Rentrée des business schools : en ordre de bataille dispersé ?

Finis les « week-ends d’inté[gration] » et les campus blindés de début de rentrée scolaire. Toujours mêlée à un sentiment d’excitation, la rentrée, du moins celle de 2020, ne risque pas de ressembler à celles des années passées. La faute à la pandémie. Adieu donc, amphis remplis d’étudiant.es souvent, par manque de place, assis à même le sol des salles de cours. Ciao les examens obligatoirement en présentiel. Au revoir, les départs en stage aux quatre coins de la planète. Et fini l’accueil de cohortes et de professeurs internationaux… Jusqu’à quand ?

L’exploit de transformation numérique qui a touché les acteurs de l’enseignement supérieur amène de nouvelles perspectives d’éducation et de séduction de nouveaux publics. En soi, la classe virtuelle possède de fait une jauge infinie, si tant est qu’elle soit hébergée dans le bon « nuage ». La pandémie a joué un rôle d’accélérateur dans la partie executive education. Pour la première fois, les inscriptions pour les MBA en ligne ont dépassé les inscriptions qui incluent des formules en présentiel. L’ordre de marche des écoles en France a été bousculé par le contexte. Mais jusqu’à quel point ?

Glissement numérique pas si simple pour les acteurs de l’enseignement supérieur ?

Si le PCA (Plan de continuité d’activité) fut la priorité stratégique des entreprises, la continuité pédagogique fut celle des écoles de commerce et d’ingénieurs. Comme bon nombre d’organisations, le confinement et la pandémie ont accéléré la transition numérique des acteurs de l’enseignement supérieur. Le caractère exceptionnel de la crise a obligé les écoles à renforcer le développement des cours en ligne. Ce qui a finalement et réellement changé depuis mars, c’est le passage au 100 % numérique des enseignements qui s’est accompagné d’un nouveau rapport face à l’acte d’enseigner. Mais telle une marche forcée, ce n’est pas voué à s’éterniser.

Un challenge d’envergure pour les écoles qui ont dû repenser leurs formats numérisés. D’autant que la plupart des MOOC (Massive Open Online Courses) existants ou les supports en ligne s’inscrivent encore aujourd’hui dans des pédagogies qui alternent cours à distance et cours en classe. Les fameuses pédagogies inspirées du blended learning et de la classe inversée avec, pour caricaturer, une partie théorique à distance et une partie cas pratiques et questionnement en présentiel ne pouvaient pas s’appliquer dans un cadre de confinement total.

Pour les acteurs de l’enseignement supérieur, il a donc fallu réfléchir l’acte de pédagogie et changer de braquet pour adapter rapidement des supports numériques d’apprentissage, gagner en finesse dans les contenus, en interactivité et en gamification… Ce faisant, la numérisation à marche forcée des enseignements aura été l’occasion musclée pour de nombreuses écoles de dépoussiérer leurs contenus en ligne en y incluant de la vidéo, du tchat, des visioconférences, des séquences différées, des quiz… Entre autres, l’Université de Haute-Alsace, via son projet Élan, transforme ses contenus par rapport à deux axes de développement : la modularisation des cours pour, dans un second temps, les dispenser de façon asynchrone.

Reste que ces formules numériques posent la question du support ou, en d’autres termes, celle de la relation enseignant.e-étudiant.e dans une classe virtuelle. Les écoles n’ont pas vocation à devenir des pure-players à la manière d’Openclassrooms. Mais la transformation des parcours blended en contenus et en modules 100 % en ligne exige de penser la relation étudiant.es-enseignant.es à distance. Contenir et répondre aux questions de ses « ouailles » pendant quelques heures de cours fait partie des règles du jeu en présentiel. Mais qu’en est-il des cours asynchrones ou des modules à distance ? Le.la formateur.trice, l’enseignant.e ou l’expert.e doivent-ils.elles rester scotchés.e à leurs mails ? Pour exagérer le trait, devra-t-on penser un jour à créer une hotline pour les cours à distance ? Voire un chatbot qui viendrait aider les étudiant.es pour soulager les professeur.es sur les questions à « faible valeur ajoutée » ? Et comment séparer le bon grain de l’ivraie lorsqu’il s’agit de répondre à ces élèves dans un délai raisonnable ?

