La mue des IAE

Les IAE jouent toujours un rôle d’élévateur en 2017
Les IAE jouent toujours un rôle d’élévateur en 2017

Une formule en pleine mue ?

Au pays d’HEC, les instituts d’administration des entreprises (IAE) constituent une alternative à moindre frais, et sur les mêmes thématiques (finance, comptabilité, gestion, marketing…). Mais ce réseau tire à hue et à dia.

Vendredi 6 octobre. Il y avait comme un air de fête sur le campus de l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Toulouse, avec un podium, d’énormes ballons rouges et blancs qui flottaient dans l’air, la musique à fond. C’était même jour exceptionnel de relâche pour les quelque 2700 étudiants… Cette communication à profusion – un budget global de 400000 euros dispatchés sur deux ans – est assez inhabituelle dans le milieu universitaire. « La responsable financière de l’école est moins souriante que les autres », ponctue Hervé Penan, le directeur à la manœuvre. Cet établissement met ainsi en scène son changement de nom : l’IAE de Toulouse devient Toulouse school of management (TSM).

Une distance prise par rapport au réseau des IAE qui en compte 32 ? Probablement, mais d’ici 12 à 18 mois. Pour l’heure, ce grand raout (avec affichage sur les abribus, dans les aéroports…) a vocation à afficher une stratégie de développement à l’international pour atteindre les 25% à 30% d’étudiants étrangers, contre 12% actuellement. Ou comment devenir une « business school » comme les autres. Créés par Gaston Berger, il y a 60 ans, les IAE n’ont pas la fibre internationale inscrite dans leur ADN. Elle est inégalement développée. Fer de lance à Aix, Lyon – 150 partenaires, dont près de 60% sont riches d’accréditations internationales – et Grenoble voire à Nice – 42% d’étudiants français, 71 nationalités présentes sur le campus –, quasiment aux abonnés absents à Amiens – avec seulement deux accords internationaux…

Hétérogénéité omniprésente

Inégal. C’est l’adjectif à retenir. L’hétérogénéité est de mise au sein de ces écoles de management universitaires qui ont formé – en six décennies – pas moins de 500000 jeunes et moins jeunes. Le nom, d’abord. On l’a vu avec Toulouse, mais l’IAE de Strasbourg a été rebaptisé école de management. La signature de l’établissement parisien ? Sorbonne business school. A Aix, on parle d’Aix-Marseille graduate school of management ou d’university business school. Et en matière de stratégie de développement, ils n’avancent pas non plus comme un seul homme, s’adaptant au contexte local. Un exemple, avec l’IAE de Caen. Le segment choisi il y a plus de 15 ans maintenant est l’e-learning – une décision très liée au bassin d’emploi. Vu le positionnement géographique, développer l’ingénierie a permis à cet établissement de ne pas se concentrer sur les seuls Normands, d’élargir son assiette et de toucher des Franciliens, d’autres candidats du Nord ou même de l’étranger. Résultat : pas moins de 1000 stagiaires par an dont 500 à distance.

Sa notoriété, l’IAE de Paris la tire du développement de la formation continue. Il en a fait sa spécialité. Aujourd’hui, 80% de ses étudiants le sont à ce titre, 20% sont en apprentissage et epsilon en formation initiale. Autonomes au cœur de l’université, en vertu de l’article 713-9, les IAE le sont aussi au sein de leur propre réseau.

Une exception ?

150, Tel est le nombre d’écoles dans l’Hexagone à dispenser des cursus de commerce et de gestion. Qu’y-a-t-il de commun entre HEC – le nec plus ultra, que l’étranger nous envie – et l’EGC de Montauban ? Rien, ou peu. Est-ce un drame ? Que nenni. Idem au sein du cercle fermé de la conférence des grandes écoles (CGE), qui regroupe 265 établissements dont 37 écoles de management. Que partagent l’Insead et Montpellier Business School ? La question est rarement posée. Cela ne soulève pas de débat.

Curieusement, l’hétérogénéité des IAE est – elle – toujours pointée du doigt. Dénoncée. Les business schools ne s’en privent pas. Et même en interne, cette variété commence à semer la zizanie. Au point que certains IAE aimeraient faire scission ? Il y a un pas qui pourrait être franchi dans les prochains mois… Affaire à suivre.

Tout d’une grande ?

Comptabilité audit, ressources humaines, logistique, stratégie, finance, achat, vente, marketing, communication, international… pas moins de 30 filières différentes sont proposées, ici dès la L1 – pour 11 d’entre eux –, ailleurs dès la L2 – ils sont 12 à le faire. L’entrée en L3 est plus répandue, avec 25 IAE concernés. Au global, le catalogue est riche de 37 formations en e-learning, 111 doubles-diplômes… 50000 étudiants sont actuellement inscrits, 9500 au titre de la formation continue. A l’instar des business schools, nombre d’IAE voient en la formation tout au long de la vie un levier de développement.

