Organisation/développement personnel(le)

Organiseurs antiproscrastineurs : sont-ils efficaces ?

Quel agenda pro utilisez-vous, je vous dirai qui vous êtes. Ou pas. Les Filofax, Quo Vadis et autres Oberthur ou Exacompta, avec leurs recharges calendriers, feuilles de notes, plans de Paris et autres gadgets de classement ont depuis belle lurette séduit les pros organisés, même si la concurrence des agendas électroniques a calmé les ardeurs de ces organiseurs papier. Pourtant, une nouvelle race de vademecum séduit les adeptes du développement personnel au travail : les systèmes d’organisation qui vous planifient vos journées et chassent toute procrastination. Deux ténors du genre, le Bullet Journal et le M3 Journal, arbitrent les débats, même s’ils se révèlent très différents. Un point commun : toute votre vie doit se retrouver sur un seul et unique carnet. Avec le bien-être en plus.

Tout est né de l’idée d’un designer new-yorkais, Ryder Carroll, qui a conçu pour lui le « journal » de ses journées en envoyant paître ces agendas tout faits, avec leurs calendriers et leurs to do lists. Lui a pris un carnet vierge, et, page après page, il a créé son système « à la main » d’enregistrement rapide (rapid logging) à l’aide d’un petit système de picto-codes à puces (les fameuses bullets). Avantage insigne, c’est gratuit ! Il suffit de prendre le temps de suivre les règles (bulletjournal.com), de choisir le carnet adapté et de pratiquement dessiner sa vie. Quand on maîtrise la « syntaxe » des • et autres O, –, * ou !, reste à se créer son calendrier puis donner libre cours à son inspiration, jusqu’à consteller son carnet de dessins, schémas dont on retrouvera le détail par la création, dans les premières pages, d’un « index » à sa mesure. Les initié(e)s nomment familièrement leur création portative « BuJo ».

Julie, une pro du journaling, donne sur son blog (journaling.fr/blog) quantité d’exemples de réalisations, et va jusqu’à vendre les accessoires qu’elle a testés. Elle était l’experte idéale pour répondre aux questions de base…

Q/R d’une BuJo addict…

À qui vraiment s’adresse le concept du BuJo ?

Chacun peut s’emparer du concept et l’adapter à ses besoins. Dans ma clientèle, j’ai tout type de profil. Femmes actives, jeunes cadres, enseignants, chefs d’entreprise, mamans dynamiques… Ils l’utilisent pour le travail ou, au contraire, pour organiser leur vie perso ou bien encore stimuler leur créativité.

Pourquoi le concepteur n’a-t-il pas jugé utile d’en tirer un produit préformaté ? Parce que la partie « manuelle et écrite » du concept fait partie intrinsèque de la démarche ?

Je pense que le concept repose sur la liberté et le sur-mesure. Il y a autant de BuJo qu’il existe de « bujoteurs(ses) ». Lorsque vous interrogez les utilisateurs accrocs à cette méthode, l’idée d’un produit préformaté est tout simplement inconcevable pour eux. Ce n’est pas du tout dans l’esprit du Bullet Journal.

Avez-vous constaté autour de vous des exemples flagrants de réussite à travers la bonne utilisation de ce concept ?

Moi, la première. Si je me tiens à mon BuJo, mon temps de travail est réduit d’environ 30 %. Je procrastine moins, je vais à l’essentiel. Mes journées sont toutes tracées ! Je l’utilise tous les jours pour ne rien oublier. Je n’ai plus d’agendas, trop contraignant pour moi, j’ai besoin d’être libre, d’avoir de la place etc. Les produits préformatés ne le permettent pas.

Les exemples du Bullet Journal, du M3 Journal ou même du Bullet Agenda de Powa (chez Solar)* ne semblent pas avoir donné naissance à une kyrielle de vocations chez d’autres concepteurs. Faut-il en conclure que le concept restera très limité ?

Je pense qu’il existe plein d’autres concepts existants ou à venir mais qu’ils sont simplement moins connus pour l’instant… Il faut le temps qu’ils émergent ! Jetez un œil à KickStarter, il y a très régulièrement des propositions de planner/méthode de planification à visée pro… Je ne serais pas surprise de voir arriver une « nouvelle méthode qui cartonne » d’ici à quelques mois.

L’affaire Cozette

On a cité le M3 Journal. Il est l’œuvre de Damien Cozette, passionné de développement personnel, que son proche passé de project manager a poussé à concevoir sa « Méthode 3 », un livret et son complément, le M3 Journal, sorte de Bullet Journal où tout est tracé, jour par jour, étape par étape, heure par heure, avec cette trouvaille de DP étonnante : pour potentialiser à fond votre outil antiprocrastination, commencez donc

par constituer une équipe de copains/copines ou relations professionnelles – idéalement trois membres – et rencontrez-vous chaque semaine si possible pour faire le point, vous émuler, vous entraider. « C’est le gros avantage de la méthode, soutien Damien Cozette. Susciter une motivation collective, à la manière de Weight Watchers. » Se réclame-t-il du BuJo ? « L’approche est radicalement différente. Ou plutôt complémentaire. » Une grosse différence, malgré tout : autant le BuJo de Caroll ne coûte que le carnet et le stylo, autant la Méthode 3 de Cozette repose sur un système d’abonnement trimestriel à 30 euros, que l’on complétera au besoin par le jeu de cartes mis au point par le cerveau fertile du créatif (et autres outils à venir) qui cherche à nous faire sortir de notre « zone de confort ». Un constat : face au succès de sa méthode, l’ex-salarié a créé sa start-up, DoersWave, et accompagne depuis 2017 la vie de quelque 20 000 convaincu(e)s dans 79 pays. Éloquent.

* Créatrice du Bullet Agenda, très féminin dans la forme.

Olivier Magnan

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