Dans le bouquet des mauvaises nouvelles que nous a offert la pandémie de covid, la triste escalade des taux de chômage dans le monde est peut-être celle qui les réunit toutes à la fois. Si personne n’y réchappe, tous les États ne sont cependant pas égaux face au chômage.

États-unis

Année 2019 : 3,5 %
Février 2020 : 3,5 %
Février 2021 : 6,2 %
Évolution : + 77,14 %
Pic de chômage : avril 2020, 14,7 %

Situation : avec environ 700 000 nouveaux chômeurs chaque semaine ajoutés aux quelque 20 millions déjà comptabilisés, l’Amérique du 46e président Joe Biden voit rouge. C’est ainsi qu’un plan historiquement faramineux de soutien à l’économie de 1 900 milliards de dollars a été adopté par la chambre des représentants le 12 mars. L’objectif est clair, créer 7 millions de nouveaux emplois pour les Américain·es. Selon Joe Biden, son plan devrait aider à augmenter de 20 % les revenus d’un cinquième des ménages les plus pauvres. Il fait suite à un autre plan de relance de 900 milliards signé du temps du non regretté Donald Trump. La planche à billets fonctionne à tout-va chez l’Oncle Sam.

Savoir aussi : selon une étude menée par l’American Journal of Public Health, environ 30 000 contribuables américains seraient décédés suite à la perte de leur emploi. Les trois principales causes : le manque d’accès aux soins, le suicide et la toxicomanie.

Brésil

Année 2019 : 11 %
Février 2020 : 11,6 %
Décembre 2020 : 13,9 %
Évolution : + 19,8 %
Pic de chômage : septembre 2020, 14,6 %

Situation : 13,5 % sur l’année 2020, c’est le plus haut taux de chômage qu’ait connu le Brésil depuis 2012. 13,4 millions de personnes cherchaient donc un emploi à la fin du dernier trimestre 2020 dans la première puissance d’Amérique du Sud, qui est aussi l’un des pays où les inégalités sont les plus grandes entre les riches et les pauvres. Afin de maintenir toutefois le plus d’emplois, le pays a, entre autres mesures, mis en place un assouplissement des lois de travail, de multiples aides en direction des travailleurs informels et un soutien particulier à certains secteurs économiques importants comme le transport aérien, récemment en proie à de grosses manœuvres financières.

Savoir aussi : malgré des taux de chômage déjà inquiétants, le gouvernement estime qu’ils sont en réalité bien plus nombreux à être sans emploi, à travailler au noir ou à être sous-utilisés. D’après une enquête officielle, 32 millions de Brésilien·nes seraient donc non comptabilisé·es, ce qui porterait à 39,3 millions le nombre de personnes sans emploi au Brésil (41,6 % de la population).

Afrique du Sud

Année 2019 : 29,1 %
Février 2020 : 30,1 %
Décembre 2020 : 32,5 %
Évolution : + 7,97 %
Pic de chômage : depuis octobre 2020, 32,5 %

Situation : avec un tiers de sa population au chômage, le premier pays africain par son économie est aussi celui qui a été le plus durement touché par la crise de covid en Afrique. Pourtant déjà très élevé en janvier 2020 (30,1 %), le taux de chômage sud-africain atteint aujourd’hui des records. Le pays affiche de bons résultats en trompe-l’œil pour le deuxième trimestre 2020 (23,3 %), mais parce que le confinement strict aura empêché la recherche normale de travail, de quoi fausser la comptabilité des demandeurs·ses d’emploi.

Savoir aussi : le manque d’emploi est tel que de nombreuses manifestations ont eu lieu depuis quelques mois sur le territoire pour protester contre la hausse du chômage, suite à l’appel des syndicats. Certaines de ces manifestations ont pris une tournure violente, plusieurs personnes sont décédées, et les forces de l’ordre ont même tiré à balles réelles pour « effrayer les manifestants ».

