La mutation des différents MBA

Choisir entre les multiples offres de MBA, une gageure ?
Choisir entre les multiples offres de MBA, une gageure ?

Sélection darwinienne

Leader incontesté sur le marché de la formation professionnelle pour cadres à haut potentiel, le Master of Business Administration (MBA) voit son marché évoluer, devenir plus mature et exigeant. Il y aura des perdants… et des gagnants.

Et si le MBA perdait de sa superbe ? Commencer ainsi cet article est osé et exagéré. Mais, le roi américain MBA – pour Master of Business Administration –, qui a conquis la planète en 70 ans, a-t-il toujours la cote auprès des cadres à haut potentiel ? Ou ce cursus s’est-il banalisé ? Les entreprises le proposent-elles à leurs salariés appelés à occuper des responsabilités ? Telle était la batterie d’interrogations soumises par le journal à des entreprises de taille intermédiaire, des piliers du CAC 40, au Medef, dans la distribution, l’assurance, la banque ou bien encore l’industrie… Pas moins d’une quinzaine d’interlocuteurs ont été approchés, et aucune réponse. Nada. « Nos clients ne sont pas disposés à répondre sur le sujet des MBA, par manque de connaissance de ce marché », répond une attachée de presse qui compte dans son portefeuille clients des pointures de 50000 à 200000 salariés… Des profils a priori friands du standard américain. « Avec à peine 10% des cadres, nous ne sommes pas représentatifs pour vous parler de MBA », nous répond-on chez un mastodonte du secteur environnemental. Un argument qui ne tient pas vraiment la route…

Pourtant, les classements des MBA sont surveillés comme le lait sur le feu, décortiqués, relayés à grand coup de communiqués de presse… Dans le même temps, les cylindrées françaises  se targuent de formations autorisant un bond de salaire et un placement presque parfait pour la cohorte sortante. Nous atteignons les 100% chez HEC ou à l’INSEAD à 3 mois. Le taux à EM Lyon, de 90% à 3 mois impressionne tout autant. Mais, les employeurs semblent moins bien disposés à en parler que les écoles –d’ingénieurs ou de commerce – qui le dispensent, ou que les participants –toujours prêts à partager un peu de cette expérience.

Changement d’époque

Une exception : L’Oréal commente le MBA, sans pour autant l’encenser. « Le MBA est une «boîte à outils» unique de connaissances et d’approches managériales, explique Mickael Lake, manager en charge du recrutement en Grande-Bretagne et en France, qui permet à un salarié de progresser. La plupart de nos dirigeants ont poussé leurs études au-delà de leur bachelor, mais pas tous. Notre PDG, Jean-Paul Agon, ne possède pas de MBA, mais a étudié dans l’une des meilleures business schools. »

Que se passe-t-il alors ? Avec les décennies, le MBA a proliféré dans les établissements supérieurs. Ce cursus n’est pas visé par l’Etat. « Le label n’est pas protégé, déplore Stéphane Boiteux, associé du cabinet CESAM (conseils en évolution stratégique et accompagnement managérial). N’importe quelle business school peut décider d’en afficher un. » Valérie Sabatier, directrice de l’école doctorale de Grenoble école de management (GEM), parle de « l’effet de masse ». Charles Berger, directeur du programme MBA à l’ISC, préfère le terme de banalisation. « Les candidats et les entreprises ont du mal à se repérer. Le marché souffre. Le tassement de la mode du MBA est perceptible. La compétition est internationalisée. Aussi les jeunes n’hésitent-ils plus, non plus, à franchir les frontières pour suivre ce cursus. »

« Le marché a mûri, confirme encore Thomas Jeanjean, directeur de l’ESSEC Executive Education. Effectivement, on en parle moins. Avant on n’avait qu’à écrire MBA sur un CV et cela le rendait attractif. Ce n’est plus le cas. Le marché est plus exigeant. Les candidats s’intéressent davantage aux accréditations. Il y a une vraie maturité. Pourquoi un MBA est-il pertinent ? Voilà, la question à se poser. Le sigle et la marque ne font pas tout. Le niveau d’exigence des directions des ressources humaines va crescendo. »

Le fantasme salarial du MBA ?

