Les externalités positives après les victoires sportives

le porte-bonheur pour avoir un enfant en 2019 ?
le porte-bonheur pour avoir un enfant en 2019 ?

Seule la victoire est belle

Remporter la Coupe du monde représente une performance sportive. Mais pas seulement. Alors que les retombées économiques d’une grande victoire demeurent difficiles à évaluer, d’autres impacts positifs, parfois surprenants, peuvent survenir après avoir soulevé la coupe !

Et un, et deux, et trois – zéro ! Chacun se remémore facilement ce qu’il faisait le 12 juillet 1998 : la bise de Jacques Chirac sur le crâne chauve de Fabien Barthez, la communion populaire sur les Champs Elysées, la France black-blanc-beur et l’euphorie qui accompagna l’été qui suivit la victoire… Il est encore un peu tôt, à l’heure où nous écrivons ces lignes, pour prédire si les Bleus de Didier Deschamps rééditeront l’exploit de leurs glorieux aînés de 1998. Mais pas de doute : cette victoire ferait un bien fou au moral des Français.

L’ « effet star »

A commencer par celui des supporters les plus fervents et des licenciés. « Les premières retombées touchent la pratique du sport concerné, observe Patrice Bouvet, économiste du sport à l’Université de Poitier. Quand un sportif ou une équipe nationale gagne ou réalise de bons résultats lors d’une compétition internationale, on constate un bond statistique du nombre de licenciés, comme on l’a récemment vu en France, pour le handball ou la boxe, lors des derniers JO. »

Des bienfaits potentiellement renforcés par la dimension internationale et la rareté de la compétition (tous les quatre ans seulement pour la Coupe du monde et les JO), la culture sportive du pays (basket en Lituanie ou football au Brésil, par exemple), ainsi que par l’ « effet star », qui désigne la capacité du ou des vainqueurs à partager et médiatiser leurs exploits auprès du grand public. « En France, le golf reste peu diffusé et ne touche donc que les spécialistes, poursuit l’universitaire. Mais en judo, le charisme et la manière dont Teddy Riner “joue le jeu” ont permis d’élargir le public concerné par ses performances. »

Antoine, Paul et Kylian

Plus largement, lorsqu’elle s’investit à fond derrière son équipe, c’est toute une population qui profite ainsi de la joie réservée au vainqueur. Du petit sourire béat à l’envie de croire que tout est possible. Le phénomène de l’identification fonctionnant sur le principe « ils ont perdu, on a gagné », la victoire crée indubitablement un sentiment de bien-être, de réjouissance et de fierté d’avoir participé, même indirectement, à la victoire. « Cela renvoie à la théorie économique du bonheur, qui montre, via des variables intermédiaires, que les phénomènes sportifs engendrent souvent des répercussions sur le moral, voire la santé des gens. On l’instrumentalise, par exemple, pour le sport sur ordonnance », pointe Patrice Bouvet.

Sur le plan moral, ces grands rassemblements permettent aussi de faire communier ensemble des peuples d’origines différentes. « Les effets sont très positifs en matière de vivre ensemble et de cohésion sociale », confirme Christophe Lepetit, responsable des études économiques et des partenariats au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges. « Et lorsque ces climats d’euphorie s’installent, les Français consomment également davantage : lors de l’Euro 2006, par exemple, nous avons observé une accélération des ventes de TV au fur et à mesure des performances de l’équipe de France dans le tournoi. »

Une euphorie qui se concrétise également en termes démographiques. « Certains économistes se penchent sur la structure des naissances consécutives aux grandes victoires, mais aussi sur celle des prénoms donnés, indique Christophe Lepetit. En cas de victoire, on peut parier sur un pic des petits Antoine qui naîtront en 2019 ! » Paul et Kylian apprécieront…

Récupération politique

Mais la liste de ces bienfaits encourage certains politiques, avides de prouver leur grinta ou de renforcer la cohésion de leurs concitoyens, à des tentatives de récupération des belles pages sportives du pays. Si Jacques Chirac en a visiblement rajouté lors de la victoire des Bleus de 98 – les images le montrant répéter, avec un décalage certain, le nom des titulaires, lors de l’appel des joueurs en finale, sont sans appel ! – l’ancien Président a su fédérer les Français autour de cette victoire. Au contraire, la déroute sportive des Brésiliens lors de leur dernière Coupe du monde a tourné en fiasco politique à cause des coûts élevés et des expropriations consenties pour l’organisation de la compétition…

« Bien qu’il s’en défende, le sport est très souvent politisé. Mais cet impact reste limité dans nos économies occidentales, avance Christophe Lepetit. En revanche, il est beaucoup plus important dans d’autres pays monarchiques ou moins démocratiques qui s’en servent pour améliorer leur image ou à des fins électoralistes. En Russie, Poutine utilise ainsi les bons résultats de son équipe pour étaler sa puissance mais aussi sa capacité d’accueil. » Probablement insuffisant à redorer à lui seul l’image d’un pays pas toujours scrupuleux des droits de l’Hommes, ce soft power peut néanmoins s’intégrer au sein d’une offensive diplomatique plus globale. Mais avant cela, le onze russe devra se surpasser !

ROI et événementiel sportif

Un impact économique surévalué

Le CDES a chiffré à 1,3 Md€ les retombées économiques de la réception de l’Euro 2016 de football en France… et de la finale des Bleus ! « Cela représente 0,05 % du PIB national en 2016, c’est très marginal au niveau d’un pays, évalue Christophe Lepetit. Même si, sur le plan territorial, les effets peuvent être plus significatifs en matière d’activité, d’emplois créés, même temporairement, voire d’accès au travail. » Dans tous les cas, ces impacts ne justifient pas, à eux seuls, l’organisation de ce type d’évènements très couteux. « En revanche, il faudrait mettre en place des éléments pour optimiser les retombées économiques : privilégier les emplois et les prestataires locaux, capter au maximum l’attention de la communauté internationale pour prolonger les séjours, créer des offres touristiques couplées, etc. », propose l’économiste.

Pierre Havez

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