Des MBA de plus en plus « PME compatibles »

Roll’s Royce de la formation en management, le master of business administration a gagné ses lettres de noblesse depuis longtemps dans les groupes du CAC 40 ou du Nasdaq. Mais, MBA-PME, est-ce le mariage de la carpe et du lapin ou le nouveau standard de réussite ?

Quel est le point commun entre Antoine Parisi, CEO chez Europ Assistance group, Thomas Buberl à la tête d’Axa, Thibaut Gemignani, qui pilote Figaro Classifieds ou Simon Retailleau de chez Siemens Smart ? Le master of business administration (MBA), décroché à un moment de leur carrière. Le raccourci clavier est facile : venu d’outre-Atlantique, ce cursus de haut vol constitue depuis une cinquantaine d’années le passeport pour accéder aux postes de direction des grosses boîtes, de celles qui s’affichent au CAC 40. Pas moins de onze patrons de ce club très fermé ont en poche le MBA de la célèbre école de Jouy-en-Josas, HEC. Et jamais de petites et moyennes entreprises (PME) ?

MBA pour une entreprise familiale

Les grands groupes, Perrine Suhr les connaît un peu, après un passage de six mois chez Lexus, l’une des marques de Toyota. Mais avec son MBA, elle a choisi de prendre la direction de l’entreprise familiale en électricité. Onze salariés. « Surdimensionné ? Pas du tout, répond-elle. C’est même tout l’inverse. Dans une très petite entreprise (TPE), le dirigeant doit se multiplier sur tous les fronts. RH, marketing, finances, comptabilité, marketing… il doit passer d’un sujet à l’autre en permanence. » Une exception ?

Pas, voire peu de données nationales existent à ce sujet. Toutefois, quelques signes donnent à voir une évolution du marché. Un changement d’approche de part et d’autre. Ainsi, Leila Murat, directrice de business unit au sein de l’executive education de Neoma, confirme-t-elle une augmentation de cette tendance vers les PME, TPE et autres start-up. Et un pouvoir d’attraction partagé, bi-directionnel. Les PME identifient mieux les MBA pour former leurs collaborateurs. Même constat dressé par Anne Villate, responsable recrutement Executive MBA d’Audencia : « 63 % des diplômés de nos trois dernières promotions exercent leur activité dans des TPE ou PME, reflet du tissu économique de la région Grand-Ouest. » Ce mouvement n’a rien de surprenant pour Alain Kruger, directeur des MBA ESG. « En termes de volumétrie, tous ne peuvent intégrer une grande société, souligne-t-il. Tous les diplômés du MBA Hospitality manager par exemple ne rejoindront pas forcément les établissements du groupe Four Seasons. Avant, ces établissements représentaient le Saint-Graal pour les jeunes. Ce n’est plus tout à fait le cas. Leurs critères de choix ont évolué. Ainsi sont-ils sensibles aux structures dans lesquelles leurs actions impactent réellement la vie de l’entreprise, sa performance. » Chère génération des millenials !

Des PME en quête de MBA, des ETI en peine de MBA

Mais ce désir ne leur est pas spécifique. Loin de là. Ancien directeur de production dans l’agroalimentaire, Hervé Ramos a 41 ans. Son ouverture à l’univers des TPE, c’est le MBA d’Audencia qui la lui a donnée. « Avant, est-ce que j’aurais ciblé une petite boîte, s’interroge Hervé Ramos, je ne suis pas convaincu. Le MBA a ouvert mon champ d’investigation. Finalement, c’est une question d’ego. » Un passage en douceur car sans perte de salaire. « De plus en plus de petites entreprises s’autorisent à recruter ces profils. Elles ont conscience de la nécessité de renforcer les compétences, avec un monde qui va très vite. » Le tout au grand dam des entreprises de taille intermédiaire (ETI), elles qui comptent entre 250 et 4 999 salariés. « L’allocation des ressources humaines est un vrai problème, commente Alexandre Montay, délégué général du Meti, le mouvement des ETI. Le fléchage des talents ne se fait pas en direction de nos entreprises Sans parler de cette aspiration des hauts potentiels réalisée par l’Île-de-France, quand nos entreprises se trouvent à 68 % en dehors. Et pour 75 % dans des villes moyennes, rurales ou semi-rurales. » Un message même pas subliminal à destination des diplômés de MBA.

