Le dress reste code en entreprise

Cravate, non, baskets, oui, mais…

Le traditionnel costume gris anthracite du cadre supérieur de La Défense laisse progressivement place à de petites notes d’extravagance. En entreprise, le dress code évolue : plus question de se fondre dans la masse et de se plier au protocole. Sous l’impulsion d’une nouvelle génération en quête de sens, les fameux millenials, on se singularise. Dans des limites raisonnables.

«Comment s’habiller en entreprise ? » Les réponses fusent sous forme de multiples guides et manuels. L’un des plus récents fut « endossé » par le site britannique Business Insider. Sylvie Giusto, spécialiste de l’image des dirigeants et auteure de The image of leadership, y recense les cinq degrés de dress code à destination du monde professionnel.

Le minimum (degré 5) prend l’allure du look baseline casual : une tenue vestimentaire du quotidien, avec pantalon sombre, top légèrement travaillé et chaussures élégantes. Un ton au-dessus (degrés 4 et 3), s’alignent le mainstream casual puis l’executive casual où la veste est de mise pour les employés des deux genres.

En dress code 2, s’autorisent les tailleurs classiques mais colorés. En 1, le plus abouti, le tailleur intégral est requis, et côté hommes on arbore chemise blanche, chaussures noires et accessoires de haute qualité. L’experte en image préconise d’appliquer en outre la règle du +1/-1 : ne jamais être habillé(e) plus d’un cran en dessous ou au-dessus de son supérieur hiérarchique, au risque de paraître décalé, voire mal à l’aise.

Patrons sans cravates

Oui, mais… Ces règles très formelles se révèlent, aujourd’hui, en passe de se ringardiser. Révolution numérique aidant, les entreprises connaissent de profondes mutations… et le code habillage s’adapte. Pour capter les innovations, elles font de plus en plus appel à des start-up et autres fintechs, avec obligation d’accueillir une jeune génération au style vestimentaire… affirmé, case anarchie. Quand le jeune patron de Qonto (lire p. 32), Alexandre Prot, par exemple, grimpe sur une estrade face à un public de pairs, son pull en v à même le torse et ses baskets sans chaussettes donnent le ton : très peu d’égard pour les diktat vestimentaires de l’entreprise traditionnelle. Jusqu’aux nouveaux rois du monde qui n’arborent ni costume ni cravate (Mark Zuckenberg, Google, a pourtant récemment acquis une cravate pour sa comparution devant une commission sénatoriale !). Celui qui a donné le ton en son temps au no-code (ou au néo-code) se nommait Steve Job, créateur d’Apple. Ses fameuses keynotes en col roulé noir et jean délavé soulevaient l’enthousiasme, il est vrai devant des parterres d’Applemaniacs tout aussi décontractés. Depuis, il est difficile de croiser des  développeurs, community manager et autres jeunes experts du numérique dans les couloirs d’entreprises « respectables » respectueux d’un dress code à l’image de leurs employeurs dirigeants. Mais ce sont eux qui donnent le « la » : bon nombre des grands patrons du CAC 40 adoptent à leur tour un style plus décontracté. Témoin, en novembre 2017, l’ex-président du directoire du groupe BPCE, François Pérol, se présente aux journalistes sans veste ni cravate. Une tenue au service de son propos : il était alors venu détailler TEC 2020, le plan stratégique de numérisation au sein de l’établissement bancaire. Michel Pébereau, le très strict PDG de BNPP, et nombre de ses pairs, n’auraient jamais consenti à pareille entorse ! Mais il faut bien apporter la preuve que la banque se renouvelle et qu’elle est aujourd’hui à l’écoute des plus jeunes générations.

Friday wear is over

À l’intérieur des bureaux en revanche, le changement de paradigme tarde à s’imposer : « Le secteur de la banque reste très formel. Si la cravate n’est pas toujours de mise, le costume reste la norme », constate un cadre d’un grand groupe bancaire prêt toutefois à l’admettre : « Les baskets sont acceptées en fonction des directions. Plus on tend vers des fonctions marketing ou digital, plus le style se fait décontracté. Il n’existe pas de Friday wear institué, il n’empêche que de manière générale, les tenues relax sont plus fréquemment de mise. » D’autres secteurs n’ont pas attendu la génération start-up pour s’affranchir des codes vestimentaires traditionnels. La communication, la publicité, la mode font toujours figures d’électron libre dans le monde de l’entreprise.

Dans ces milieux, la tenue est devenue un moyen de se distinguer, plus sûrement que par son discours. Propos d’une jeune cadre chez l’Oréal : « Chaque matin, le choix de mes tenues est un vrai casse-tête. Je passe une importante partie de mes week-ends à faire les boutiques et à me tenir informée des nouvelles tendances. Au sein de l’entreprise, l’apparence revêt une très grande importance. Il faut être soignée mais décontractée, tendance mais jamais provocante, c’est un équilibre fragile qu’il faut réinventer chaque jour. L’une de mes N+ me toise avant chaque réunion. C’est en fonction de ma tenue que je pourrai ou non capter son attention. Il y a quelques semaines, je portais un foulard chiné à Londres. Elle a adoré. Lréunion s’est très bien passée. » Le diable a beau de plus s’habiller en Prada, le dress est toujours code…

Chloé Consigny

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