Ailleurs, des modes de fonctionnement alternatifs ont donc été privilégiés durant la période de confinement. Restriction des mobilités aidant, il faut s’attendre, à échelle mondiale, à ce que les acteurs de l’enseignement supérieur proposent des formats 100 % en ligne pour séduire, de loin, leurs étudiant.es à l’étranger. Pourquoi ne pas décliner l’ensemble de ces formations à distance comme le propose déjà depuis une dizaine d’années l’université de Phoenix au Texas, laquelle propose un MBA dont les contenus et les examens sont accessibles depuis un simple ordinateur avec des cohortes annuelles qui dépassent la centaine de milliers d’inscrits ! L’université texane a d’ailleurs élargi ses formats certifiants avec une offre en ligne de business online degrees.

Ces nouvelles offres rentrent bien en concurrence avec les pure-players de l’éducation qui ont d’abord émergé à la suite de la crise de 2008 en réaction à des budgets de formation plus serrés. La crise sanitaire a eu également un effet d’aubaine pour ces acteurs de la formation. OpenClassrooms a bel et bien déployé depuis janvier son premier EMBA, Digital Transformation Lead conçu en partenariat avec Stanford. Alléchant, et surtout une formule agile à même de concilier vie professionnelle et vie privée tout en préparant son avenir…

Stratégies multiples… pour horizon incertain

Une potentielle seconde vague épidémique qui amènerait à un nouveau confinement agit tel un croquemitaine sur les écoles. Les stratégies face à ce risque varient.

Première option, celle de continuer complètement à distance. Dans cette perspective, des écoles de commerce telles que Montpellier Business School ou encore GEM (Grenoble École de Management) vont débuter les cours 100 % à distance. L’ouverture des campus sera progressive pour les groupes de travail, les primo-arrivants ou encore pour ceux.celles qui sont dans l’obligation d’aller chercher des ressources (accès à la BU). À Montpellier, la date du 2 novembre a été actée pour le retour des cours sur le campus…

Deuxième option envisagée par les écoles qui est le choix de la majorité, celle de mixer présentiel et distance. Neoma, l’UTC, Télécom Paris, ESCP Europe, Audencia BS ou encore l’Edhec et HEC s’engagent sur un modèle de rentrée qui tend vers davantage de présentiel, de l’ordre d’un 50/50 à HEC et d’un tiers en présence et deux tiers à distance pour l’Edhec.

Dernière option, celle de Rennes Business School : privilégier le présentiel en décalé tout en gardant une soupape numérique au cas où. Si l’école bretonne a développé une offre à distance avec l’utilisation de Virtual classes ou de la pédagogie Flipped learning, système d’apprentissage inversé et cours asynchrones avec rotation pour les étudiant.es afin de respecter les distanciations physiques, avec un accès aux ressources en ligne disponibles à toute heure et tous les jours sur Moodle, elle a quand même décidé de décaler sa rentrée. Les étudiant.es de 3e année du Programme Grande école, les MSc (étudiant.es internationaux.les) et les étudiant.es du bachelor IBPM auront leur onboarding le 28 septembre et commenceront les cours le 5 octobre. Il faut savoir que les congés de la Toussaint et les deux semaines d’examens du calendrier académique seront supprimés et que les étudiant.es passeront tous leurs examens en contrôle continu pour leur semestre 5.

Reste que depuis la fin du confinement, des pétitions se multiplient sur le sujet d’un dédommagement des frais de scolarité. En ce sens, le modèle d’affaires des écoles est remis en cause par le manque actuel de mobilité à l’international des étudiant.es et du corps enseignant ainsi qu’un avenir encore flou qui n’augure pas un retour à la normale pour les atouts de la vie de campus.

Geoffroy Framery

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