canine des travailleurs, lancée quasi par hasard et accessible à tous en marque blanche. Un intitulé accrocheur et un logo qui représente son king-charles affublé du béret du Che, pour un tout un rien provocateur et subversif. Malgré tout, pour le journaliste, « le chien est un prétexte, ça n’est pas une cause, je trouve qu’il y a un caractère subversif lorsqu’on amène son chien au bureau, il ne faut pas que ça devienne une pratique conformiste, il faut conserver son effet de surprise et sa dimension de test des organisations. » Et à ceux qui opposent à la présence d’animaux au bureau les problématiques d’hygiène ou d’allergie, le spécialiste Thierry Bedossa répond : « Des études en allergologie attestent que la proximité avec les animaux renforce le système immunitaire par la diminution de la fréquence des maladies infectieuses et des symptômes allergiques. Lorsque l’employeur se soucie de la performance de ses équipes, il doit se soucier de leur bien-être. » On l’a vu à l’hôpital : la présence des animaux produit un effet thérapeutique avéré.

Accepter les animaux en révèle beaucoup sur une entreprise, une vision partagée par Lucas Berullier, directeur de l’agence de « chiens stars » My Pets agency : « La manière dont on traite les animaux en dit beaucoup sur la santé d’une ville, c’est la même chose en entreprise. Si l’on a la capacité d’accueillir les animaux, c’est que les autres problèmes sont déjà bien gérés. » En définitive, sacré atout de charme et même de marketing que les toutous ! Un détail qui n’a pas échappé à l’Élysée qui vend sur son site Internet un jouet pour enfant à l’effigie du labrador du couple présidentiel (99 euros pièce, une partie des gains est reversée à la SPA). Un Némo de peluche fabriqué en France bien sûr.

Adam Belghiti Alaoui

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