Les IAE face à la crise sanitaire

Depuis mars 2020, l’économie française ronronne. À l’heure où 55 % des PME redoutent la faillite et que de plus en plus de structures prolongent leur chômage partiel, la crise sanitaire se double d’une véritable crise économique. Premiers à pâtir de la situation : les jeunes diplômés. Une récente étude de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres) a mis en avant une baisse de près de 70 % du nombre d’offres d’emplois pour ces derniers. Sur l’année, l’association s’attend à une baisse globale de l’embauche des cadres de l’ordre de 30 à 40 %.

Face à cette situation, la clé de voûte de l’insertion professionnelle des jeunes reste, sans nul doute, leur diplôme, véritable passeport pour l’emploi. Si les grandes écoles de commerce (privées) semblent tirer leur épingle du jeu, grâce aux moyens à leur disposition pour assurer des cours à distance, et un réseau étendu qui leur permet un placement facilité des jeunes diplômés, les IAE – Institut d’administration des entreprises – ne sont pas en reste en termes de capacités d’adaptation à la crise sanitaire.

Ces « écoles publiques de management », comme les définit Christian Defelix, directeur de Grenoble IAE, forment chaque année 52 000 étudiant·es à des disciplines aussi diverses que le management, la comptabilité, l’audit, le tourisme ou encore les systèmes d’information. « Les IAE forment aux mêmes métiers et aux mêmes débouchés que les écoles de commerce privées, poursuit celui qui s’occupe également du développement de projets territoriaux pour IAE France. La seule vraie différence, c’est que nos formations ont un coût bien inférieur à ces écoles. »

Avec des moyens plus limités, on aurait pu craindre que l’onde de choc du confinement puis d’une rentrée à effectifs limités aurait pu complexifier la tâche de ces établissements. C’est tout le contraire. « Les IAE étaient prêts à affronter le confinement, détaille Éric Lamarque, président d’IAE France et directeur de l’IAE Paris-Sorbonne. Avant même l’annonce de la fermeture des universités en mars, nos établissements avaient œuvré pour mettre en place des systèmes de continuité pédagogique. À Paris, par exemple, dès le 16 mars, tous nos enseignements ont pu être effectués en ligne. »

Adaptation obligatoire

Pour cette rentrée 2020, les IAE ont également dû s’adapter. Du côté de Paris-Sorbonne, il a fallu mettre la main à la poche et débourser près de 70 000 euros pour l’informatisation des salles de classes. « Nous avons acheté des écrans tactiles, des caméras et des micros pour que nos enseignant·es puissent dispenser leurs cours en ligne. » Un modèle hybride, mi-présentiel, mi-distanciel, permettant aux cas positifs et cas contacts de suivre une scolarité quasiment normale sans pour autant mettre en danger la santé de leurs camarades, et qui s’est avéré très utile début octobre au moment de l’annonce de la limitation des effectifs dans les salles de classe. À l’IAE de Lyon, des cours hybrides sont ainsi proposés depuis le 7 septembre. Même capacité d’adaptation du côté de l’IAE Limoges qui, en plus de son traditionnel welcome pack de rentrée, a fourni des masques personnalisés à ses étudiant·es et des flacons de gel hydroalcoolique. La continuité était également de mise pour l’IAE de Metz, qui a organisé le 12 octobre, en présentiel et en distanciel, l’évènement Entreprendre, c’est facile !, à destination des étudiant·es intéressé·es par l’entrepreneuriat, dans le cadre de la Semaine étudiante de l’esprit d’entrepreneur en Lorraine. 

