Ces bonnes fortunes nées de la crise

La crise dite du coronavirus a considérablement accéléré une transition numérique déjà bien en marche, mais elle est bel et bien en train d’essorer de par le monde un nombre considérable d’entreprises. Comme les jeunes pousses en forêts brûlées, de très nombreuses opportunités naissent de la catastrophe : du boom des jeux vidéo jusqu’aux entrées record à la Bourse de Séoul, la covid aura quand même fait des heureux. Fortunes réelles et richesses nouvelles

États-unis : The Big Short version supermarché

En 2008, un groupe d’investisseurs anticipe l’effondrement du système bancaire, parie contre lui et amasse ainsi des centaines de millions de dollars. L’histoire fut adaptée au cinéma dans The Big Short. En 2020, l’investisseur Carl Icahn, entre autres, serait sur le point de rééditer l’exploit grâce à la crise de covid. Il a dès 2019 shorté – parié contre – les centres commerciaux américains (en vendant à découvert leurs dettes), déjà en mauvaise passe face à la percée de l’e-commerce. Il voit aujourd’hui ses projections se réaliser et sa fortune augmenter (on parle de 400 millions de dollars) au fur et à mesure que les fermetures de malls s’enchaînent au pays de l’oncle Sam. Well done, Carl Picsou !
Intérêt : type de placement pas très éthique, il est toutefois très rentable pour ceux qui ont le nez suffisamment creux.

Unesco : La formation pour tous

Stefania Giannini, sous-directrice générale de l’Unesco pour l’Éducation : « La crise a mis en évidence l’urgence de doter les jeunes des compétences adéquates pour accélérer la transition vers des économies plus inclusives, durables et résilientes. » C’est ainsi que l’Unesco a lancé en juillet une Académie mondiale des compétences. Appuyé par des partenaires tels que Dior, Huawei ou Microsoft, qui y proposent des formations, l’Académie bénéficiera du réseau Unevoc – promotion de l’enseignement technique et de la formation professionnelle – et de ses 250 centres dans 160 pays. Le projet s’adresse à un million de jeunes de milieux défavorisés.
Intérêt : plus de 40 % des personnes employées dans les secteurs les plus durement touchés par la crise sont des jeunes. Dans la période de récession qui s’annonce, ce projet a donc pour but d’améliorer leur employabilité. Peut-être le début d’une uniformisation grandissante des compétences professionnelles à une échelle mondiale.

Argentine : Le clone argentin d’Amazon prend du grade

L’équivalent argentin d’Amazon, MercadoLibre, a su profiter du confinement et de la baisse de fréquentation dans les magasins pour affirmer sa position de leader sur le secteur de l’e-commerce en Amérique latine. Présent dans 18 pays, MercadoLibre annonce avoir doublé ses volumes de vente par rapport à 2019, sur la période avril-juin, et se retrouve ainsi fièrement à la 37e place du classement Financial Times des 100 entreprises qui ont le plus prospéré durant la crise de covid.
Intérêt : parce que le marché de l’Amérique latine est délaissé par un Amazon qui tourne davantage son regard vers l’Asie, l’Argentine tient ici une pépite qui pourrait lui donner le moyen de s’imposer technologiquement dans la région sud-américaine.

Afrique : L’ONU veut reconnecter l’Afrique

Quelque 3,6 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à Internet, et le bilan s’est aggravé durant l’épidémie. C’est ainsi que l’Union internationale des télécommunications (UIT) – agence onusienne – a décidé de lancer le programme Connect2Recover qui se donne pour but d’améliorer l’accès à une connectivité abordable et fiable dans certains pays. L’initiative se concentrera en priorité sur des pays africains, car 21 des 25 pays les moins connectés s’y trouvent.
Intérêt : posséder des infrastructures numériques stables est aujourd’hui une nécessité pour exister, aussi bien sur les plans social qu’économique, dans un monde globalisé ultraconnecté. Les pays africains qui bénéficieront de cette initiative vont prétendre une fois connectés à de nouvelles activités : administration publique en ligne, cyberrenseignement, cybersanté, télétravail, etc.

France : L’automédication à fond

Défiance envers les autorités de santé provoquée par la crise de covid aidant, la pratique de l’automédication connaît de beaux jours – au plus grand désespoir des médecins. Entre autres exemples, le Natto, un plat japonais à base de soja fermenté, censé aider à lutter contre le coronavirus, aura connu un vif succès depuis le début de la pandémie. Dans les pages de Challenges, le fondateur de l’entreprise Natto du Dragon, Laurent Villatte, explique avoir vu ses ventes de soja fermenté bondir considérablement, notamment après la diffusion d’une émission sur France Info qui vantait les mérites du fameux mets japonais.
Intérêt : qu’ils fonctionnent ou non, les produits « miracles » font ces derniers temps l’objet de toute la convoitise d’une population en quête de solutions alternatives. L’automédication n’a pas fini de faire couler de l’encre chez les professionnels de santé. Les vendeurs d’argile ou de gui ont de beaux jours devant eux.

Suisse : Le QR code reprend du poil de la bête chez les Helvètes

Dans le quotidien Le Temps, on apprend que l’utilisation du QR code en Suisse est à son apogée en cette période de crise. Depuis que ces petits codes-barres carrés ont réapparu, notamment sur les tables de restaurant où ils livrent les cartes et menus, ils ne cessent de se trouver de nouvelles applications : paiement simplifié, traçage, cartes de visite virtuelles, liens vers des informations complémentaires pour les produits alimentaires…
Intérêt : déjà largement répandu en Asie – il est presque impossible de payer autrement dans certains endroits en Chine –, le QR code a de beaux jours devant lui sur le Vieux continent, bien au-delà de la crise du corona. En créant un pont entre le monde réel et une page virtuelle, le QR code est un véritable portail numérique.

Corée du Sud : Le jeu vidéo en force

Le groupe Kakao Games, filiale jeu vidéo de Kakao Talks – service de messagerie le plus populaire en Chine – vient de faire une entrée fracassante au Kosdaq. À peine quelques heures après son entrée à la Bourse de Séoul, l’action avait déjà grimpé de 160 % avant d’atteindre le plafond fixé par le Kosdaq. La capitalisation de Kakao Games s’est arrêtée à 3,7 milliards de dollars.
Intérêt : si la pandémie de coronavirus a largement boosté la pratique du jeu vidéo, le phénomène se répercute sur les Bourses où les actions s’envolent. Il est temps de s’intéresser à ce secteur plus que prometteur, boudé par une partie des investisseurs d’une autre génération, dubitatifs vis-à-vis des technologies modernes de divertissement.

Malaisie : La superapplication comme moyen de diversification

Alors que ses avions étaient cloués aux tarmacs, le directeur général d’Air Asia, Tony Fernandes, a cherché de nouvelles idées pour générer des revenus. Il a donc lancé la création d’une superapplication Air Asia. Qu’est-ce ? À l’image de WeChat ou de Grab, une superapplication en héberge d’autres. Sur WeChat, par exemple, – initialement destiné à la messagerie – il est possible de commander un taxi ou de réserver un restaurant.
Intérêt : si la super app’ semble un modèle prometteur, c’est qu’elle réunit plusieurs entités d’un même groupe au sein d’une même plate-forme, et donc augmente sa force de proposition, mais pas seulement. Si Air Asia propose au même endroit ses propres services et ceux de BigPay (paiement en ligne), de Santan (restauration), ou de Tuna Hotels, elle pourra faire entrer d’autres services ou en développer elle-même de nouveaux.

Jean-Baptiste Chiara

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