Même après vingt ans d’existence, le réseau des Écoles de la deuxième chance (E2C) reste méconnu. Dommage, ce dispositif s’avère une filière de recrutement intéressante pour des secteurs en tension.

On en parle beaucoup, mais le décrochage scolaire n’a rien de nouveau. En 1995, Édith Cresson pointait déjà la situation dramatique des jeunes en situation d’échec, en grandes difficultés d’insertion. Trois ans plus tard, Marseille accueillait la première école de la deuxième chance. En 2017, les E2C comptent dans le paysage des aides à l’insertion. Chaque année, 15 000 jeunes de 16 à 25 ans, sans qualification, intègrent l’un des 50 établissements, répartis sur 124 sites. Trois semaines en école à reprendre les bases en français ou en mathématiques, trois autres en entreprises à découvrir des environnements professionnels, ils travaillent leur employabilité. Leur capacité à rebondir.

Une aubaine pour les secteurs en tension

Les meilleurs ambassadeurs des E2C restent les recruteurs, en l’occurrence François Brazey. Directeur du patrimoine du Printemps, il manage 19  sites et plus de 300 000 m². En deux ans, son seul service a accueilli 30 stagiaires du réseau des E2C. « Stage de découverte en classe de troisième ou même au-delà, on n’a pas toujours ce degré de respect des règles, s’enthousiasme-t-il. À l’heure, les jeunes s’impliquent, cherchent à comprendre. Ils sont fiables. Je défie quiconque d’identifier ces stagiaires. Ils se fondent parfaitement dans l’équipe. » L’un de ces jeunes, Matthieu, est passé de stagiaire au statut d’alternant, avec un bac pro à préparer en trois ans. Et demain, peut-être salarié à part entière ?

Six stagiaires sur dix bénéficient d’une « sortie positive », une formation (36 %, en contrat pro, d’apprentissage ou qualifiante), un contrat de travail (dont 23 % en contrat à durée indéterminée, 17 % en contrat de plus de six mois, 13 % en contrats aidés). « Les entreprises sont présentes au rendez-vous, commente Jean Serror, directeur de l’E2C du Val-de-Marne, un accompagnement de trois semaines est sécurisant pour les recruteurs. Il vaut un entretien d’embauche. » Commerce et grande distribution, logistique, hôtellerie ou bien services à la personne… sont les secteurs les plus porteurs. « Le bâtiment, l’industrie ou bien encore la boucherie…, analyse Alexandre Schajer, président du réseau, peuvent s’ajouter à cette liste, mais faire aller les jeunes dans cette direction n’est pas toujours facile. Un souci d’image ! Un frein qui implique plus d’efforts de notre part pour les leur faire découvrir. »

L’intérêt des entreprises va crescendo. Les partenariats signés au plan national se multiplient : La Poste (100 stages, de 10 à 25 embauches par an), Carrefour – le plus gros partenaire (850 stages par an) ‒, Unibail Rodamco (15 recrutements annuels) ou bien encore la RATP, un acteur historique. Outre les stages, un référentiel sur les compétences à valoriser, la banque HSBC s’investit depuis douze ans dans des ateliers de coaching. Comment se présenter en entreprise ? Comment rédiger un CV ? « La gratitude des jeunes est grande, reconnaissants pour leur avoir ouvert nos portes, commente Marine de Bazelaire, à la tête du développement durable d’HSBC Europe. Ces séquences leur donnent le moyen de démystifier l’entreprise. Ils se sentent plus forts pour y retourner. Et l’apport est réciproque. » Quelle personne ai-je en face de moi ? Quelles sont les qualités que je lui reconnais ? Dorénavant, les managers de cette enseigne bancaire sont sensibilisés à ces questions, pour « ne plus recruter des clones ».

Les PME ne sont pas en reste. Dans la région lyonnaise, Botta SAS devient une adresse récurrente des stagiaires. « Si l’encadrant perd du temps, reconnaît Nicolas Roiret, PDG de la société, il dispose d’une aide. Financièrement, l’opération est relativement neutre. C’est un investissement sur le long terme. Ces jeunes sont autant de candidats potentiels pour demain. »

 

Murielle Wolski

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