IAE : ils sont devenus une alternative d’excellence aux écoles de commerce

Moins prestigieux que les écoles de commerce, plus sélectifs que les masters… Les Instituts d’administration des entreprises (IAE) sont la version made in France des business schools américaines. Ils s’imposent aujourd’hui comme une voie d’excellence à part entière.

Concours ultra-sélectifs, enseignants prestigieux, multiplication des partenariats internationaux, réseaux d’anciens tentaculaires, partenariats avec toutes les entreprises du CAC et puissantes stratégies de communication… Les écoles de commerce sont perçues par la plupart des étudiants comme la voie royale pour se former au management. Jusqu’à peu, seul un petit nombre connaissait l’existence même des Instituts d’administration des entreprises. Désormais, la qualité de leur formation rivalise pourtant avec celle dispensée dans les grandes écoles. Pour beaucoup moins cher. Mise en main des atouts de ces écoles à trois voyelles.

Des business schools conçues sur le modèle de Harvard

« Les premiers IAE ont été créés en 1956 sur le modèle de Harvard », rappelle Éric Lamarque, directeur de l’IAE de Paris et président du réseau IAE France. « Nous avions besoin d’instituts universitaires formant au management des ingénieurs, des professionnels du droit ou de la santé. Il s’agissait avant tout d’acquérir une double compétence. » À ce titre, rien ne différencie selon lui la formation reçue dans un IAE d’une formation en école de commerce. « Nous travaillons sur les mêmes thématiques, nous obtenons un même niveau et une même qualité de formation up to date. Nous utilisons les mêmes méthodes pédagogiques. Nous proposons les mêmes offres et les mêmes durées de programmes. » Et… tous les domaines de la gestion et du management sont intégrés dans les formations : management général, finances, comptabilité, marketing, communication, vente, ressources humaines, achats, logistique, international, management public…

Difficile de cocher plus de cases !

Un diplôme universitaire plein d’avantages

D’un point de vue juridique, les IAE font partie des universités, à l’image des business schools sur les campus américains. Ils sont soumis à un statut dérogatoire qui leur confère une autonomie de stratégie et de fonctionnement et reposent sur un modèle atypique pour l’université qui associe enseignement, recherche et entreprise. « Nos IAE décernent un diplôme de master, tandis que les écoles délivrent un diplôme “reconnu au grade master” », précise perfidement Éric Lamarque. « Aujourd’hui, tous les IAE forment au nouveau master ou doctorant. Seule une dizaine proposent une formation en L1. » Autre avantage non négligeable des formations au sein d’un IAE, le prix. « Les IAE sont des écoles publiques qui proposent de la valeur socialement accessible », explique Christian Defélix, directeur de Grenoble IAE. Un étudiant déboursera environ 3 000 euros par an, contre 10 000 à 20 000 euros pour une année en école de commerce. À l’IAE de Nice, on met en avant que le même format d’enseignement que les écoles est dispensé « au tarif universitaire ». Aïe, ça fait mal !

Hausse de la demande, mais moindre de la part de l’étranger

Une formation de qualité, des droits d’inscription peu élevés, les business schools made in France sont de plus en plus prisées des étudiants. À la rentrée 2020, une période compliquée pour l’ensemble de l’enseignement supérieur, le réseau IAE France a constaté une hausse de 20 % des candidatures. Un succès auquel contribuent divers facteurs. En tête de liste, un meilleur référencement sur Parcoursup. Jusque-là, les diplômes des IAE étaient présentés comme des masters parmi d’autres. Ils sont désormais identifiables en tant que formation spécifique IAE, au même titre que les ESC ou les IUT. Les seuls points noirs au tableau sont à mettre sur le dos de la crise covid. Cette année, IAE France constate une baisse de 50 % du nombre d’étudiants étrangers par rapport aux années précédentes.

Des hard skills plutôt que des soft skills

Sur le plan des programmes, une différence majeure distingue les IAE des écoles de commerce, dixit le président d’IAE France. Il s’agit de la manière dont sont enseignés les fondamentaux du management. « Nous sommes très performants dans la formation aux fondamentaux du management. Contrairement aux écoles de commerce, nous préférons former aux hard skills plutôt qu’aux soft skills. Nos étudiant·es sont abonné·es au programme LinkedIn learning pour s’auto-former sur la partie soft skills. » On récapitule : les hard skills, compétences techniques requises pour un poste. Les reines du CV jusqu’à une époque récente. Les rejoignent en force les soft kills, ces qualités qui intègrent le caractère, le comportement en collectivité, la flexibilité, l’esprit critique d’une personne. De l’intelligence relationnelle et émotionnelle que mesure depuis peu le quotient émotionnel (QE), voisin du QI. Sans parler des mad skills, ces « compétences folles », de la pratique d’un sport ou d’un hobby, réputées valeur ajoutée dans le cadre du travail. Rien n’empêche de les ajouter à une formation « dure » d’IAE.

