Mode de financement, choix du carburant, évolution des normes réglementaires, transition écologique et mobilités alternatives, le tout sur fond de nouvelles technologies : une flotte de véhicules pour les déplacements de ses collaborateurs, c’est une gestion exigeante, serrée, rentable ou pas ! Les professionnels du secteur 2.0 sont devenus des prescripteurs, des prestataires, et les voitures dites de fonction respectent l’autonomie du conducteur.  État des lieux.

Plus qu’une poignée de journées pour le Mondial de l’Auto à Paris Expo où les entreprises visiteuses, grandes et petites, n’ont que mobilité de leurs collaborateurs en tête. Et pour cause : voitures de fonction et flotte d’utilitaires impactent lourdement le bilan. On pense économies et optimisation du « parc ». On songe aussi au confort de ses collaborateurs. Et ça, les professionnels du secteur l’ont bien compris.

La LLD plus que jamais en bonne place

La formule gagnante, c’est la location longue durée (LLD), pour particuliers comme professionnels. Aujourd’hui, plus une seule publicité pour une voiture n’évoque un prix d’achat, toutes les offres affichent des loyers mensuels. Dans le monde des entreprises, les grandes flottes sont toutes en LLD depuis belle lurette et les parcs réduits s’y mettent.  « La croissance des clients “évidents” des loueurs, les grands comptes, les grandes entreprises, est arrivée à un plateau, constate Pierre Mercier, fondateur d’AutoK7, une radio du Web dédiée à l’univers de l’automobile, et l’un des plus grands spécialistes de l’auto en France. Ils ont désormais l’opportunité de s’attaquer au marché des plus petites entreprises, voire des artisans. » Et « ils » ne s’en privent pas. La croissance de la LLD s’envole sur ce segment d’entreprises, avant tout parce qu’elle donne le moyen de maîtriser les coûts. Tout est compris dans le prix du loyer. Pas de coûts cachés, pas de risques liés à la revente ou à la maintenance du véhicule, le loueur prend à sa charge le véhicule de remplacement, l’entretien, l’assistance/dépannage, le remplacement des pneus, la gestion de l’assurance et des sinistres, le reporting, etc. « Quelle que soit la taille de l’entreprise, elles ont toutes la volonté d’externaliser toutes les tâches et fonctions qui ne font pas partie de leur cœur de métier, confirme Christophe Maureau, directeur commercial adjoint au commerce chez ALD Automotive France. Aujourd’hui, les gestionnaires de parc dédiés à cette fonction sont de moins en moins nombreux dans les entreprises. » Certains loueurs proposent même directement aux salariés de surfer sur la vague de la LLD. C’est le cas d’Arval : « Les grandes entreprises vont ainsi proposer une LLD à titre personnel aux collaborateurs qui ne disposent pas d’un véhicule de fonction. Une façon très appréciée de leur offrir le bénéfice de notre puissance d’achat et de négociation. Le collaborateur loue sa voiture à des tarifs intéressants, c’est positif pour l’image de l’employeur et pour la sécurité des collaborateurs puisque les véhicules bénéficient d’un entretien inclus et régulier », explique Karen Brunot, directrice marketing d’Arval. Devant les besoins de flexibilité des entreprises, les loueurs n’hésitent pas non plus à s’adapter et à proposer, comme Arval, une solution de location moyenne durée : les entreprises assurent la mobilité de leurs collaborateurs dans un mode agile.

Toujours en attente de plus de services

Le premier service attendu par les entreprises est aujourd’hui le conseil. « C’est la première demande de nos clients, surtout dans une période de confusion comme celle que nous vivons, observe Karen Brunot. L’évolution de la réglementation, la fiscalité parfois contradictoire, les campagnes contre le diesel, la décentralisation des services comme les amendes vers les communes, tous ces aspects sont difficiles à intégrer pour les entreprises. Quel véhicule choisir ? Comment établir une car policy dans la durée ? Au sein d’Arval, notre équipe Consulting aide les entreprises à choisir leurs véhicules et leurs services en fonction de l’utilisation de leurs collaborateurs. Nous établissons des car policies très personnalisées. » 

