Le CDI intérimaire comme nouveau levier de recrutement

Une nouvelle manière de constituer ses équipes et les pérenniser ?
Une nouvelle manière de constituer ses équipes et les pérenniser ?

La «sécu-flexibilité» en toute discrétion

Lancé à titre expérimental en 2013, le contrat à durée indéterminée (CDI) intérimaire sort de sa léthargie quelques mois avant la rédaction d’un premier bilan.

1 000 contrats à durée indéterminée (CDI) intérimaires sont signés, chaque mois, par les entreprises de travail temporaire depuis le début de l’année 2018. Sophie Sanchez, directrice générale déléguée de Synergie, spécialiste du recrutement, ne boude pas son plaisir à livrer ce chiffre national. Et à parler des 8 % à 10 % pour le seul compte de Synergie, réseau doté de 650 agences dans l’Hexagone. « 2018 devrait être une année prolifique, avec ce même rythme de croissance sur les mois à venir », confirme – confiant – François Roux, délégué général de Prism’emploi. En un an, selon les dernières statistiques, 45 000 emplois ont été créés en France via l’intérim, dont 10 000 en «CD2I».

Pourtant, en dépit de ces données, ce sigle et ses modalités restent méconnus. Quasi confidentiels même. Créé en 2013, à titre expérimental – c’est vrai –, repris par la loi Rebsamen en 2015, ce nouveau CDI a vécu des débuts poussifs. La raison ? « Il a été mis en place au moment où l’intérim perdait du terrain », dixit Jean-Marie Peretti, professeur et chercheur en ressources humaines à l’ESSEC. Fin décembre 2017, au total 26 000 CD2I sont comptabilisés.

Le Saint Graal pour tous ?

Hirson dans l’Aisne. Anne-Sophie Lenne pilote les ressources humaines de l’usine d’AML systems, leader sur le segment des correcteurs et actionneurs de phares d’automobile. Six de ses actuels 130 agents de production bénéficient d’un CDI intérimaire. « Le risque de l’intérim classique est de voir partir des personnels qui avaient acquis des habilités techniques, de l’assurance dans le geste, analyse-t-elle. Et de devoir repartir de zéro. Or, former les collaborateurs prend du temps. Assurément, avec le CD2I, la gestion se fait sur le long terme, avec un retour sur investissement positif. »

«Gagnant/gagnant», ce slogan a fait flores il y a quelques années. On peut le remettre au goût du jour pour ce CD2I, car les entreprises clientes ne sont pas les seules bénéficiaires. La concurrence entre les enseignes du travail temporaire fait rage. Aussi, ce contrat permet-il de fidéliser les profils les plus recherchés. Et d’une certaine manière de figer le marché. La volatilité des intérimaires, inscrits dans plusieurs agences en parallèle, tend ainsi à se réduire. « Et, on va plus loin dans l’accompagnement de nos salariés, témoigne Julien Tillon, responsable de secteur Aisne et Oise pour Synergie. Notre relation se rapproche ainsi des sociétés d’ingénierie avec leurs ingénieurs. »

Pour autant, le CD2I n’est pas automatique. Sur les 1 700 intérimaires au sein des 12 agences qu’il chapeaute, Julien Tillon n’en compte que 170. Tout dépend de la conjoncture, de la visibilité du marché, du savoir-être et du savoir-faire de l’intérimaire… Cela reste un pari sur l’avenir. Entre les missions, l’agence d’intérim continue de rémunérer son salarié. Avec souvent des formations à la clé. 38 % déclarent ainsi avoir bénéficié d’au moins une action pour monter en compétences.

Un spectre métiers large

Maintenance curative, conduite de ligne de production ou manutention ou bien encore cariste industriel et logistique… L’intérimaire s’engage à accepter des missions sur trois métiers différents. « La polyvalence est au cœur du dispositif, mais sur des segments de marché proches », explique Vincent Leriche, directeur régional de Randstad Picardie. Tel est le prix à payer pour cette rémunération sans à-coups. Un cocktail qui n’est d’ailleurs pas du goût de tous, des 26-30 ans tout particulièrement. Taux de refus : 26 %. Perte de la liberté de choisir sa mission, de la prime de fin de mission… Une statistique à comparer au 60 % des ruptures de CD2I pour décrocher un CDI dans l’entreprise utilisatrice.

Un avenir encore incertain ?

Pour Jean-Marie Peretti, il ne fait aucun doute, « ce dispositif est vertueux ». Et il ne voit d’ailleurs pas quel argument pourrait pousser le gouvernement actuel à ne pas le pérenniser à la fin de l’année. Sauf peut-être… la croissance. « Elle pourrait en effet assécher le CD2I, commente encore Jean-Marie Peretti. Une forte reprise économique accroît la perspective d’un accès direct à l’emploi, sans passer par la case intérim… même en CDI. » La balle est dans le camp du gouvernement.

Points forts

Le CD2I en quatre points

1- Durée maximale de 36 mois, contre 18 mois en intérim classique

2- Garanties et avantages d’un CDI (congés payés, couverture sociale, formation), mais pas les 10 % de prime de fin de mission

3- Maintien d’une rémunération au moins égale au SMIC (majoré de 15 % pour les agents de maîtrise et de 25 % pour les cadres) en période d’intermissions

4- Formation en intermissions

Murielle Wolski

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.