MBA, le « booster de carrière » : l’expression est élimée tant elle a été employée dans la presse. Selon la dernière livraison du Financial Times – le ranking 2017 –, les progressions salariales post MBA peuvent atteindre des taux incroyables : 107% pour celui de Cambridge, 120% pour l’Italien de Bocconi ou 95% pour le champion tricolore, celui de l’Insead – à la tête du classement depuis deux ans, devant un trio américain (Stanford, Wharton, Harvard). Des chiffres confirmés par QS world university ranking (cf. encadré).

Mais, de ce discours à la réalité du terrain, il y a parfois un pas. Tous les participants ne se sentent pas concernés par cette envolée de statistiques. « Nombre de titulaires du MBA ont continué de bosser sans valorisation financière à la clé pendant un à deux ans, certes avec un périmètre un peu élargi. » C’est Rebecca Meurice, ambassadrice de sa promo 2011 du MBA de l’école des Ponts et Chaussées qui en fait le constat. « A la sortie, quelques-uns réussissent à transformer l’essai, mais pas tous. On en est plus ou moins conscient. Ce cursus nous transforme. Notre niveau d’exigence croît, nos prétentions salariales aussi. Aussi, redescendre sur terre est-il indispensable. Le retour sur investissement n’est pas automatique. Aucun tapis rouge ne se déroule devant nous. Les recruteurs nous considèrent souvent comme surdimensionnés. » 15% des diplômés restent dans leur entreprise d’origine – c’est ce qui ressort d’enquêtes internes aux écoles.

L’argument financier est de moins en moins mis en avant par les écoles. « C’est une erreur de parler de doublement de salaire, souligne Charles Berger de l’ISC. En revanche, profiter d’un delta de +15%, c’est une progression classique. Les articles qui annoncent des culbutes de 100 % ne sont pas honnêtes, ou mal documentés. Mais, de toute façon, la motivation n’est plus financière. »

La clé du succès

Les bémols soulignés, comment transformer cette expérience en une réussite ? Réponse : se pauser, décortiquer l’offre ou bien encore « repérer quelques balises » pour reprendre les termes de Stéphane Boiteux, du cabinet Cesam. L’idéal est également de se renseigner sur l’ADN de l’école dans laquelle réaliser le MBA. Car même généraliste, la formation conserve la teinte de l’école: le faire à l’INSEAD, c’est étudier dans une cohorte internationale de 1000 personnes chaque année, s’inscrire à Toulouse, c’est mettre un pied dans l’aéronautique ou la santé. Et à EM Lyon, l’accent sera bien évidemment mis sur l’entrepreneuriat.

Quelle formule choisir ? Full time en prenant du champ par rapport à la vie active ? Part time avec un executive MBA, à condition de bien articuler vie professionnelle et formation ? De sacrifier aussi de sa vie personnelle ? Quel public veut-on côtoyer ? Des jeunes post master avec un « MBA étudiant » pour citer Karine Doukhan, directeur management ressources chez Robert Half, cabinet de recrutement spécialisé ? Ou avoir des échanges nourris par des participants riches de 10 à 15 ans d’expérience, autrement dit le « peer to peer » ? Quel sera le réseau ? Quel est le niveau requis en anglais ? Quels focus seront portés ? Les nouvelles technologies ? L’entrepreneuriat ? Combien de temps sera consacré au projet professionnel personnel ? Quels cours prendre ? « Surtout ne pas s’éparpiller, conseille Jacques Digout, directeur académique des MBA et DBA de Toulouse business school (TBS), même séduit par tous les cours proposés. » Les fondamentaux du MBA, dont l’objectif est de donner une vision à 360°, sont-ils respectés ?