Reste que tout l’intérêt des IAE réside dans la vie étudiante riche avec souvent des dizaines d’associations présentes sur les campus pour l’égayer, et apporter des compétences professionnelles – les fameuses soft skills – à ses étudiant·es. Là aussi, les établissements ont fait preuve d’innovation. « Évidemment, on ne pouvait pas permettre que se déroulent les habituelles soirées d’intégration qui auraient mis en danger la sécurité de nos étudiant·es, précise Éric Lamarque. Mais paradoxalement la mise en place des cours en ligne a permis de créer un esprit de groupe via notamment la nomination de délégué·es numériques chargé·es d’accompagner les enseignant·es dans toutes les manipulations des cours en ligne. » 

Les étudiant·es face aux incertitudes

Il ne reste pas moins que cette rentrée a un goût amer pour certain·es étudiant·es. « Nous n’avons pas pu faire de soirées depuis la rentrée, ni prendre des verres ensemble, confie Noé, étudiant à l’IAE Paris-Sorbonne, mais les conversations Messenger nous ont quand même permis de nouer des liens virtuels. » Le jeune homme se félicite de la capacité d’adaptation de son école. « Le système mis en place repose sur du présentiel et du distanciel, nous étions déjà un petit effectif mais la classe a été séparée en deux, il y a quelque chose de très sécurisant. »

Une autre grande inconnue demeurait pour cette première rentrée sous le signe de la covid : la capacité des étudiant·es en alternance à trouver une entreprise pour les accueillir. Là aussi, les premières remontées du terrain se révèlent encourageantes. « À Paris, nous n’avons pas vu de baisse des contrats d’apprentissage. Les entreprises ont bien identifié nos formations et les atouts de nos étudiant·es », se réjouit Éric Lamarque. Pour Noé, qui étudie le brand management et la communication, trouver un apprentissage n’a pas été compliqué, « dans mon domaine, il y avait pas mal d’offres et j’ai obtenu des réponses assez rapidement. » Il faut dire que le gouvernement a mis la main à la poche pour faciliter l’embauche d’apprenti·es avec une aide oscillant entre 5 000 et 8 000 euros pour les entreprises qui recrutent des alternant·es. « J’ai déjà embauché trois alternant·e s cette année, nous raconte un chef d’entreprise de communication, ça ne me coûte quasiment rien et ils participent activement à nos projets. » Un bon plan covid, en somme.

Plus de peur que de mal

Et côté insertion professionnelle, comment s’en sortent les diplômé·es d’IAE ? Si les chiffres de l’Apec ont de quoi inquiéter, les remontées du terrain au sein d’IAE France, le réseau des IAE français (entre autres, IAE Nice, IAE Poitiers, IAE Lille, IAE Bordeaux…), sont pour le moins rassurantes. « Nous nous attendions à ce que les jeunes diplômé·es aient des difficultés à intégrer le monde professionnel, mais finalement la situation est bien gérée, détaille Éric Lamarque. L’accès au premier emploi est parfois un peu plus long, les contrats proposés aux jeunes diplômé·es souvent des contrats courts en CDD, mais ils ont dans la grande majorité pu trouver une première opportunité professionnelle. » Illustration avec Jeanne, jeune diplômée de l’IAE Gustave Eiffel. « Je n’ai eu aucune difficulté à trouver un job cet été après mon diplôme ; l’établissement de santé dans lequel j’effectuais mon alternance m’a directement proposé de poursuivre avec eux, explique-t-elle. D’abord sous la forme d’un CDD mais dans les mois à venir ça devrait se concrétiser sous la forme d’un CDI. » Même son de cloche pour les diplômé·es de sa promo de management des établissements de santé : « Autour de moi les diplômé·es trouvent facilement un premier emploi, il faut dire que le secteur de la santé a besoin de forces vives en ce moment. » Constat similaire à l’IAE de Poitiers pour Agathe, jeune diplômée en comptabilité et audit : « J’ai eu beaucoup de chance car je savais déjà que j’allais être recrutée par la boîte dans laquelle j’ai fait mon stage. Ils m’avaient demandé juste avant le confinement si après mon stage je voulais continuer chez eux. J’ai un peu hésité au début mais avec le confinement et l’incertitude que ça a généré au niveau de l’emploi, j’ai accepté et j’en suis très contente car ce n’est pas une période évidente. »

Guillaume Ouattara

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