Assistants vocaux : amis, espions, agents publicitaires ?

MarketsAndMarkets, société américaine spécialisée dans les études de marché, prévoit que la taille mondiale de celui de l’intelligence artificielle conversationnelle passera de 4,2 milliards de dollars en 2019 à 15,7 milliards de dollars d’ici à 2024. Soit un taux annuel de croissance de 30,2 %. Au fur et à mesure des progrès technologiques, les chatbots se sont perfectionnés pour devenir de véritables interfaces conversationnelles. Aujourd’hui, certains de ces bots s’appuient sur des scénarios préalablement préenregistrés, appelés « arbres de décision ». D’autres exploitent une technologie plus poussée, comme celle de l’outil français Clevy, conçu pour autoriser aux salariés d’une entreprise l’accès simple aux informations RH en interne. L’outil s’appuie sur un triptyque initial : compréhension/gestion du dialogue/réponse. La phase de compréhension repose sur le traitement automatique du langage naturel, de quoi, pour le programme, analyser et comprendre les messages de l’utilisateur. Puis le Dialog Manager va générer des décisions en s’appuyant sur un arbre de décision, des bases de données et l’historique des précédentes conversations. Enfin, soit les réponses sont préenregistrées pour « matcher » avec la question de l’utilisateur, soit le chatbot fait appel à un générateur de langage naturel (NLG) pour formuler sa réponse.

Toute une série de risques  !

Des technologies qui expliquent comment, pourquoi les chatbots répondent à des requêtes en tout genre, de façon précise, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Mais si les algorithmes de l’IA sont très efficaces pour certains types de tâches précises, ils n’en sont pas à tenir une réelle conversation ou comprendre les subtilités fines d’une langue façon être humain. Les assistants cachés dans vos smartphones, comme Siri (Apple), Cortana (Microsoft) ou Google Assistants, les robots qui vous aident à finaliser un achat sur un site ou ceux qui prennent la forme d’une enceinte connectée dans la maison, comme Alexa (Amazon), Home Pod (Apple), Djingo (Orange) proposent donc un dialogue qui reste très pragmatique et orienté vers un but précis. On parle d’IA « faible », en opposition à une IA « forte » qui serait dotée de réelles capacités cognitives. Mais dans un futur plus ou moins proche, attendons-nous à un développement « fort » de ces technologies. Et aux dérives qui ne manqueront pas de s’y associer !
Autre dérive possible. À force de dialoguer avec ces outils en phrases simples, utilitaires, ne risquons-nous pas d’appauvrir notre langage et notre pensée ? L’un des risques soulevés par ces technologies est d’aboutir à ce que les humains ressemblent de plus en plus à des machines, et les machines de plus en plus à des humains ! Autre spectre d’inquiétude : les agents conversationnels posent des questions éthiques. Ne risquent-ils pas, en plus de nous inciter à la paresse intellectuelle, de nous conduire à nous contenter d’une unique réponse à une question, alors qu’il n’y a rarement qu’une seule vérité ? Les informations que nous recevrons ne pourront-elles pas être biaisées par des partenariats conclus par le fabricant – une façon de rendre le système d’exploitation décisionnaire de nos vies ? Et puis les données personnelles que nous confions à ces assistants, en leur posant des questions qui donnent des informations sur nos habitudes de vie, que deviennent-elles ?

À la fin, c’est l’humain qui gagne

L’inquiétude n’est guère partagée par le Français américanisé Luc Julia, co-inventeur de Siri et actuellement vice-président de l’innovation chez Samsung. L’auteur du remarqué ouvrage L’intelligence artificielle n’existe pas (First Éditions) rappelle le rôle prépondérant de l’homme dans l’affaire : « Nous avons la volonté de créer des machines à notre service, en comprenant bien qu’elles ne décident pas pour nous. Avec les techniques actuelles de l’intelligence artificielle, nous ne serons pas en danger », répond-il à nos confrères d’ActuIA.com. Le chercheur optimiste conclut même en termes positifs sur le développement des technologies et l’avenir de l’homme, quoiqu’il formule quelques réserves : « Je pense que la technologie peut nous libérer des tâches qui nous contraignent, répétitives et peu intéressantes, aussi bien intellectuellement que physiquement. Si nous arrivons à nous libérer de tout ça, nous aurons plus de temps pour parler aux autres, pour échanger, en tout cas je l’espère. Évidemment, il existe des dangers et des dérives. Le téléphone portable est devenu notre cerveau et peut nous renfermer sur l’objet. Cependant, il faut comprendre la technologie et avoir envie de s’éduquer tout seul, de faire autre chose. Bien sûr, nous pouvons devenir idiots en utilisant l’intelligence des machines, seulement nous ne devenons pas idiots à cause des machines, mais à cause de nous. »

Emilie Massard

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