Métiers en voie de disparition, en voie d’émergence

Les métiers ne sont pas immortels ! Numériques comme sociales, les (r)évolutions qui impactent le monde du travail se multiplient. Les métiers où rien ne change deviennent rares, d’autres disparaissent tout simplement, de nouveaux se créent. Les robots annoncés seront-ils à eux seuls des « métiers », comme le métier à tisser lyonnais a inauguré la révolution industrielle ? Coup d’œil sur les mutations humaines.

Et si, demain, votre métier disparaissait ? Vous faites peut-être partie de ceux qui occupent une fonction dont l’utilité est menacée par des technologies de plus en plus intelligentes, par des robots qui automatisent tout ou bien tout simplement qui ne répondent plus aux besoins de la société actuelle. Si c’est le cas et que vous n’avez pas de plan B, pas de panique. D’abord parce que ça ne se fera pas du jour au lendemain, ensuite parce que la plupart des métiers ne disparaissent pas, ils se transforment. Et lorsque l’on parle de transformation des métiers, la première cause qui vient à l’esprit est la révolution numérique. Le think tank Institut Sapiens s’est notamment penché sur cette problématique en 2018. Ses chercheurs, en s’appuyant sur des chiffres de l’Insee et de la Dares (les stats du ministère du Travail), ont identifié cinq métiers particulièrement menacés, ceux qui sont à la fois directement remis en question par une technologie et qui ont vu leurs effectifs diminuer depuis trente ans. Sur la liste des métiers qui, un jour, n’existeront plus : manutentionnaires, secrétaires de direction, employés de comptabilité, employés de banque et d’assurances, et caissiers et employés de libre-service.

Tâches automatisées, métiers transformés

Tout comme leurs homologues dans la comptabilité, les banques ou les assurances, les « petites mains » des professions juridiques sont en voie d’extinction, leurs tâches, répétitives, seront prises en charge par un logiciel, algorithme d’IA ou pas. Mais du coup, ces métiers se transforment, montent en compétence, se focalisent sur l’analyse et le conseil. L’écueil, c’est que, sans diplôme, difficile d’entrer dans ces secteurs qui offrent de moins en moins de « petits jobs ». Maître Alexandre Lazarègue, – jeune – avocat spécialiste du droit numérique à Paris, voit tout à la fois son métier se transformer dans sa pratique et dans son contenu, face à un nouveau monde à légiférer. « Le métier d’avocat a complètement changé ces dernières années. Certaines spécialités sont en cours de disparition, on n’a quasiment plus besoin d’un avocat pour rédiger un contrat ou les statuts d’une société, les legaltech le font très bien. Désormais, un avocat doit intervenir pour apporter quelque chose en plus, pour régler une problématique contractuelle particulière ou pour conseiller sur des contrats spécifiques. Pour moi, l’avocat généraliste est en voie de disparition, nous devons nous spécialiser sur des problématiques très pointues. » Confronté à un métier bouleversé par les nouvelles technologies, l’avocat a choisi de s’emparer de ces nouvelles thématiques qui ouvrent un nouveau champ de travail (« je conçois le métier d’avocat comme un sport de combat » affiche haut et clair sa page Web de présentation). « Les nouvelles technologies, et notamment Internet, révèlent de nouvelles problématiques qui ne sont pas forcément couvertes par le droit actuel », plaide l’avocat. « Internet crée un droit nouveau, qui nous donne le moyen d’innover. Le législateur n’a pas encore tranché sur tous les sujets, rien ne va de soi, de nombreuses issues existent. L’avocat redevient un “auxiliaire de justice”, en contribuant à apporter une solution face à une problématique donnée. » Au fond, en se transformant, certains métiers reviennent à leurs origines.

