MBA : l’époque des clones est terminée

MBA : ce sont ceux qui le suivent qui en parlent le mieux. Les participants prennent la parole en cette rentrée. Et leurs propos balaient quelques idées reçues. Comme l’uniformité. Le master of business administration accueille des profils probablement plus variés qu’avant. Point de bac + 5 pour l’intégrer. Nathalie Merlot, ou bien encore Cédric Carron, en sont la parfaite illustration. Quant à l’image du/de la cadre supérieur/e aux dents longues, obsédé/é par le gap salarial, n’est plus d’actualité non plus chez les candidats. Les envies de multiplier son salaire par deux, de grimper dans la hiérarchie l’encre du diplôme à peine séchée ou de quitter sa boîte à tout prix semblent remisées. D’ailleurs, outre la publication annuelle par le Financial Time du sempiternel classement des meilleurs MBA de la planète qui étale les bonds salariaux, les écoles se montrent beaucoup plus discrètes sur le sujet. Ce n’est plus « the » argument. En 2019, on peut se lancer à l’assaut d’un MBA et l’associer à une quête de sens dans son activité. Les deux sont compatibles. Créé au tout début du XXe siècle aux États-Unis, ce cursus – à l’entrée très sélective et destiné aux cadres – voit son public se renouveler. Il sait évoluer pour coller aux ambitions variées des hauts potentiels.

Parler des MBA

Le territoire national compterait quelque 80 masters of business administration. Le conditionnel s’impose : n’importe quelle école, reconnue ou pas, peut en monter un. Le nom ni la marque ne sont protégés. Pour exister, une école ne peut s’en passer. Résultat : c’est une jungle. Le singulier devrait être banni. D’abord pour le format.  À temps complet, sur 12 mois – autrement dit full time – à un rythme intensif, ou part time – en fin de semaine, pendant 18 voire 24 mois, les deux formules cohabitent. On parle aussi d’executive MBA. L’idée est alors de capter une clientèle de cadres qui ne veulent pas tourner le dos au monde de l’entreprise. L’objectif ? Prendre de la hauteur et acquérir une vision à 360°. Le cœur du programme ? Stratégie financière, marketing, ressources humaines… les fondamentaux du management, mais pas à la manière d’un programme grande école. Le retour d’expériences est essentiel, avec des cas pratiques internationaux. Justement, voici quelques retours d’expériences sur cette formation mythique dans le milieu du management.

Nathalie Melot, 46 ans : « Regarder différemment les opportunités qui se présentent »

L’agroalimentaire, Nathalie Merlot en avait fait le tour en 21 ans d’implication au sein du groupe Fleury-Michon. Ses derniers postes : directrice des activités catering, puis directrice commerciale chez Room Saveurs. Elle plaque tout. « Voilà cinq ou six ans que j’y pensais, que l’idée de reprendre des études me trottait dans la tête, pour prendre de la hauteur, commente-t-elle. Prise par le quotidien, je repoussais à chaque fois. » Elle opte pour le MBA de l’EM Lyon, en fast track. Autrement dit, un programme relativement court (14 mois, d’octobre 2017 à décembre 2018) et donc dense. « J’imaginais quelque chose de scolaire. Et pas du tout. C’est très concret. Avec une réelle bienveillance. Avec une vraie dimension humaine. C’est ce que je recherchais. » Et Nathalie Merlot illustre parfaitement l’éclectisme des profils rencontrés dans les dernières promotions de MBA. Titulaire d’un brevet de technicien supérieur (BTS) action commerciale, elle a côtoyé des ingénieurs, des pharmaciens, des cadres supérieurs de grandes business schools. Mais la question n’a même pas été abordée. Ce qui compte ici ? « Comment on se projette ». Et « on vient tous chercher quelque chose sur soi. Le MBA joue aussi la révélation. » Et Nathalie Merlot l’a eue, cette révélation. Son mémoire, elle l’a consacré à l’entrepreneuriat, avec des rencontres à la clé. Et au final, une proposition d’une start-up – Le cercle traiteur – dans… l’agroalimentaire, positionnée sur le segment des plateaux-repas, qui travaille en partenariat avec un Esat (établissement et service d’aide par le travail), qui met l’accent sur la permaculture. « Très honnêtement, il y a deux ans, je n’y serais pas allée. » Probablement n’est-elle plus attachée à un titre de directrice générale, à un staff plus important – elle passe d’une « équipe de 26 collaborateurs à… six. « Mais, c’est une erreur de se cramponner à ces critères. Le MBA apprend aussi à regarder différemment les opportunités qui se présentent. Aussi, je ne le vis pas comme une reculade. Le monde bouge. J’ai beaucoup de choses à apprendre et à transmettre. » Et Nathalie Melot est retournée vers… l’agroalimentaire. Fontaine…

Cédric Caron, 39 ans : « Une heure trente de boulot chaque soir »

