Notoriété en demi-teinte pour les écoles françaises à l’étranger

Notoriété en demi-teinte à l’étranger ?

Business schools ou écoles d’ingénieurs jouissent d’une aura incontestée dans l’Hexagone. Les recruteurs s’arrachent leurs diplômés. Les courtisent même avant le diplôme. Mais, la musique est un peu différente hors des frontières.

Classement de Shanghai. Sans être un expert de l’enseignement supérieur, impossible de passer à côté ! Créé par un professeur chinois de chimie, Nian Cai Liu, il a réussi à s’imposer comme « la » référence, « la » jauge mondiale pour déterminer les bonnes et les mauvaises universités ou écoles. Distribuer les bonnes et mauvaises notes – la recherche est l’un des critères importants. Mais, il n’est pas le seul à scruter le marché de plus en plus globalisé de la formation. Times Higher Education, référence anglaise dans le monde de l’éducation, en publie, dont un à l’initiative duquel se trouve un cabinet français spécialisé dans les relations enseignement supérieur et entreprises, Emerging. Son « ranking » n’est pas une pâle copie de celui développé par l’université chinoise. L’angle est même bien distinct.

« En termes d’employabilité, quelles sont les universités et les écoles du monde qui produisent les jeunes diplômés les plus performants ? Depuis 2010, 6 000 recruteurs – dont 200 français – dans 20 pays différents répondent ainsi à cette question. « C’est le point de vue du marché, commente Laurent Dupasquier, directeur associé d’Emerging. Dans les échelles de notoriété ou de réputation, il y a une part d’autoperpétuation. Parler d’employabilité permet d’objectiver la réflexion. »

Dans le top 10

Le premier établissement tricolore à émerger dans le classement de Shangaï édition 2017 se situe à la 40e place. Son nom : université Pierre et Marie Curie, suivie immédiatement de Paris 11. La troisième française était assez loin derrière, à la 69e place. On pourrait parler de l’effet shaker – ou chamboule-tout – du critère de l’employabilité, et de ce sondage qui coûte aux alentours de 120 000 à 150 000 euros chaque année à Emerging. Sept établissements français se trouvent dans les 70 premières places. En tête de liste, Polytechnique qui s’arroge la 22e place, suivie d’HEC (23e place), de l’EM Lyon (27e)… La France apparaît dans le top 10 des pays classés pour l’employabilité de leurs diplômés. « On voit une tendance à la hausse se dessiner, concernant les écoles françaises, analyse Laurent Dupasquier, je ne serais pas surpris de voir le nombre d’étudiants augmenter. Et l’effet «Brexit» devrait jouer également. La Grande-Bretagne s’est tiré une balle dans le pied. »

10e place pour la France, 22e pour le premier établissement français… C’est bien, mais un tour d’horizon dans quelques capitales européennes montre combien la marge de progression est encore grande. « HEC est connue parce qu’elle existe aussi à Copenhague. Sinon… », souligne Anders TorbØl, président de la chambre franco-danoise. Même constat du côté de Berlin, avec l’avis de Pascal Jentsch, franco-allemand, à la tête de l’agence PPool media & communication : « Le modèle des grandes écoles françaises n’entre même pas dans le champ de vision des recruteurs germaniques. Ils regardent ailleurs, à savoir aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Et le système des prépas, qui ouvre les portes des grandes écoles, est incompréhensible aux yeux d’un patron allemand. Deux ans pour apprendre des choses théoriques ? Avec un jeune qui passe pour rester dans les jupons de sa mère, quand l’Allemagne cherche des jeunes qui se forgent une identité par leurs expériences… » Le schisme idéologique est plus marqué encore avec l’autre côté de l’Atlantique. « C’est complètement une autre planète, analyse Marilène Garceau, franco-canadienne installée à Paris. En plus, les Canadiens ne s’appuient pas sur les statistiques de notoriété pour recruter un futur collaborateur. Sait-il gérer un projet ? Négocier un contrat ? Quelle est la taille de l’équipe dans laquelle il a déjà travaillé ? Le recruteur canadien veut du concret. Le candidat correspond-il à l’ADN de l’entreprise ? »

Un culte du diplôme pas partagé

Sans diplôme en France, l’insertion se révèle difficile. On lui voue un véritable culte. Encore là, une spécificité française qui ne trouve pas écho à l’étranger. C’est vrai au Canada et au Québec, et de l’autre côté de la frontière, en Allemagne. « Pour comprendre l’état d’esprit qui règne ici – et comprendre nos différences –, il n’y a qu’à regarder la classe politique, explique Philipp Hepp, directeur des ressources de Storengy, filiale d’Engie outre-Rhin. Pas de passage obligé par un équivalent de l’Ecole nationale de l’administration (ENA) ou d’un Institut d’études politiques (IEP), les dirigeants politiques viennent de tous les horizons. Il n’y a pas que le papier, ni que les écoles qui comptent. » Et son compatriote Udo Thelen, consultant spécialisé dans les questions d’enseignement supérieur d’ajouter : « En revanche, avoir «terminé ses études», si. Un nombre non négligeable d’étudiants quittent les établissements du supérieur sans avoir terminé leurs cycles. »

Plus au nord, au Danemark, sauf pour les médecins ou les avocats, peu importe le diplôme. « De grands groupes préfèrent recruter et éduquer les jeunes en interne, détaille Anders TorbØl. C’est le cas de la banque. La moitié de notre CAC 40 local est détenu par des patrons sans formation. Sans diplôme. » Elitiste, le modèle français des grandes écoles apparaît suranné, en décalage avec les réflexes des recruteurs à l’étranger.

Murielle Wolski

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