Innovations. « Avec les véhicules connectés, l’électronique, la géolocalisation, les entreprises savent désormais où sont leurs véhicules en temps réel, souligne Pierre Mercier. C’est une évolution considérable qui se prépare, de nombreux services et start-up se développent autour de ces innovations. » Constructeurs comme loueurs se sont lancés dans une course effrénée à la technologie, conforme à la volonté des entreprises de se recentrer sur leur cœur de métier et de déléguer la gestion de leur parc et de son utilisation au loueur, fort de ses solutions numériques adaptées. « MyALDManager est un véritable gestionnaire de parc numérisé, cite Guillaume Maureau en exemple. L’application offre aux entreprises une vision complète de la gestion de leur parc, avec un accès à toutes les données nécessaires à leur prise de décision. Nous avons également numérisé la gestion du conducteur avec MyALDDriver. L’utilisateur du véhicule y retrouve ses données, son code de carte carburant, il prendra un rendez-vous pour la maintenance,  avec mise à jour du kilométrage jusqu’à la rédaction d’un e-constat en cas de sinistre. » À bord de son véhicule connecté, le titulaire accède à son propre tableau de bord de conduite, ses scores d’écoconduite et de sécurité pour une auto-évaluation. Une autonomie dont les collaborateurs se montrent généralement friands.

Les chefs d’entreprise misent sur la mobilité

Pour des sites de plus de 100 collaborateurs, c’est « plan de mobilité » que doit mettre en place l’entreprise. Un PDM, ex-plan de déplacements d’entreprise (PDE), regroupe un ensemble de mesures d’optimisation pour augmenter l’efficacité des déplacements des salariés, notamment diminuer les émissions polluantes et réduire le trafic routier. Faute de sanction à opposer aux entreprises qui ne remplissent pas cette obligation, elles sont peu nombreuses à l’avoir mis en place. François Piot, président de l’OVE, estime que « c’est tout de même une opportunité formidable pour réfléchir à ces sujets. Dans une étude que nous avons commandée à ViaVoice, nous avons constaté que 67 % des collaborateurs considèrent que c’est à l’entreprise de s’occuper de leur mobilité. Un chiffre qui n’est pas forcément étonnant. En revanche, on sera surpris de s’apercevoir que 62 % des chefs d’entreprise interrogés considèrent que la mobilité de leurs collaborateurs fait partie de leurs responsabilités. C’est pour eux une véritable préoccupation. » Tout le monde se rejoint !

Parmi les nouveaux services d’amélioration de la mobilité, l’autopartage, privilégié par 29 % des entreprises interrogées par l’OVE. Constructeurs, style Peugeot avec Free2Move, comme loueurs proposent désormais de telles solutions : vérifier la disponibilité des véhicules, les réserver, récupérer les clés en toute autonomie. Karen Brunot (AutoPartage par Arval), confirme que les entreprises se préoccupent de plus en plus de la mobilité des collaborateurs qui ne disposent pas de véhicule professionnel ‒ 85 % des employés : « Il s’agit d’attirer des talents ou assurer le bien-être de leurs collaborateurs. S’en préoccuper leur est à 100 % bénéfique : une optimisation des déplacements limite la fatigue et l’absentéisme tout en favorisant l’efficacité professionnelle. Notre solution assure une gestion fine des déplacements et va réduire la taille du parc. » 27 % des entreprises, selon l’OVE, privilégient, elles, le covoiturage, grâce à des applications comme Klaxit. L’efficacité de tels dispositifs s’appuie notamment sur la présence de plusieurs entreprises dans une même zone pour augmenter l’offre de trajets.

Déplacements professionnels sur batteries…

La transition écologique est en marche, la part de marché des véhicules « verts », faible, progresse à vue d’œil, mais elle reste encore marginale sur le marché. « Si l’évolution paraît lente vis-à-vis des particuliers, je pense que la réponse viendra des villes qui vont, de plus en plus, réduire l’accès à leur centre-ville aux véhicules thermiques », imagine Pierre Mercier. Les responsables de flottes devront toutefois réaliser une vraie analyse des trajets de leurs collaborateurs. Si François Piot, OVE, confirme que « les petits trajets avec un temps de pause pour une recharge sont idéaux pour utiliser un véhicule électrique, les trajets quotidiens domicile/travail s’y prêtent ainsi très bien. Les hybrides seront plutôt utiles à ceux qui doivent assurer des trajets un peu plus longs, tout en conservant le temps de pause nécessaire à la charge, tandis que les commerciaux qui sillonnent les routes plus longuement rouleront avec des diesels dernière génération. À terme, le bon sens amènera les entreprises vers une répartition plus équilibrée des carburants ». L’électrique ne convainc pas à cause de ses limitations, mais de nombreux loueurs ont développé des offres plus flexibles, histoire que les entreprises l’essaient « en douceur ». C’est le cas chez Arval et ALD Automotive, notamment. « Le frein principal reste le coût, observe Christophe Maureau, d’ALD Automotive. Le coût d’exploitation d’un véhicule électrique reste encore bien supérieur à celui d’un véhicule thermique. Et pourtant, le développement des véhicules électriques est inéluctable, pour pouvoir accéder aux centres-villes bientôt, mais aussi à certains chantiers du BTP par exemple, pour lesquels les marchés publics imposent des restrictions importantes. C’est pourquoi nous essayons de favoriser leur option, notamment en inventant une formule par laquelle un collaborateur doté de son véhicule électrique aura accès à un véhicule thermique 60 jours par an partout en Europe. Des options conçues pour entrer en douceur dans le monde de l’électrique. » Qui ne demandent qu’à s’appliquer aux particuliers…