Le MBA, Cédric Caron est en plein dedans, à l’ICN Nancy. Son parcours a de quoi surprendre. Il a vécu une première vie professionnelle dans… l’armée de Terre, pendant douze ans. Mais il en avait assez de « n’être jamais proche de… ses proches ». Et l’entrepreneuriat est un virage assez naturel. Il est inscrit dans l’ADN familial. Une agence de communication est créée. « Qui n’a pas vocation à grandir. » Mais, une autre idée fait son chemin, une carte-cadeau qui ne soit siglée d’aucune grande enseigne, mais axée sur les petits commerces. Beegift est née. Et, bien née, avec des bureaux à Paris, Nancy et Metz. Deux ans après son lancement, il est déjà question de développement à l’international. Le besoin de monter en compétences, de « scaler », lui est apparu nécessaire. « Sans bac + 5, est-ce qu’ils ne vont pas me prendre de haut », s’est interrogé Cédric Caron. Mais ce cocktail militaire et start-upper a séduit les autres participants. Pas de problème non plus pour mener une, deux activités professionnelles, la vie de famille et le MBA de front. « On met autre chose entre parenthèses, comme les heures de sommeil par exemple, mais si c’était facile à avoir, on serait déçu. Une heure trente de boulot par soir, avec les week-ends et les vacances. Avec un programme tout en anglais, je mets plus de temps que les autres membres de la promo, anglicistes. La première semaine, ça pique un peu, mais les progrès sont perceptibles rapidement. Le cerveau “switche” plus facilement. » Et le programme a « changé sa vision du monde » des affaires. De quoi légèrement amender la stratégie de Beegift, qui promeut le local, et générer de nouvelles idées. « Je vais pouvoir faire du consulting. À partir de quand une activité va-t-elle être rentable ? Quel est le bon prix ? Avec deux ou trois chiffres, je peux plus facilement voir quelle orientation prendre. Et je veux aussi pouvoir le faire pour aider les autres. » Et, parce que l’oisiveté ne semble pas son fort, Cédric Caron s’entraîne en parallèle au semi-marathon…

Florian de Joannès, 43 ans : « Apprendre à mieux mettre en musique les collaborateurs »

Grundfos, c’est le leader mondial des pompes hydrauliques. À 43 ans, Florian de Joannes en est le directeur des opérations pour l’Europe du sud-ouest, avec 200 collaborateurs sous sa férule. L’idée de participer à un MBA lui trotte dans la tête depuis quelques années. « Il fallait trouver le bon moment, c’est-à-dire avoir suffisamment d’expérience, avec une vraie maîtrise d’un sujet et imaginer pouvoir déléguer une partie de mon travail au quotidien. Le MBA a de quoi devenir un challenge d’équipe. S’il est souvent vu comme un projet de couple, c’est rarement imaginé comme celui d’une équipe. J’ai annoncé la nouvelle à la mienne tôt pour que chacun y réfléchisse. Il n’est pas toujours donné de voir comment le travail va se répartir. C’est d’autant plus important que le rythme en MBA va crescendo, avec les cours électifs. » Et de ce MBA de l’EM Lyon qui s’achèvera en octobre, Florian de Joannes retient « le gros décalage entre ce qu’on pense venir chercher – acquérir des compétences et un réseau – et ce qu’on y découvre – soi-même, avec le développement personnel. Et même en étant déjà adepte, le MBA offre l’opportunité de compléter pour devenir un meilleur manager. À mieux comprendre comment fonctionnent les collaborateurs, ce que l’on induit de manière involontaire de par sa propre personnalité. Une équipe se compose de caractères qui ne me ressemblent pas. C’est essentiel de saisir quels sont les leviers pour faire naître la performance dans un groupe composé de créatifs, qui ont besoin d’échanges informels avant de se lancer, de se laisser du temps, et d’autres, à l’esprit plus comptable, qui ont besoin de dates butoir. L’objectif est le même, les moyens de s’organiser diffèrent. Le MBA traite du poids de la communication entre tous pour éviter les couacs entre les deux profils. »

Éric Moulinier, 48 ans : « Le MBA comme opportunité de se bonifier »

Pas envie de changer de boîte ni de secteur. Éric Moulinier, directeur commercial, a suivi le MBA d’Audencia – c’était entre mars 2017 et octobre 2018 – avec l’envie de rester dans son entreprise de l’agroalimentaire. Et d’ailleurs, douze mois plus tard, ce directeur commercial n’a pas (encore) évolué. « En pareil cas, la volonté de vous exprimer est plus manifeste. Il y a, c’est vrai, une certaine impatience. Mais, je conserve toute ma confiance en ma direction, souligne-t-il, on ne m’a rien vendu avant. D’ailleurs, 70 % des participants évoluent dans les deux ans post MBA. » En un an et demi, ce cursus a « élargi sa vision du monde de l’emploi, a permis de mieux saisir la vitesse à laquelle change notre environnement ». Le programme est chargé. Pas de nouveau poste en vue donc, mais des modifications par touches malgré tout au quotidien. « Data, e-learning, outils numériques, ma pratique managériale a mûri, avec le soin de placer davantage l’individu au cœur du projet. Comment on va s’adapter pour lui ? À l’entreprise de faire l’effort, pas l’inverse. Le MBA constitue une opportunité de se bonifier. » Ce n’est pas pour déplaire à ce rugbyman qui accorde une grande importance aux valeurs de solidarité.

Murielle Wolski

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