Et la France dans 20 ans ? Sous influence démo, techno, écolo…

Parmi les multiples facteurs qui vont infléchir l’évolution de la France, trois tendances majeures se détachent par l’importance certaine de leur influence future : les progrès technologiques, le vieillissement de la population, et le réchauffement climatique. Radioscopie de la France dans 20 ans.

Progrès technologique : s’il est imprévisible, son influence n’en est pas moins fondamentale – par exemple, en 2000, qui aurait prévu que 20 ans plus tard, l’une des entreprises les plus riches du monde serait issue des réseaux sociaux, qui n’existaient même pas à l’époque ? De façon similaire, il est sûr que les progrès en IA, en robotisation, etc. vont profondément changer les modes de vie. Les deux autres facteurs sont, eux, plus aisément quantifiables (car liés à un rythme de changement plus lent). D’après l’Insee, en 2040, dans une France qui compterait 73 millions d’habitants (aujourd’hui quelque 67 millions), plus du quart auraient plus de 65 ans – contre 16 % en 2020. Et même si des mesures miraculeuses étaient prises dès maintenant, les effets du réchauffement climatique ne seraient pas stoppés (leur aggravation seule le serait) : en quelque sorte, la moyenne des températures va monter vers le nord – Lille aurait le climat de Paris, Rennes celui de la rochelle, Bastia celui de Rome…

L’agriculture déplacée

Dans ce contexte, l’agriculture n’en finira pas d’évoluer avec son cortège de drames et de renaissances. Déplacée d’abord, pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques : sur le long terme, par exemple, les vignes vont lentement monter vers le nord – on ne boira plus du Bordeaux, mais du La Rochelle ! Les évolutions des demandes des consommateurs et des industriels instaureront une agriculture plus diverse, mélange de bio et de qualité, et toujours une production industrielle, qui risque même d’augmenter en même temps que le climat se réchauffe. Mais les conditions de production également auront changé : plus technologiques, plus bio, mais aussi concentrées : toujours moins d’exploitations et d’exploitants.

Industries au vert

La montée en puissance de l’automatisation et de l’intelligence artificielle aura pour double effet de maintenir la capacité de production – malgré une baisse sensible de la main-d’œuvre – et de faire naître la moyenne série et l’industrie de proximité comme des modèles viables. Le secteur connaîtra, dans sa composition, une évolution similaire à celle de l’agriculture, avec une concentration encore plus poussée des acteurs majeurs – typiquement dans l’automobile, où la poussée vers le tout électrique et le tout hydrogène suscite déjà des projets de fusions – et l’arrivée d’un nombre important d’acteurs de type PME ou ETI sur des créneaux spécialisés.

Les services domineront l’économie locale

Sur la tendance actuelle, les services vont définitivement s’établir comme le secteur d’activité majeur national, tant par son poids dans l’économie que par sa population active. Le vieillissement de la population, notamment, fera croître particulièrement les services aux personnes âgées, les services médicaux divers, les loisirs pour troisième, quatrième, voire cinquième âge… Si les métiers ne seront pas les mêmes – les centres d’appels, par exemple, seront remplacés par des bots de plus en plus sophistiqués –, l’émergence de nouvelles technologies et de nouvelles demandes assurera le renouveau du secteur.

La distribution et l’e-commerce

Contrairement aux espoirs de certains, la distribution – notamment de produits achetés en ligne – ne va pas se rééquilibrer vers le local ou du moins pas autant qu’espéré. L’e-commerce sera plus important que jamais. Mais le perfectionnement de la robotisation, la diminution des emballages plastiques et l’amélioration du bilan écologique des premiers et derniers kilomètres ont grandement diminué l’impact environnemental du secteur. Malheureusement, ils vont aussi diminuer son potentiel en tant que source d’emplois non qualifiés.

Emploi et population active

De façon générale, les emplois non qualifiés seront de moins en moins disponibles, sous l’assaut conjoint de l’automatisation et de l’IA. Mais les évolutions technologiques et de modes de vie généreront de nouveaux métiers, de quoi assurer un certain dynamisme au marché de l’emploi. Le tableau n’en sera pas pour autant rose. Les migrations des bassins d’emplois feront inéluctablement de certaines zones du territoire des déserts, malgré les efforts de décentralisation et l’essor de l’industrie de proximité. Et le maintien de l’équilibre des systèmes sociaux – sécu, retraites… – est plus difficile que jamais, face à l’augmentation du ratio de dépendance inactifs/actifs dû au vieillissement de la population et à la baisse de la fécondité. Même avec l’influx de fonds dû aux taxes sur les géants du Web, qui seront – enfin – devenus une norme mondiale…

Jean-Marie Benoist

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