Les réseaux d’ancien·nes des Grandes écoles sur le devant de la scène

Ces liens intergénérationnels si puissants…

Essentiels dans les pays anglo-américains, les réseaux d’ancien·nes – ou alumni – retrouvent toute leur pertinence, après une adaptation difficile mais nécessaire à l’ère numérique. Plus de services, plus de liens, une solidarité intergénérationnelle… Autant d’éléments particulièrement importants dans le contexte de crise actuel.

Aujourd’hui, toutes les grandes écoles se sont dotées d’un réseau d’ancien·nes. À dire le vrai, elles apportent même un soin particulier à l’entretenir. C’est devenu pour elles un argument fort pour attirer les étudiant·es et pour asseoir leur réputation. Au point que pour certaines, les effectifs, énormes – de 10 000 à 40 000 « anciens et anciennes » pour les associations les plus importantes –, et les budgets alloués n’ont pas à pâlir auprès d’autres réseaux d’entrepreneur·ses plus classiques : par exemple, le réseau d’HEC dispose d’un budget de 3 millions d’euros et de 20 salarié·es (en 2019). Celui de l’Essec, un budget similaire et plus de 10 salarié·es ! Un peu à la manière des comités des grandes entreprises. Et pour faire le poids, aux côtés de ces mastodontes, des réseaux plus petits n’hésitent pas à fusionner, comme, en leur temps, les réseaux des six écoles Insa.

Prestige et financement

Tout n’a pas toujours été aussi rose. En 2016, face à la concurrence des réseaux sociaux, les réseaux d’anciens, alors le plus souvent fondés et dirigés par des ancien·nes sans toujours un lien direct avec les établissements, ont dû évoluer pour rester pertinents. Au programme : plus de services, plus de rencontres… Par exemple, aujourd’hui, les réseaux d’alumni proposent de nombreux événements et rencontres – près de 1 000 par an pour les plus importants –, une pléthore de clubs thématiques, des ouvertures vers l’international… L’autre évolution majeure a été un rapprochement généralisé avec les directions des écoles – voire une absorption dans leur structure même. Il faut dire que pour ces directions, un réseau d’ancien·nes constitue un argument de prestige fort, mais il est surtout une source importante de financement, d’autant que depuis quelque temps les écoles ne sont plus financées par les chambres de commerce et d’industrie. C’est l’une des raisons qui font que le modèle d’adhésion évolue de plus en plus vers une inscription à vie, intégrée au coût de la scolarité, au lieu des cotisations classiques. Et les associations d’ancien·nes servent de tremplin aux fondations, qui sont de plus en plus fréquentes.

Tout le monde y trouve son compte

Mais il faut bien avouer que c’est, pour toutes les parties prenantes, de l’argent bien investi. Avant tout pour les étudiant·es – et, de plus en plus, potentiel·les entrepreneur·ses. Un réseau d’alumni leur apporte souvent un soutien financier, sous forme de bourses et autres aides. Mais un bon réseau d’ancien·nes va faire aussi beaucoup pour aider à l’intégration professionnelle : de multiples contacts augmentent les chances de décrocher des stages, voire un emploi à la sortie de l’école. Les rencontres avec des « ex » aident à affiner ses projets, aussi bien pré que post-diplôme. Et dès l’entrée dans sa vie professionnelle, le ou la « nouvel·le ancien·ne » bénéficie d’un réseau large et diversifié, ce qui ne peut que bénéficier à sa carrière, qu’il ou elle vise le salariat ou l’entreprenariat. On le sait, un réseau est précieux quand on veut lancer son entreprise… Un exemple resté dans les annales : la levée de fonds au lancement de PrimeMinister.fr, en 2007, avait récolté près de 14 millions d’euros auprès des ancien·nes d’HEC.

Un rôle renforcé par la crise

Les alumni eux·elles-mêmes ne sont pas en reste. Le réseau représente bien sûr l’opportunité de rester en contact avec des « camarades », mais il ouvre aussi d’intéressantes possibilités professionnelles. Le réseau est intéressant en lui-même, bien sûr, surtout parce qu’il présente souvent des profils variés, mélange plusieurs générations, entre salarié·es, hauts cadres, dirigeant·es d’entreprise, le tout dans des secteurs et activités diversifiés. Mais l’autre grande force des réseaux d’alumni, comparés à d’autres « classiques », réside dans leur potentiel pour le recrutement. Pour l’employeur, souvent, à degré de compétence égal, la familiarité créée par un parcours commun – la formation, les valeurs sont déjà communes – joue dans la décision de recrutement. Les écoles impliquent les ancien·nes pour qu’ils et elles dirigent en priorité leurs offres de stage et d’emploi à leurs étudiant·es et diplômé·es, lesquel·les y trouvent leur compte…

La pandémie actuelle a mis particulièrement en relief cette particularité des réseaux de ceux et celles qui sont passé·es par les écoles. Face aux difficultés inédites qu’affrontent étudiant·es et les jeunes diplômé·es, avec un marché de l’emploi particulièrement impacté par la covid, les réseaux n’ont pas hésité à se mettre à l’action, pour fournir des stages, des offres d’emploi, des rencontres, des coups de pouce… Une mobilisation précieuse pour les futur·es « ancien·nes ». 

Jean-Marie Benoist

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