Des cartes carburant conçues pour gagner du temps

La carte carburant est un incontournable de la flotte automobile. Elle est le gage d’un suivi précis de la consommation de carburant dans l’entreprise et en simplifie la gestion. Les paramétrages qu’elles enregistrent vont limiter le type de carburant, l’utilisation au cours du week-end, mais aussi intégrer de nouveaux services liés à la mobilité. Payer son carburant sans passer par la caisse était déjà possible grâce à la reconnaissance de la plaque d’immatriculation. Désormais, la « carte » carburant n’aura plus de réalité plastique puisque les services entrent directement dans l’ordiphone de l’utilisateur. Le groupe Total a annoncé en mars le déploiement en Europe d’un e-wallet, une application mobile de paiement. Avec le spécialiste des paiements Wordline, le groupe pétrolier a imaginé une solution de paiement incluse dans l’application Total Services. La solution acquitte au passage les achats en boutique et en station de lavage. Après une phase pilote réalisée à Berlin fin 2017, la solution est déployée depuis le printemps sur le réseau Total en Europe, en commençant par l’Allemagne et la Belgique.

« Quelle que soit la taille de l’entreprise, elles ont toutes la volonté d’externaliser toutes les tâches et fonctions qui ne font pas partie de leur cœur de métier. Aujourd’hui, les gestionnaires de parc dédiés à cette fonction sont de moins en moins nombreux dans les entreprises. »

Les chiffres clés de l’Observatoire

• Selon l’Observatoire du véhicule d’entreprise (OVE), créé en 2002 par BNP Paribas et Arval, le marché fut en croissance de 6,2 % sur les huit premiers mois de l’année 2018. Ce sont principalement les véhicules particuliers (+ 8,5 %), qui l’ont portée (véhicules utilitaires + 3 %). La croissance des VP,  François Piot, président de l’OVE, l’explique en partie par la fiscalité – nouvelles normes d’homologation WLTP de la commission européenne. « De nombreuses immatriculations ont donc sans doute été anticipées avant l’entrée en vigueur de la norme en septembre 2018, tandis que les véhicules utilitaires ne seront concernés que dans un an. »

• Motorisation : la part du diesel est passée en dessous des 80 % pour le total VP + VU, et en dessous des 70 % pour les VP seuls sur les huit premiers mois de 2018. La part de marché des véhicules essence se monte  à 15,2 % sur la même période. Les véhicules dits « verts », s’ils sont en croissance, restent marginaux  (1,7 % de la part de marché des véhicules électriques et 3 % pour les véhicules hybrides). Le baromètre des flottes 2018 de l’OVE révèle qu’en France les entreprises de toute taille envisagent d’intégrer dans leurs flottes des énergies alternatives dans les trois prochaines années (41 %), notamment des hybrides (30 %) et des véhicules électriques (26 %). Les très grandes entreprises optent nettement plus pour des solutions alternatives (75 %) que les entreprises moyennes (31 %).

• Modes de financement : la location de longue durée (LLD) prévaut auprès des grandes (60 %) et des très grandes entreprises (71 %). Elle devient significative au sein des petites entreprises (de 5 % en 2015 à 11 % en 2018) : 24 % des petites entreprises et 20 % des TPE indiquent leur intention de recourir à la LDD pour financer leur parc dans les trois prochaines années. SesamLLD, le syndicat des loueurs, a enregistré l’immatriculation de143 655 véhicules d’entreprise au premier trimestre 2018 (+ 6,83 % par rapport à l’année précédente).

• La durée de détention reste le plus souvent corrélée à la LLD : plus la part en est importante, plus la durée de détention est courte. En France, la durée de détention moyenne oscille de 3,7 et 3,6 années au sein des grandes et très grandes entreprises, elle chute chez les petites et moyennes entreprises françaises, respectivement 6,2 et 6 ans.

• Le baromètre des flottes 2018 de l’OVE pointe la confiance des entreprises : une majorité d’entre elles envisagent une croissance de leurs flottes (21 % contre 7 %). C’est vrai aussi par rapport au reste de l’Europe (19 % optimistes sur l’évolution de leur parc, contre 6 % qui estiment que leur parc va décroître). 

Émilie Massard

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