Juniors-Entreprises : un réseau à connaître

Les Junior-Entreprises auraient leur place dans la boîte à outils du dirigeant d’entreprise. Et pourtant, elles restent encore méconnues. À tort.

Pascal Bucalo connaît bien les Junior-Entreprises (JE). Il est consultant pour TripleWin. Son périmètre de prédilection : la grande distribution, les fabricants, petits ou grands. HEC Junior Conseil fait partie de ses interlocuteurs réguliers. Il confie à cette structure des enquêtes consommateurs, avec la création du questionnaire, le temps d’enquête sur le terrain et l’analyse première qui en découle. « Souplesse, réactivité, mobilisation sur tout le territoire national, des jeunes qui pigent vite » Il ne tarit pas d’éloges. Résultat : trois missions ainsi déléguées en 15 mois. Mais Pascal Bucalo est aussi du sérail. Consultant, il a une double casquette : il est, par ailleurs, enseignant pour le compte  de l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Paris. C’est aussi un ancien diplômé de l’Essec, précisément là où a été créée la toute première Junior-Entreprise. Les arcanes du système de l’enseignement supérieur n’ont donc pas de secret pour lui.

Mais qui, alors, connaît les Junior-Entreprises ? Qui a entendu parler de leurs 50 ans d’existence  en 2019 ? Un petit tour – tout à fait informel, et sans valeur de sondage – auprès de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) d’Île-de-France révèle leur manque de notoriété. « Aucun adhérent n’a jamais mentionné avoir eu recours à une Junior-Entreprise. » Pas de quoi tirer une conclusion objective, mais une impression en demi-teinte se dégage. 

Un réseau qui fait tache d’huile

Marque déposée, les Junior-Entreprises sont étroitement liées aux sacro-saintes grandes écoles françaises. Et a priori surtout aux business schools. A priori seulement : sur les 200 structures actuelles, 54 % vivent dans l’enceinte des écoles d’ingénieurs, 20 % à l’université, à quasi-égalité avec les écoles de management (à hauteur de 22 %). Une révolution. Et de quoi mettre à mal les critiques qui pointent l’absence de connexion entre universités et entreprises. Un exemple : Upsilon, JE de l’université Toulouse 3 – Paul Sabatier. En effet, les quelque 25 000 étudiants membres du réseau des Junior-Entreprises mettent les mains dans le cambouis. Études de faisabilité, études de marché, définition de la stratégie… des exercices grandeur nature régulièrement pratiqués. « Le principe, explique Simon Tonnaire, président de la Confédération nationale des JE, qui a commencé à se challenger sur le terrain via Skema Conseil de Lille, est de mettre en application les enseignements dispensés au sein de notre école. Avec une telle diversité d’établissements, les missions sont elles-mêmes très variées. » Des exemples : Centrale Supelec a ainsi participé à la conception d’un boîtier électronique qui permet de réaliser automatiquement l’ensemble des tests nécessaires sur les capteurs du lanceur Ariane 6 avant son décollage, Sciences Po Paris à la mise en place du grand débat national ou bien encore, Sciences Po Bordeaux à la réalisation d’un audit sur les conditions de déroulement et de gestion des différents projets de transformation de l’entreprise pour le compte de la branche gares et connexions de la SNCF… En 2018, plus de 3 500 projets ont été développés. Leur principale clientèle ? Principalement des petites et moyennes entreprises.

Et les Juniors-Entreprises tricolores essaiment. Depuis 1992 et l’adoption du système LMD pour licence master et doctorat, 350 ont vu le jour en dehors des frontières. C’est vrai en Europe, aux Etats-Unis (comme à Berkeley ou à Stanford) ou bien encore au Brésil.  Dans un proche avenir, le réseau national va se densifier davantage encore, avec le déploiement de JE au sein de filières à bac+3 et même bac+2.

Une concurrence à bas coût ?

De quoi augmenter encore l’employabilité d’étudiants issus des diplômes universitaires de technologie (DUT) gestion des entreprises et des administrations (GEA), déjà bien appréciés des entreprises. Mais recruter des étudiants reste une opération pas si facile que ça. « Le taux de transformation est de un pour 1 000 », déplore l’un des membres d’Upsilon à Toulouse. Et se poser en concurrents pour les « grands » ? La question titille. Tout cumulé, le chiffre d’affaires du réseau dépasse les neuf millions d’euros. D’ailleurs, pour ne pas susciter d’animosité des cabinets de conseil, la CNJE aime à rappeler le statut d’association des JE, et surtout l’interdiction qui leur est faite de faire de la publicité.

Murielle Wolski

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