Fonctions « agiles »

La voix suave est-elle celle d’une secrétaire de direction ou d’une robote bien élevée – et efficace ? Son intelligence est-elle organique ou artificielle ? Aucun doute : les assistants virtuels remplaceront – remplacent –, au moins sur certaines tâches, Madame votre assistante. La start-up française Julie Desk propose depuis quelques années déjà les services d’une assistante virtuelle pour gérer votre agenda. Trouver un créneau qui convient à tout le monde, envoyer les invitations, gérer les imprévus, autant de tâches à faible valeur ajoutée, chronophages, que Julie vous propose de gérer pour vous. L’objectif ? Récupérer du temps perdu en déléguant l’organisation des agendas. Chez Julie Desk, on argue que les clients gagnent jusqu’à une heure de travail par jour en travaillant avec l’assistante virtuelle. D’autres tâches s’automatisent qui vous restituent du temps : le tri dans la boîte mail, le repérage des informations importantes, la relance des prospects et des clients, les demandes des salariés auprès des ressources humaines, etc. Les nouvelles technologies transforment ou abolissent des métiers, elles créent de réels nouveaux besoins et usages, de nouveaux métiers : si le community manager est quasiment entré dans les mœurs et dans les murs – en charge du développement et de la gestion de la présence d’une marque ou organisation sur les réseaux sociaux –, d’autres fonctions restent cryptiques. Le data scientist est un expert en mégadonnées, il analyse les données massives (le fameux big data). Le coach agile n’a pas vocation à vous assouplir, il accompagne les entreprises dans leur transformation sous tous les aspects en utilisant des outils et techniques issus des méthodes « agiles » (pratiques de pilotage et de réalisation de projets initialement utilisées dans le domaine de l’informatique).

Responsable de l’enchantement des salariés

Les évolutions majeures des métiers sont drivées par les nouvelles technologies. Mais certaines professions disparaissent ou apparaissent sous l’effet d’évolutions sociétales importantes. L’artisanat et le commerce, que les transformations des modes de consommation de nos sociétés ont laissé de côté, sont les premiers concernés. Les cordonniers, horlogers ou ramoneurs sont de moins en moins nombreux, ils pourraient bientôt rejoindre dans le néant professionnel les crieurs de rue ou les droguistes… Ou pas ! Certains métiers résistent encore et toujours, non pas à l’envahisseur mais à l’oubli, en rivalisant de savoir-faire et de technicité, ou tout simplement en se retrouvant dans l’air du temps, à l’instar des barbiers et autres experts de la couture. Le monde de l’entreprise n’est pas en reste. Il se transforme à l’arrivée des nouvelles générations, sous l’accélération de l’information, les nouveaux modes de travail, etc. Les Américains nous ont inspiré des postes au titre évocateur comme le « happiness manager ». Relégué par certains au rang des « bullshit jobs », il semble faire le bonheur, justement, de bien d’autres. Alexis Dutheil, chief happiness officer au sein du groupe Media Veille, qui accompagne les entreprises dans leur stratégie numérique, a commencé par trouver son propre bonheur avant d’en promettre aux autres. C’est un tour du monde en sac à dos qui a éveillé sa vocation et l’a conduit vers le coaching et la formation, avant une rencontre décisive avec Olivier Méril, dirigeant de Media Veille. « Lorsque j’ai pris le poste, l’objectif principal était de faire grandir l’humain, l’entreprise, mais également les entreprises qui nous entourent. Et pour faire vivre un enchantement à nos clients, il faut d’abord le faire vivre à nos salariés », explique le responsable du bonheur. Le concept n’est pas si abstrait, le quotidien d’Alexis en témoigne : « Je poursuis quatre missions opérationnelles : la qualité de vie au travail, en améliorant le bien-être des salariés, la cohésion, en organisant de nombreux événements internes, l’intégration des nouveaux arrivants et le coaching, en accompagnant les salariés dans leur développement personnel. Aujourd’hui, tout s’accélère et certaines pratiques de travail génèrent une anxiété importante. Depuis la crise, de nombreux salariés font passer leur bien-être avant l’argent, d’où l’utilité d’un métier comme le mien. »

Recruter des polyvalents

On l’a compris, les emplois les plus menacés dans le futur, en particulier par les nouvelles technologies, sont les moins qualifiés. À l’inverse, les métiers créés sont majoritairement des emplois d’ingénieurs, à hautes qualifications. Mais cette réalité binaire s’applique mal parfois à l’intégralité d’une fonction automatisée, plutôt à certaines tâches spécifiques. Ce que ne sait pas faire une intelligence artificielle aujourd’hui ne demande pas forcément un haut niveau de qualification, mais plutôt de la polyvalence, un sens relationnel, des aptitudes sociales… Si la formation accompagnera la transformation des métiers, l’enjeu, pour tous, sera certainement d’apprendre à travailler main dans la main avec ces « collègues » virtuels.

Emilie Massard

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