Un gardien du temple pour répondre à la plupart de ces questions : l’AMBA, pour Association of MBA. Elle accrédite. C’est un gage de qualité. « La respectabilité du MBA est déterminée par le recruteur, spécifie Stéphane Boiteux. Quand votre employeur n’est pas prescripteur, cela se complique. Suivre un MBA est alors indépendant de la politique des ressources humaines de l’entreprise. Aussi, faut-il être vigilant sur le contenu, sur la pédagogie mise en place, sur les besoins de votre société… » Maîtrise de l’anglais, bases de gestion… Véritable challenge, l’entrée en MBA se prépare… comme un athlète avant un défi sportif.

Conseil de Xavier de Susbielle, journaliste, promotion 2012 du MBA de l’Essec :

« J’ai mis beaucoup d’énergie à résoudre les cas pratiques, bosser mes cours, développer des connaissances dans des matières jamais abordées auparavant… que j’en ai délaissé mon projet professionnel. C’est un travers dans lequel il ne faut pas tomber. »

L’émergence du DBA

Un concurrent sérieux ?

MBA versus DBA, une seule lettre les sépare. Mais un peu plus dans l’esprit. Peu à peu, ce Doctor of Business Administration (DBA) prend place – discrètement (Grenoble école de management, Dauphine, Toulouse Business school, rares sont les écoles à le dispenser) – dans l’enseignement supérieur français, volet formation continue. Au point de « marcher sur les plates bandes » du MBA ?

Une cannibalisation ou pas ?

A cette question, Michel Kalika, président du Business Science Institute, par ailleurs qui a mis sur les rails les MBA et DBA de Dauphine, développe une réponse de Normand. « Théoriquement, non, aucune cannibalisation possible. Le DBA vient en post MBA. Quantitativement, ce n’est pas la même population. Sur une promotion de 20 participants d’un MBA, seuls un voire deux se lanceront. Si le MBA vise le transfert de connaissances et une approche à 360°, le DBA a pour objet de prendre du recul, de produire une thèse. Toutefois, on peut parler d’un glissement. Avec un MBA banalisé – dans les grandes organisations internationales, la quasi-totalité des managers l’ont –, le DBA va devenir l’outil de différenciation. » De quatre ans, organisé sous forme de séminaires et de rencontres avec un directeur de recherche, ce programme vise à se spécialiser, à produire de la connaissance sur une problématique rencontrée dans le monde de l’entreprise. Avec le DBA d’ingénieur, Chamrong Cheam, manager en charge du développement pour le compte de Roquette Frères, est devenu expert mondial sur le sirop de glucose, l’amidon modifié, les sucres de céréales. « Cela m’a permis d’acquérir une autre dimension. » Ses derniers sujets de réflexion ? Comment réduire le sucre dans la glace ? Comment doubler les ventes de chocolat santé d’ici cinq ans ? Son employeur a totalement pris en charge la formation. « J’ai réussi à montrer au big boss comment je m’inscrivais alors dans la stratégie de l’entreprise. »

Le nec plus ultra de 2022

« Déjà bien installé dans les pays anglo-saxons, avec un marché mature, détaille William Hurst, directeur de la formation continue d’Audencia, ce cursus est encore en phase de décollage en France. Comme n’importe quel secteur, de nouveaux produits apparaissent. » Beaucoup croient en son développement. C’est le cas de Karine Doukhan, directeur management ressources chez Robert Half, cabinet en recrutement spécialisé. « L’avenir est aux surdiplômés, prédit-elle, d’où une recrudescence programmée des DBA. Pas immédiatement. Certes encore méconnu, ce cursus va devenir la prochaine vedette de la formation professionnelle à un horizon de cinq ans. » Le nec plus ultra en entreprise, dans les écoles aussi. Sans retour sur investissement. De GEM à Dauphine, le DBA contribue à la notoriété de l’établissement, avec les publications diffusées.

Murielle Wolski

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