MSc et MS, une alternative intéressante ?

Le marché de la formation au management évolue. Et les mastères spécialisés et masters of science sont des alternatives potentiellement intéressantes… Même si les entreprises peinent parfois à bien les situer sur l’échiquier de l’enseignement supérieur.

Le roi MBA serait-il fragilisé ? Vacillerait-il ? La question aurait été balayée d’un revers de main il y a quelques années, certains s’interrogent aujourd’hui. Ou nuancent sa toute-puissance. « Quand, aux États-Unis, vous tapez « MBA is », Google propose ensuite « boring », « useless » et « too expensive » (inutile de traduire, n’est-ce pas ?), note Guillaume Finck, pilote de la mise en place à Washington de MBA pour le compte du Collège de Paris. C’est donc le reflet des recherches menées par les internautes et leurs commentaires. Au plan mondial, se développe une réelle méfiance à l’égard des MBA généralistes. Et on voit monter en puissance les MBA spécialistes », conclut-il. Évidemment, le roi MBA n’est pas encore déchu, mais tout cela ouvre des perspectives aux autres formats. Et donc aux masters of science et mastères spécialisés. Faisons connaissance.

Mastères spécialisés

Pur produit made in France, qui s’affiche à bac + 6, d’une durée de 12 mois a minima, ce cursus, agréé par la Conférence des grandes écoles (CGE), aura bientôt 40 ans – le premier date de 1983. 399 MS sont aujourd’hui recensés. Pour faire court, c’est un « mastère postmaster », à l’origine dans la droite ligne de la formation initiale. Mais, au fil des décennies, son « mode de consommation » a évolué. Du point de vue du vivier dans lequel il puise, le MS se situe plus en concurrence frontale avec le MBA. 73 % des inscrits affichent une expérience professionnelle significative. Parmi les derniers habilités par la CGE, citons MS Acteur pour la transition énergétique ou management de la filière musicale pour le compte d’Audencia, MS Innover et entreprendre dans le sport pour le groupe ESC Clermont ou bien encore Audit et pilotage de la performance au sein de Kedge business school.

Master of science, pour capter des étudiants étrangers

Sans « e », le master n’a pas le même objectif, ne vise pas le même public non plus. Comme son nom l’indique, le master of science est d’inspiration anglo-américaine. La London School of Economics (LSE), Harvard (Cambridge), Berkeley (San Francisco) ou encore le Massachusetts Institute of Technology (MIT), en délivrent, pour ne citer que quelques grandes universités hors hexagone. Les MSc font partie de la hiérarchie anglo-américaine des diplômes.

Labellisés et contrôlés en France, eux aussi, par la Conférence des grandes écoles (CGE), les MSc cultivent encore la rareté. Ils ne sont que 142 aujourd’hui. Avec eux, les business schools cherchent à capter des parts de marché à l’international. D’où l’adoption des codes anglo-américains, avec un recrutement post bac + 3/4 (master 1, bachelor étranger, voire français parfois), destiné essentiellement à des candidats étrangers, avec des cours dispensés très souvent totalement en anglais.

L’intérêt d’un MS ou d’un MSc ? Leur capacité à répondre à un besoin ponctuel, avec un cycle de vie qui peut être court. Leurs contenus évoluent en effet plus vite que le programme classique de la grande école ou d’un master délivré en université, qui passent par les fourches caudines du ministère de l’Enseignement supérieur.

Murielle Wolski

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