La disruption est totale, préparez-vous !

Progrès, changements, évolutions, adaptation des entreprises ? Mais non ! Rupture, disparitions, obsolescence des modèles ! Stéphane Mallard, Français immergé dans la Silicon Valley, tire une sonnette (obsolète) qui n’est plus d’alarme : il nous décrit le monde de tout à l’heure. Et il n’est pas du tout tendre !

Tous les plateaux télé, toutes les radios françaises devraient inviter ce « chasseur de tendances » (tel il se nomme) à exposer le changement du monde. Son livre, Disruption – intelligence artificielle, fin du salariat, humanité augmentée – n’est pas le nième pamphlet visionnaire qui nous promet des lendemains sereins ou, au contraire, apocalyptiques, un avenir convenu dans lequel les entreprises de la planète auront digéré leur « transformation digitale », « adopté les codes de l’économie numérique », « utilisé les technologies les plus avancées »… « C’est faux, me dit calmement Stéphane Mallard entre deux avions, c’est un slogan trompeur et dangereux pour les entreprises et les dirigeants. »
Ce qu’il vit au cœur du nouveau rêve américain que n’incarne pas Trump, d’une classe politique qui subit la disruption, c’est que les nouveaux entrepreneurs disruptifs veulent « se débarrasser du manager, du RH, des directeurs marketing et financier » et au final se disrupter eux-mêmes. Non parce qu’ils adoptent des attitudes suicidaires, simplement parce que ces leaders et capitaux risqueurs du monde qui naît estiment juteux de disrupter « tous les secteurs de l’économie, des usages et des fonctions dans l’entreprise (c’est Mallard qui parle), de les faire disparaître en les rendant obsolètes ».
Et c’est donc une tout autre histoire.

Fin du salariat

À l’évidence, les arguments de ce prophète réjouissant sont solides. Les entreprises ne s’adapteront pas, quoiqu’elles en pensent. Il faut qu’elles travaillent – ce qu’elles ne feront pas, bien sûr – à faire disparaître leur ancien monde pour que le nouveau (le renouveau) apparaisse. Comment ? Par la technologie. Les banques, réticentes à l’apparition de la fameuse blockchain, font tout désormais pour annoncer l’intégration de cette technologie disruptive par excellence dans leur écosystème. Vain ! La chaîne de blocs ne fonctionne qu’en éliminant les intermédiaires… que sont les banques. Mais pareillement, l’IA, très rapidement désormais, va condamner à l’obsolescence les diagnostics médicaux (bien plus fiables à l’aide d’un smartphone), quand les médecins ne seront plus que l’élément humain indispensable à l’empathie. À leur tour, les grandes écoles dispensatrices du modèle d’avant devront se disrupter – certaines entament le processus – et les experts de toute nature, que les entreprises affolées recrutent pour assurer leur transformation, illusoire, vont devenir les écrans à toute transformation à force de répéter les modèles d’avant. Les legaltech condamnent les avocats, les fintechs les experts comptables, etc. Pour finir, les salariés, devenus incompétents à des postes inutiles – « les meilleurs refuseront les contraintes de la grande entreprise et la technologie leur permettra d’être des entrepreneurs indépendants », balance le Dr Laurent Alexandre, préfacier de l’ouvrage et complice de Stéphane Mallard, n’existeront à leur tour plus. Ils/elles réinventeront d’autres fonctions dans une société de l’abondance ou la rareté – qui ne vaudra plus rien – ne voudra plus rien dire.
S’affoler ? Pour quoi faire ? « Je reste optimiste », glisse notre anti-expert, le monde va se transformer très vite, les technologies vont protéger la planète du changement climatique – Google vient d’annoncer avoir réussi à faire chuter de 40 % la consommation de ses fermes de serveurs et les GPS triompheront des saturations de trafic – quand des générations de chercheurs s’attelleront au bien-être de l’humanité. Mais la France, dit-il, est d’ores et déjà blackboulée par les Américains et les Chinois. Lisez, méditez cet ouvrage de rupture, souvenez-vous que vous en aurez entendu parler dans nos pages, c’est aussi notre devoir d’informateurs disrupteurs que de donner crédit à de telles vérités à nos portes. Disruptez-vous !

Olivier Magnan

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