La valeur ajoutée de la vie associative des grandes écoles

Préparations aux plus hautes fonctions. Si, si…
Préparations aux plus hautes fonctions. Si, si…

Antichambre du management

Elément incontournable du folklore de l’enseignement supérieur – et pas seulement dans les grandes écoles –, les associations étudiantes constituent une réelle opportunité de se roder à la vie en entreprise. Recruteurs et Etat en sont convaincus.

D’entrée de jeu, pour ne pas paraître ringard aux yeux de la célébrissime génération Y, mieux vaut ne pas parler d’« assoSS »’, mais d’« assO ». Un petit [s] appuyé et c’est un saut de génération effectué ! Léger, le sujet ? Estival ? « Bien au contraire, décoche illico Jean-Louis Allard, directeur de l’école d’ingénieurs Cesi, il est lourd et préoccupant. » L’investissement des étudiants dans ces associations ? Un dossier qu’il connaît bien. Le Cesi en compte plus d’une centaine, entrepreneuriales, humanitaires, sportives, évènementielles ou bien encore internationales… A Grenoble école de management (GEM), le seuil de la vingtaine est tout juste dépassé. L’Edhec frôle les 60. Mais le summum est atteint sur le campus de Jouy-en-Josas, avec 130 entités affichées par HEC.

Longtemps d’ailleurs, les business schools ont eu une vraie longueur d’avance en la matière. Elles en ont fait un argument marketing. Au fil des années, les écoles d’ingénieurs comblent leur retard. Moins marketée, l’offre à l’université existe tout autant. Aujourd’hui, le poids des associations est un élément différenciant entre établissements, quels qu’ils soient.

Quasi patron de PME !

Pour reprendre les propos de Jean-Louis Allard du Cesi, « dans les associations, il y a à boire et à manger ». Elles ne sont pas toutes du même intérêt. C’est vrai. Les recruteurs ne s’y trompent pas. Et tout dépend du rôle occupé. « Si l’évènementiel, l’organisation des rallyes perdurent, ils constituent la partie émergée de l’iceberg, souligne Pierre Barreaud, directeur des entreprises étudiantes et projets entrepreneurs à l’ISC. L’implication des étudiants va aujourd’hui bien au-delà. » Pour preuve le parcours d’Esteban Sanchez, 22 ans. Depuis avril dernier, il préside l’ISC network, société d’intérim interne à l’école parisienne. Son activité en quatre points : un chiffre d’affaires de 500000 euros ; 360000 euros redistribués auprès des intérimaires-étudiants ; 250 missions réalisées sur l’année ; 30 collaborateurs à gérer. Autant de caractéristiques dignes d’une petite entreprise. « Je n’aurais probablement pas pu apprendre en cours tout ce que recouvre ce poste », commente le jeune Esteban. Comptabilité, coordination d’équipe, négociations avec les partenaires, analyse et gestion du risque… Un formidable accélérateur de performance ! Avec sa triple casquette de responsable de communication au sein du bureau des élèves (BDE), des sports mais aussi pour le compte de l’Association d’œnologie de l’ESC Pau, Axel Lutz utilise la métaphore de « la boîte à outils. A la fin, on devient de vrais mécaniciens… en plus d’être socialement identifiés dans l’école ».

Reconnaissance de l’Etat

De purement folklorique, la vie associative du supérieur se professionnalise… au point de devenir partie intégrante du dispositif pédagogique, avec des crédits ECTS (European Credit Transfer System) à la clé. C’est même écrit noir sur blanc dans un décret publié le 10 mai dernier au Journal officiel (JO). Que dit-il ? « La reconnaissance de l’engagement des étudiants dans la vie associative, sociale ou professionnelle […] prend la forme notamment de […] crédits-ECTS, d’une dispense, totale ou partielle, de certains enseignements ou stages relevant du cursus de l’étudiant. »

Nombre d’écoles n’ont pas attendu cette parution pour valoriser le concept du « learning by doing ». Ainsi, participer à une association est une obligation à l’Idrac en deuxième et troisième années de bachelor et en première année de programme grande école. Et ce depuis la création de l’établissement. « Du chemin a été parcouru, constate Denis Broliquier, responsable Vie associative et projets étudiants dans l’école lyonnaise. On a dû se battre ! C’est pour amuser les étudiants, et ce à moindres frais, disaient certains professeurs extérieurs à l’école. » Environ 20 à 25 crédits sont ainsi accessibles sur les 300 nécessaires à la validation du diplôme.

Bien avant le décret ministériel, Toulouse business school (TBS) avait décidé de développer, à la rentrée 2017, un parcours aménagé : mi-temps en cours, classiquement ; mi-temps dans l’asso. Président, vice-président, trésorier… les cadres se voient même gratifiés de quelques crédits ECTS supplémentaires, selon la qualité de l’investissement. 25 à l’ESC Pau sur une année. « La génération millénium est attentive à l’impact de ses actions, souligne Pierre Barreaud de l’ISC. L’immédiateté prime. Aussi, œuvrer dans une asso les rode à l’anticipation. Rien que pour cet apprentissage-là, monter un évènement a un intérêt pédagogique. » Montant du jackpot en jeu ? 25 crédits sur une année.

De quoi doper un CV !

Essentiel comme filtre lors d’un recrutement, une fois sur le marché de l’emploi ? Cédric Foray, associé responsable du recrutement pour la France chez E&Y, l’un des big four de l’audit, qui prévoit de recruter 2400 collaborateurs en 2017 – dont 80% de jeunes diplômés –, répond : « Oui, oui et encore oui. Trois fois oui. S’investir dans une association est un vrai facteur différenciant. Cet état d’esprit, on le remarque dans la vie professionnelle. Ces jeunes-là seront plus impliqués dans leur entreprise, même au-delà de ce qu’on leur demandera. »

C’est dire combien les lignes en bas du CV comptent. Et même de plus en plus. « Elles traduisent une capacité à faire progresser un sujet, constate Stéphane Hégédus, directeur des ressources humaines de mc2i Groupe, cabinet conseil dans les IT. A se mettre au service du plus grand nombre, à s’ouvrir à différentes problématiques. Des critères indispensables dans les métiers du conseil. »

Faut-il encore en faire état, à l’écrit comme à l’oral. « Tous n’ont pas conscience qu’il faut la valoriser, commente Marie-Hélène Agard, directrice senior banque & assurance, public & non profit chez PagePersonnel, cabinet de recrutement et d’intérim. Les étudiants des grandes écoles sont mieux armés. » Et Florence Lacoste, directrice adjointe du programme grande école de Toulouse business school (TBS) de détailler le process en place : « Comment en parler ? Comment cela les a-t-il fait grandir ? Qu’ont-ils appris ? Autant de points auxquels nous les préparons. Souvent, avoir du recul est un exercice compliqué pour eux. » Pour Sylvie Bernard-Curie, associée, DRH talents de KPMG, « des responsabilités associatives constituent la marque de techniques de management maîtrisées. Sinon, les résultats ne seraient pas au rendez-vous ».

Murielle Wolski

 

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