Travailler demain, débats, rebonds et perspectives

Oui, les petites et moyennes entreprises sont le cœur et le poumon du travail en France. Les chiffres le confirment. Selon l’Insee, on dénombrait en 2015 3,82 millions d’entreprises dans les secteurs marchands non agricoles, dont 3,70 millions correspondent à une seule unité légale indépendante. 96 % d’entre elles – 3,67 millions – sont des microentreprises, elles emploient 18 % des salariés en équivalent temps plein. Les 140 000 PME non-microentreprises en rassemblent 28 %, les 5 800 ETI 25 % et les 287 grandes entreprises, 29 %. En comparaison, si l’Allemagne et l’Angleterre alignent un nombre moindre d’entreprises, elles disposent d’une proportion plus forte de PME non-microentreprises (17,3 % et 10,3 % respectivement selon Eurostat). De façon globale, les entreprises de 250 salariés et plus ne réalisent que 44 % du chiffre d’affaire en France, contre 52,5 % outre-Rhin et 53 % outre-Manche. Et si la création d’entreprises est dynamique dans l’hexagone (en hausse de 8,7 % entre 2013 et 2015), la taille moyenne lors de la création reste faible – 1,3 personne occupée – et la durabilité n’est pas toujours au rendez-vous : la croissance nette française des entreprises tombe à 2,3 %, loin derrière l’Angleterre.
Et demain ? Demain matin ? Entre gilets jaunes au cœur des salaires insuffisants, générations X, Y, Z qui ne raisonnent plus carrière, fidélité, retraites, coworking et tiers lieux, montée d’une génération de start-up en quête de planète et transition écologique porteuse d’un greenbusiness riche de promesses de travail, la France jouera ou pas sa carte d’atouts. À condition que le pays s’ébroue.

Les métiers et l’organisation de demain ne seront pas ceux d’aujourd’hui, la mutation vient à peine de commencer.

1.Etat des lieux et tendances

Entre mouvement sociaux et générationnels, et révolution technologique, le travail en France est à un point d’inflexion.

Sans surprise, les services dominent largement le monde du travail en France, plus encore que chez ses voisins européens. Selon l’enquête Emploi de l’Insee, en 2014, 13,9 % des personnes en emploi de 15 ans ou plus travaillent dans le secteur de l’industrie, 6,6 % dans la construction, 2,8 % dans l’agriculture et 75,7 % dans le secteur tertiaire. Près d’un tiers des personnes dites occupées travaillent plus précisément dans le secteur de l’administration publique, de l’enseignement, de la santé humaine et de l’action sociale. Et la tendance est claire : l’industrie continue de chuter, les services de monter.

Ce paysage va, dans les années à venir, fortement évoluer, sous l’influence, notamment, de la numérisation. Toutes les études s’accordent : les métiers et l’organisation de demain ne seront pas ceux d’aujourd’hui, la mutation vient à peine de commencer (lire dans ce numéro, page 70). En parallèle, les entreprises vont devoir compter avec l’arrivée dans leurs rangs de nouvelles générations, dont les attentes sont bien différentes de celles de leurs aînés. Si, par exemple, pour la génération X, le salaire prime avant tout, les millenials placent la priorité sur les projets et montrent une tendance plus marquée à multiplier les expériences professionnelles. Les questions de la formation, de la motivation, du bonheur et de la qualité de vie au travail (et bien d’autres) deviennent des sujets prioritaires pour les RH, à la fois pour garder les talents et pour les recruter. Or, aujourd’hui, la génération Z, tout juste entrée dans le monde du travail, reste une inconnue.

Et boum. Les gilets jaunes viennent de jeter un véritable pavé dans la mare. Le débat autour du travail change d’axe. L’obsession syndicaliste du chômage, pierre d’achoppement de décennies de gouvernements impuissants et préoccupation majeure des Français cède en urgence devant le pouvoir d’achat et la question de la valorisation du travail, en tête désormais des mots d’ordre. Bref, la République n’économisera pas sa disruption du travail quand d’autres – y compris des royaumes – l’ont anticipée. Comme d’hab, on est en retard ! Mais on rattrape vite.

par Jean-Marie Benoist

Les métiers en 2022 vus par France Stratégie

Nombre d’actifs en France : 28,53 millions

Nombre d’entreprises : 4,2 millions

Au Sommaire du dossier 

1. Etat des lieux et tendances

Interview de Julia de Funès

2. Pôles d’Emploi

3. Le travail, ça se travaille… dans l’avenir

RÉTROSPECTIVE : Le travail en France : une brève histoire du Code

 

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