Les décryptages du marché de l’emploi foisonnent. En octobre, l’une des dernières analyses en date met en avant les écarts de salaire entre un bac +2 et un bac +5 en France. Un schéma toujours d’actualité ? Présentation et réaction.

Adzuna n’est pas le plus connu des moteurs de recherche d’offres d’emploi. Créé en 2011, à Londres, il s’est lancé en France en 2013. Pour se faire connaître, cette start-up fait tourner ses algorithmes, les 850 000 annonces répertoriées et fournit des enseignements sur le marché de l’emploi. Dernier focus diffusé : toutes les offres confondues entre jeunes diplômés et expérimentés, l’écart de salaire entre un bac +2 et un bac +5 est de 27 %. En chiffres brut, on passe de 31 879 euros à 40 474. Une nouveauté ? Pas tant que ça. Les éléments de Michael Page font état de 23/24 K€ à 27/28 K€ pour un bac +2, et de 34 K€ à 40 K€ pour un +5.

Le chamboulement du numérique

Depuis moins de dix ans, un vent violent vient ringardiser ces antiennes, malmener ces repères sur l’échiquier du monde de l’enseignement supérieur, ces chiffres de sortie d’études. Son nom : tempête numérique. Xavier Niel l’a vite compris. Lancée en 2013, l’École 42 bouscule les codes – dans tous les sens. Des autodidactes sont formés au développement Web. Près de la moitié n’ont pas le bac. Les recruteurs se les arrachent. « Là, les bac +2 prennent leur revanche, analyse Emmanuel Stanislas, fondateur du cabinet de recrutement spécialisé en digital et informatique, Clémentine. Vu les tensions sur le marché, leurs salaires peuvent grimper [sous-entendu, plus que d’ordinaire]. » Les IT (Information Technologies) ne modifient pas seulement l’organisation des entreprises, la grille des salaires valse également.

Et Adzuna de citer plusieurs secteurs dans lesquels les écarts de salaire se réduisent comme neige au soleil, avec à peine 10 % de gap, toutes offres confondues – jeunes diplômés et expérimentés. En vrac, on va citer l’armée, le secteur sportif, la mécanique, l’artisanat ou bien encore l’électronique.

« Le monde a changé, commente Emmanuel Louzier, directeur général de PageGroup. Le besoin d’agilité prime, les typologies de métiers évoluent. Les compétences valorisées aujourd’hui, et celles qui le seront demain, ne sont pas celles que l’on appréciait hier. Et c’est sans compter les attentes des candidats eux-mêmes. La quête de sens tient une place de plus en plus prépondérante. Des candidats titulaires d’un bac +5 vont accepter des salaires qui ne correspondent pas forcément à ce qu’ils pourraient prétendre décrocher, statistiquement parlant. » Sans tabler sur une dilution du poids du diplôme, les cartes sont rebattues.

La souplesse des PME

Une étude biaisée ? Nombre d’interlocuteurs le pensent. Mettre expérimentés et jeunes diplômés dans un même shaker semble décrédibiliser le tout. Et surtout, entre l’offre d’emploi affichée et la réalité, un écart – un de plus – peut se faire jour. « Les petites et moyennes entreprises sont prêtes à regarder en deçà du diplôme mentionné dans l’offre, indique Francis Petel, vice-président de la commission nationale éducation formation de la Confédération des PME (CPME). Le diplôme n’est pas tout. Ces entreprises-là sont plus souples. De plus, si les bac +2 se vendent très bien côté technique, tel n’est plus le cas pour les emplois tertiaires. Le marché a besoin de bac +3 transversaux. » Or, entre bac +3 et +2, la différence salariale est de l’ordre du trait. C’est le mal aimé des conventions collectives.

Un bac +5, pour quoi faire ?

Selon Chloé Sihoan, en charge de la communication du moteur de recherche, « le nombre d’offres d’emploi à bac +2 est supérieur à celui enregistré pour des bac +5. Certes, le statut n’est pas le même. Certes, la précarité est peut-être plus développée, mais est-il besoin de pousser jusqu’au bac +5 ? » Le culte du +5 serait-il en perte de vitesse ? Tout dépend des secteurs. Cette Française, expatriée dans la capitale britannique, pointe tout particulièrement le marketing. Et c’est sans compter les disparités régionales.

Muriel Wolski

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