France

Année 2019 : 8,2 %
Février 2020 : 7,7 %
Décembre 2020 : 8 %
Évolution : + 3,9 %
Pic de chômage : septembre 2020, 9,1 %

Situation : si la France affiche de plutôt bons chiffres – relativement – de taux de chômage dans le pays depuis le début de la crise, jusqu’à avoir enregistré une baisse entre le troisième et le quatrième trimestre, la situation n’est pourtant pas rose. C’est toujours la même rengaine, qui doit-on comptabiliser ? Sous quelles conditions ? etc. Au sens du Bureau international du travail (BIT), il faut avoir fait une démarche de recherche d’emploi au cours des quatre dernières semaines et être disponible dans les deux semaines pour être considéré·e comme chômeur·se. L’Insee explique que « ces deux comportements, disponibilité et recherche, ont été plus ou moins affectés par les limitations de circulation des personnes et par la perception que ces dernières avaient des possibilités offertes sur le marché du travail en cette période de crise sanitaire ».

Savoir aussi : en France, si les chiffres énoncés semblent correspondre de moins en moins à la réalité, de nombreux observateurs craignent en plus un autre élément sous forme de bombe à retardement : la fin des mesures de chômage partiel.

UNION EUROPÉENNE (-25 ans)

Année 2019 : 15,5 %
Février 2020 : 15,3 %
Décembre 2020 : 17,2 %
Évolution : + 12,42 %
Pic de chômage : août 2020, 18,9 %

Situation : après un pic historique à plus de 24 % en 2013 dans la foulée de la crise économique de 2008, le chômage des moins de 25 ans dans l’Union européenne avait réussi à revenir à un taux « acceptable » autour des 14 %. Mais c’était sans compter sur la covid qui a fait grimper ce chiffre à nouveau jusqu’à 17,2 %. Que ce soit l’Organisation internationale du travail (OIT) à l’échelle européenne ou l’Observatoire des inégalités pour la France, tous sont d’accord : les jeunes sont touché·es de manière disproportionnée par la crise.

Savoir aussi : l’UE a mis en place en 2013 la « Garantie pour la jeunesse », un dispositif de lutte contre le chômage des jeunes en Europe. Il propose des offres d’emploi et des formations dans un délai de quatre mois suivant la perte d’un emploi ou la fin des études. Pour faire face aux nouvelles difficultés liées à la covid, la Commission européenne a présenté en juillet 2020 une proposition de renfort de cette Garantie. Entre autres choses, elle voudrait étendre la limite d’âge à 29 ans, améliorer l’accès aux aides pour les groupes défavorisés, mais aussi rehausser le budget de 8,8 à 22 milliards.

Japon

Année 2019 : 2,2 %
Février 2020 : 2,4 %
Décembre 2020 : 3 %
Évolution : + 25 %
Pic de chômage : octobre 2020, 3,1 %

Situation : si le taux de chômage au Japon est redescendu à 2,9 % en janvier 2021, c’est paradoxalement grâce à la reprise dans le secteur des soins de santé, notamment grâce à la hausse de fréquentation des hôpitaux et établissements de soins encouragée par la baisse des inquiétudes face à la covid. Or le secteur est l’un des premiers employeurs du pays, avec le commerce de détail. La relance des exportations automobiles vers les États-Unis et de machines vers la Chine aura également contribué à limiter la casse.

Savoir aussi : le déclin démographique du Japon couplé à sa forte réticence à faire appel à l’immigration met ironiquement le pays dans une situation de manque criant de main-d’œuvre dans certains secteurs. Pour le mois de janvier, on compte même 1,10 offre d’emploi pour un demandeur. Cependant, et comme ailleurs, la jeunesse est particulièrement touchée par le chômage. 5,8 % des moins de 25 ans n’ont ainsi pas d’emploi, soit 93,3 % de plus que la moyenne nationale.

Jean-Baptiste Chiara

Au Sommaire du dossier 

1. S’y retrouver dans le labyrinthe du chômage

2. Recrutements et emploi, des secteurs qui en veulent 

3. Loi Avenir professionnel : des (trans)formations pas toujours abouties 

4. Régions & territoires : leurs emplois

5. La vague du chômage déferle sur la planète

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