L’employabilité avant tout

« 80 % des diplômés d’IAE sont embauchés dans les six mois », argumente, tranchant, Éric Lamarque. Malgré la crise, ce chiffre se maintient. Nuance : « Parmi les embauches, il est vrai que nous avons plus de CDD… » L’objectif des Instituts d’administration des entreprises est d’associer l’excellence académique et la professionnalisation. Deux dimensions qui, historiquement, peinent à se concilier au sein des universités françaises. Pourtant, outre la qualité de l’enseignement, les IAE ont su tisser les liens avec les entreprises. Grenoble IAE mise par exemple sur son ancrage local. « Nous avons un tropisme sur l’entrepreneuriat et l’innovation. Nous proposons un programme transversal “entreprise et innovation”. » Pour Céline Albin, chargée de la promotion des formations à l’IAE de Nice, « l’alternance en parallèle répond à une forte implication dans le tissu économique régional. La relation entreprises et la professionnalisation de nos étudiants demeurent au centre de nos préoccupations ».

Une grande variété de programmes et de cursus

« Nous ne portons pas un programme unique tel le programme Grande école, mais nous proposons des bouquets de programmes spécialisés qui facilitent l’insertion sur le marché de l’emploi », explique Christian Defélix, intarissable sur les avantages de son institut comparé aux écoles de commerce. « Notre IAE est viscéralement ouvert à une très grande diversité de cursus. Les étudiants viennent de tous les horizons, contrairement aux écoles de commerce qui recrutent après CPGE – classes préparatoires aux grandes écoles ». Le diplôme historique de la formation, le master professionnel des entreprises (MAE), n’est plus aujourd’hui qu’une formation parmi d’autres au sein des IAE. L’offre s’est étoffée au fil des années. On recense plus de 800 diplômes de master 2 dans un grand nombre de spécialités : marketing, finance, gestion des entreprises, comptabilité, contrôle de gestion, management public, stratégie, audit, achats, affaires internationales… Certaines formations sont proposées en formation initiale avec stage intégré, d’autres en alternance ou en apprentissage.

Des formations certifiées

Apparaître dans le top 100 des classements type Financial Times n’est pas une priorité pour les IAE. Pour prouver la qualité des formations et s’aligner sur les standards internationaux, les instituts visent les certifications. En 2004, IAE France a développé un outil d’évaluation des formations universitaires de gestion intitulé Activités universitaires de formation et de recherche dans le domaine des sciences de gestion et du management. Il décerne le label Qualicert, agrée par le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie. Les 35 instituts membres du réseau IAE France sont certifiés Qualicert ou bénéficient d’une accréditation internationale d’établissement. Certains IAE bénéficient d’autres certifications ou accréditations nationales ou internationales. En mars 2020 par exemple, la L3 Management de Grenoble IAE a obtenu l’accréditation internationale EFMD. L’IAE Nice propose, lui, la possibilité de passer un doctorat et met en avant son laboratoire de recherche en sciences de gestion.

Une dimension plus internationale

Reste que le développement international reste l’un des grands points forts des écoles de commerce face aux IAE. Va-t-on le leur disputer si, face aux centaines d’accords dont se prévalent les grandes écoles, les IAE font pâle figure avec quelques dizaines d’accords ? C’est un chantier : le réseau IAE France s’organise pour donner une couleur plus internationale à la formation. « Nous privilégions les accords internationaux de qualité », explique le président d’IAE France. « Aujourd’hui, 800 étudiants d’IAE étudient à l’étranger. » Un accord autorise 40 étudiants à étudier chaque année dans la prestigieuse université canadienne Mc Gill. À Toulouse School of Management, l’accent est également mis sur le développement international. En mars 2020, le directeur de l’IAE Hervé Penan annonçait la création d’ici à 2023 d’un double diplôme dans chaque département. « C’est déjà le cas en finance, en marketing et en stratégie. Il en sera bientôt de même pour les départements de comptabilité-contrôle. Nous signerons des accords de double diplôme exclusivement avec des partenaires internationaux accrédités. » À Brest, on met l’accent sur l’Europe. L’IAE de Bretagne Occidentale développe son projet universitaire autour du projet universitaire Européen SEA-EU qui rassemble les universités de six villes européennes tournées vers la mer : Cadix en Espagne, Gdansk en Pologne, Kiel en Allemagne, Malte, Split en Croatie et Brest. À Nice aussi, l’un des axes de développement passe par l’international. Pas de doute, le virage international des IAE est largement amorcé… Caramba, une limitation encore dépassée !

Marie Bernard

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