Elévateur social

A l’occasion des 60 ans, le réseau a tenu à faire les comptes, sonder son marché, avec une grande enquête, la première du genre pour cette composante universitaire. « L’attractivité ne cesse de progresser, témoigne Sarah Lempereur, directrice exécutive d’IAE France. Avec une progression de 13% du nombre de candidats à l’entrée, quel que soit le niveau. Et pas moins de 20000 pour le seul après bac, via la plateforme numérique APB (admission post-bac). » A raison : le rapport qualité/prix des formations en IAE défie toute concurrence. « Les frais d’inscription à un master d’une business school oscille entre 10000 € et 12000 € par an, note Nadine Tournois, qui pilote l’IAE de Nice, contre 350 euros – à la louche – dans nos établissements. La différence ? La subvention de l’Etat. Pour prendre une image qui fait sens, on retrouve la même distinction entre une clinique et un hôpital public, sauf qu’il n’y a pas ici de carte vitale, mais une carte étudiant ! » Résultat : le brassage social est une caractéristique de ces business schools publiques. « Nos établissements remplissent réellement un rôle d’élévateur social, explique Virginie de Barnier, directrice de l’IAE d’Aix. Quand la Conférence des grandes écoles affiche un taux de boursiers de 18%, nous sommes à 45% ! Nos étudiants ne sont pas issus du même milieu. Il n’y a qu’à regarder les voitures sur les parkings pour mieux s’en convaincre… »

Et de belles trajectoires professionnelles sont au rendez-vous. 62% des diplômés sont insérés sitôt leur stage de fin d’études, 84% à six mois. 15% d’entre eux le font aussi à l’étranger. Salaire brut moyen à l’embauche : 28237 €.

Témoignages

Alexandre Bastien, 29 ans, étudiant en alternance en master conseiller patrimonial à l’IAE de Toulouse

L’IAE de Toulouse – TSM depuis quelques jours –, Alexandre Bastien le connaît bien. Même très bien, avec deux expériences aux tonalités très différentes à la clé. La première : début des années 2010, il y est inscrit en master marketing. Mais, le diplôme en poche, l’insertion se grippe. Les opportunités pour travailler dans le marketing ne sont pas légion dans la ville rose et alentours – les Toulousains de naissance et d’adoption ne jouent pas à plein la mobilité. Grande distribution, agent immobilier, chômage aussi… le bilan de la période est mitigé. Retour à la case IAE en 2017, pour un master de conseiller patrimonial. « Ca n’a rien à voir, dit Alexandre Bastien. Cet établissement n’a pas le même visage, plus professionnalisant. Et autant le dire, les différences avec la business school voisine sont très limitées. On se partage les mêmes enseignants, avec des slides qui portent le logo de TBS. L’image archaïque de l’université est balayée. Elle est même plutôt positive auprès des entreprises. » Pour preuve, son employeur – la banque Courtois – a déjà évoqué l’idée d’enchaîner avec un contrat à durée indéterminée.

Emmanuelle Elineau, 37 ans, chargée d’affaires entreprises au Crédit Agricole

L’encre de son diplôme est à peine sèche qu’Emmanuelle a déjà sa promotion. Elle a suivi son master 2 chargé d’affaires entreprises à l’IAE de Caen, via l’e-learning. « L’atout du cursus ? Former à un métier précis. L’opérationnel prime. D’ailleurs, c’est l’entreprise qui m’a orientée vers ce cursus. Pour passer à une clientèle d’entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse les deux millions d’euros, c’était un passage obligé. Potasser via l’e-learning ne permet pas vraiment de développer l’esprit de promotion, entre le master et la vie familiale, le temps est précieux. Mais, l’objectif est atteint. Etre à l’aise et efficace dans mon nouveau poste. »

Bastien Giner, 30 ans, responsable de l’innovation chez CDiscount

Dans son jeune parcours, Bastien Giner a déjà travaillé avec des start-up, des entités de 500 salariés, voire plus comme aujourd’hui chez CDiscount, doté de 1500 collaborateurs. Une plasticité travaillée à l’IAE de Toulouse, en master de management international. « J’ai pu étudier dans un univers multiculturel, qui n’était pas composé de clones comme en business schools. Apprendre à comprendre le fonctionnement des gens qui nous entourent était aussi au programme, pour justement développer notre capacité d’adaptation. Clairement, l’enseignement dispensé nous fournit un outil plus qu’utile dans le monde de l’entreprise : un décrypteur des relations humaines. La compétition n’est pas pour autant absente au sein d’un IAE, mais elle est saine. L’humilité est au cœur des valeurs transmises. Ainsi, la valeur d’un collaborateur ne dépend-elle pas de son diplôme, mais de son engagement, de son énergie. La méritocratie demeure essentielle. »

Murielle Wolski

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