Suède : des licornes très inspirantes

Spotify, King, l’éditeur du fameux jeu vidéo Candy Crush… Ces licornes mondialement connues partagent un point et pas des moindres : elles sont toutes deux nées en Suède ! Une heureuse coïncidence ? Certainement pas, à en croire le rapport Titans of Tech 2017 de la banque GP Bullhound. Il comptabilisait 57 licornes en Europe, dont 7 pour l’unique Suède. Soit autant qu’un grand pays comme l’Allemagne… Et deux fois plus qu’en France, pourtant bien plus peuplée ! « Un résultat record qui, rapporté au nombre d’habitants, environ 10 millions, fait de ce ‘‘petit’’ pays, le deuxième territoire au monde le plus créateur de start-up, et singulièrement de licornes, après la Silicon Valley », s’étonne Justine Vautrin, project manager chez Business France, au sein du bureau suédois. Un succès qui ne se limite pas aux seules licornes, selon elle : « En matière d’introductions en Bourse, une centaine de sociétés suédoises ont été enregistrées en 2017, pour moins de 120 sorties. Des résultats au-delà de ceux de l’Allemagne, du Royaume-Uni ou de la France, qui a affiché une quinzaine d’introductions pour moins de 50 exits. »

Une population ultra-connectée

Alors quid des leviers d’une telle performance suédoise ? Pour Erwan Derlyn, entrepreneur français installé à Stockholm, en première ligne dans le développement du nouveau réseau French Tech Nordics, « cette réussite suédoise dans les fintechs, cleantechs et autres techs repose sur la combinaison de plusieurs facteurs, culturels, politiques et socio-économiques propres à ce pays scandinave ». Tout commence par un accès facilité aux outils numériques et à Internet, fruit d’une politique volontariste menée par les autorités depuis plusieurs décennies. « Comme des réductions d’impôts accordées dès les années 1990 pour aider les foyers suédois à acquérir leur premier ordinateur personnel. Dès lors, le pays investit massivement dans le déploiement d’un réseau de fibre optique. Résultat : le taux d’utilisation d’Internet – le troisième plus élevé d’Europe – avoisine 95 %, contre 85 % en France ! », détaille Erwan Derlyn. À l’avant-garde des usages numériques, l’ultra-connectée population suédoise jouit également d’un très bon système éducatif « proche de la méthode Montessori, où on inculque surtout à penser par soi-même, à développer son autonomie et à acquérir le sens des responsabilités en apprenant de ses erreurs, constate Justine Vautrin, de quoi grandement inciter à l’indépendance, à la prise de risque ».

Miser sur l’international

Autant d’éléments qui suffisent à expliquer le succès de la tech suédoise ? « Pas uniquement », analyse Erwan Derlyn, pour qui « l’internationalisation réussie de nombre de start-up locales s’explique aussi par la taille très restreinte du marché suédois qui pousse les entrepreneurs à se tourner vers l’étranger ». On l’aura compris, dans ce royaume scandinave peu peuplé et largement anglophone – où la maîtrise de l’anglais fait date –, rien d’étonnant à ce que les entrepreneurs pensent dès le départ tout projet de jeune pousse dans sa dimension internationale. « Et aussi bien lors de la conception des produits que dans le recrutement des équipes ou la recherche d’investisseurs », précise Erwan Derlyn, qui conseille aux start-uppers français de « jouer très vite la carte de l’international, à l’image des licornes suédoises ». Car si l’écosystème d’innovation français s’avère toujours plus dynamique, French Tech oblige, « les investissements portent encore trop sur les seules levées de fonds. Or, au-delà de l’early stage, reste à accompagner les jeunes pousses vers le stade de scale-up ».

Partage de bonnes pratiques

Un accompagnement qui suppose un réel échange de bonnes pratiques entre start-uppers passés au-delà du cap de l’international et ceux qui sont encore massivement restés au bercail. « Une culture du partage et de l’entraide qui caractérise largement la sociale-démocratie suédoise et ainsi son écosystème d’innovation, en particulier à Stockholm, où les entrepreneurs – essentiellement concentrés sur deux des quatorze îles de la ville – collaborent tous ensemble », analyse le chef d’entreprise. Une configuration pourtant « loin de primer en France, ne serait-ce qu’à Paris, marché bien plus grand et éclaté, où la rétention d’informations est souvent de rigueur, même de la part de ceux qui ont fait leurs preuves ». Alors comment aider la France à s’inspirer des recettes du succès suédois ? « La création du nouveau réseau French Tech Nordics, déployé avec l’appui de Business France, vise justement à créer un pont entre nos deux écosystèmes », répond l’ambassadeur de la réussite de ses compatriotes. Une ambition partagée par Justine Vautrin qui rappelle « l’organisation de French Tech Days à Stockholm ou encore la signature de partenariats stratégiques et technologiques entre les deux pays ». Comme celui sur l’innovation et les solutions vertes, conclu fin 2017 à Göteborg par le Premier ministre Löfven et le Président Macron. Des occasions idéales pour bâtir de telles passerelles…

Charles Cohen

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