Le télétravail

Travailler déchaussé permettrait-il de gagner en efficacité ?
Travailler déchaussé permettrait-il de gagner en efficacité ?

En quoi le télétravail est-il une première étape vers le travail du futur ?

D’une part, une réduction des coûts pour l’entreprise qui induit des surfaces de bureaux plus petites, des frais de transport moins nombreux, une baisse du stress inhérent aux trajets pendulaires et un absentéisme plus faible. D’autre part, une amélioration de la performance en optimisant la productivité des employés par la réduction des temps de trajet, et des conditions de travail au calme. Autant d’arguments incontestables en faveur du télétravail. Pourtant, selon l’étude Randstad Awards 2016, si deux tiers des Français actifs se disent intéressés par le télétravail, seuls 16% d’entre eux le mettent en application avec le concours de leur employeur. Des freins persistent encore mais l’arrivée des tiers lieux et de nouveaux outils numériques va sans doute faire définitivement pencher la balance.

Etat des lieux en France

Selon le dernier rapport de l’Organisation mondiale du Travail, la France se classerait 6ème en matière de pratiques de télétravail, qu’il s’agisse d’entreprises, de la fonction publique ou des travailleur indépendants. « Nous ne vivons pas une situation de blocage mais d’évolution. Ce rapport nous propose trois entrées : le télétravail nomade et le télétravail occasionnel sont les deux pratiques les plus répandues. Et la France se démarque dans ces deux premières tendances. Ses cadres sont plus nombreux à finir le travail chez eux à la maison. En revanche, le télétravail salarié avec une ou deux journées de télétravail convenues dans le cadre du contrat de travail accuse un retard au regard des autres pratiques », explique Philippe Planterose, président de l’Association française du télétravail et des téléactivités (AFTT). Si ce tableau français semble encourageant, 26% des sociétés françaises interdisent encore le télétravail (32% en Allemagne, 40% en Angleterre) tandis que 18% des entreprises françaises autorisent leurs salariés à travailler à domicile à volonté, selon les chiffres d’un baromètre réalisé par Wrike, éditeur de logiciels spécialisés dans l’optimisation de la gestion de projets.

Le télétravail, révélateur des dysfonctionnements dans le management ?

Qui dit télétravail dit culture du résultat. Le présentiel en bureau générant peu de réflexion sur la manière optimale de travailler. « Le fait d’être au bureau, cela évite au manager de se demander si le collaborateur travaille », schématise Nathanaël Mathieu, co-fondateur de LBMG, société de conseil sur les nouveaux modes de travail et de la plateforme Néo-nomade, qui propose des tiers lieux pour les entreprises et les indépendants. La faute peut-être à une culture du résultat trop jeune en France ? « La culture du résultat est apparue seulement depuis une trentaine d’années avec des travaux portant sur la théorie des contraintes et des blocages des processus. Ce qui signifie que les seniors n’ont pas été initialement formés à la culture de la performance. Ajoutons que les entreprises qui ont voulu instaurer cette culture très vite ont généralement échoué. En réalité, ce n’est pas la notion de résultat qui importe le plus. Il faut davantage analyser les difficultés qui empêchent d’arriver à ce résultat », poursuit Philippe Planterose de l’AFTT. Et Nathanaël Mathieu d’ajouter au sujet des réflexions amenant sur le travail à distance : « Le télétravail est un parfait révélateur des dysfonctionnements managériaux et organisationnels qui incluent des problèmes de confiance, de mode de management et d’utilisation des outils digitaux. Le principal frein relève de la psychologie. Notre rôle revient à bousculer les entreprises en leur disant qu’une fois les objectifs fixés, il faut laisser le salarié définir le chemin pour créer de nouvelles dynamiques de collaboration. L’effort à mener est aussi de considérer le télétravail comme une forme de travail à part entière ».

En route vers le travail et le bureau du futur

« Nous préconisons une transition sans heurts avec la mise en place d’un accord d’entreprise aménagé selon les différents types de postes et de fonctions, qui concerne aussi bien les petites structures que les grands groupes », énonce Philippe Planterose. La mise en place d’un tel accord amène à concevoir l’organisation du travail tant sur le fond que sur la forme. Il faut d’une part penser l’optimisation immobilière. Dans le fond, « nous accompagnons et sensibilisons le middle et le top management. L’essentiel du travail porte sur la confiance. Nous menons des ateliers de travail dans lesquels le manager et son équipe doivent fixer des objectifs à la journée ou à la semaine. Une réflexion est alors amorcée sur la manière de mesurer la performance. L’idée est d’établir un contrat de confiance tout en levant les résistances qui peuvent aussi se retrouver du côté des salariés déstabilisés par la transition de l’obligation de présence à celle d’atteindre des objectifs. Gare également aux effets pervers si une culture d’entreprise n’est pas suffisamment mise en place : le collègue est-il en train de travailler ? Où est la personne quand elle n’est pas au bureau ? Le télétravail peut être aussi vécu comme une injustice si les bonnes pratiques ne sont pas mises en évidence. Les personnes ressources et moteurs doivent être impliquées dans le processus », détaille Nathanaël Mathieu. Le télétravail exige donc des méthodes de travail léchées et des retours au bureau très clairs. L’idée n’est pas non plus celle de tomber dans la « réunionite » aigüe mais de déterminer des objectifs clairs de rencontre et de réunion. Le télétravail répond donc à une double dynamique : celle d’une (nouvelle ?) culture d’entreprise – pour créer un climat de confiance mutuelle – épousant une culture du résultat, établissant des objectifs clairs et atteignables.

Les mentalités progressent. Les aéroports de Paris, Atos, le Crédit Agricole, le Groupe Accor ou encore EDF sont autant de grandes entreprises à avoir mis en place un accord de télétravail. Et les tiers lieux se multiplient. « Easy Work pour Accor ou bien Nextdoor pour Bouygues Immobilier. Nous avons aidé à concevoir et à déployer ces nouveaux concepts. Les collectivités aussi embrassent la démarche. En parallèle, notre offre Néo-nomade référence les espaces de coworking et les cafés dotés du wifi. Pour EDF, il s’agira d’une quinzaine de lieux présélectionnés par l’entreprise en Île-de-France. Les entreprises nous sollicitent aussi pour leur flotte commerciale afin de leur fournir des espaces de travail lors de leurs déplacements. Dans tous les cas, il s’agit de faire sortir le salarié hors de son entreprise et dans de bonnes conditions », précise Nathanaël Mathieu. Reste que l’une des problématiques majeures du télétravail serait celle de concilier vie privée et vie perso. Car le télétravail génèrerait un volume horaire plus fort de 8% et une efficacité augmentée de 20% selon l’Organisation mondiale du Travail…

Geoffroy Framery

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