Réseau Entreprendre : de l’art de créer des employeurs qui recrutent

Imaginé par un chef d’entreprise ulcéré d’avoir dû licencier…

Il avait dû, la mort dans l’âme, licencier 600 salariés, il y a 32 ans. André Mulliez, patron de Phildar, s’est alors mis en tête de créer un réseau d’aide à la création d’entreprises au nom d’une géniale idée : pour créer et sauvegarder des emplois, il faut créer… des employeurs ! Depuis, Réseau Entreprendre a « créé » plus de 14 000 entrepreneurs en France depuis sa création.

Réseau + Entreprendre. Difficile d’exprimer plus clairement l’objectif de cette association d’utilité publique qui se livre à une véritable chasse à l’homme et à la femme entrepreneur(e) ! « Créateurs, repreneurs, développeurs, nous aidons les gens à monter des boîtes, sourit Frédérique Jeske, la directrice générale, mais avant tout, comme l’a voulu André Mulliez, pour créer des emplois. » Il faut donc présenter des projets à fort potentiel, capables d’aboutir aux PME et aux ETI synonymes d’emplois durables. Les chiffres parlent : les 14 000 chefs d’entreprise que le Réseau désigne sous le nom de « lauréats » ont généré depuis le début de l’aventure quelque 120 000 emplois en France. Sans compter ceux que l’implantation internationale de l’association (10 pays) a suscités. Réseau Entreprendre mérite son nom : André Mulliez avait créé Phildar à Roubaix, il voulait que son initiative s’implante partout en France, que le réseau soit territorial. C’est réussi : 84 bureaux sont implantés dans l’hexagone, 124 au total avec l’étranger. Que se passe-t-il donc quand le porteur de projet pousse la porte de l’un d’eux, près de chez lui ?

14 000 bénévoles dans toute la France

« On accueille d’abord une personne », insiste Frédérique Jeske qui tient par-dessus tout aux valeurs humanistes léguées par le fondateur disparu en 2010. Une évidence qui ne va pas de soi, quel porteur de projet n’a pas eu parfois, dans d’autres instances, l’impression que c’était son business plan que l’on voulait voir avant tout ? Deuxième grand principe, la gratuité. Le candidat ne paiera rien… surtout pas le ou les bénévole(s) qui l’accueille(nt) pour un premier contact. Eux-mêmes ex-lauréats du Réseau Entreprendre, chefs d’entreprise aguerris, ils redonnent à l’association le temps qui leur fut consacré quand ils/elles ont lancé leur entreprise. Et pour cause, le troisième principe se nomme réciprocité. S’il réussit, le candidat devenu lauréat sait qu’il devra à son tour accueillir, un jour, un porteur de projet, quitte à ne pas le sélectionner.

Car l’analyse sera impitoyable. En région parisienne, où les dossiers de candidature se comptent par milliers, les rares « élus » savent déjà que leur projet a subi un criblage sévère.

L’étape suivante se révèle tout aussi déterminante : face au comité d’engagement, le ou les candidat(s) vont « pitcher ». Ils/elles se présentent et exposent le projet présélectionné devant un jury de 5 à 10 chef(fe) s d’entreprise. Redoutable : le vote exige l’unanimité. Au-delà de la future boîte dont le potentiel a été mesuré en amont, le/la candidat(e) se montrer suffisamment convaincant(e) : ses pairs ont besoin d’être sûrs qu’il/elle se pliera aux méthodes du Réseau.

C’est fait, vous voilà laureat(e) ? Tout commence…

Des gens qui ne veulent plus se quitter…

… par le volet financier. En cas de besoin, le futur chef d’entreprise se verra attribuer un prêt d’honneur dont la moyenne atteint 30 000 euros. Sans intérêt. Pas négligeable. Même si la somme n’est pas symbolique, elle détermine surtout un effet de levier auprès des banques vers lesquelles se tournera le créateur ou repreneur. « La somme initialement prêtée, explique Frédérique Jeske, ouvrira à des prêts généralement multipliés d’un facteur 13 ».


Validé, financé, le créateur n’en a fini avec le Réseau. S’ouvre pour lui l’accompagnement individuel, le mentorat en langage maison. Un chef d’entreprise va le « suivre », chaque mois, pendant deux ou trois ans. Au « novice » de jouer le jeu et de venir avec ses tableaux de reporting sous le bras. Pas d’inquiétude : en pur effet miroir, le pair le/la conseillera mais c’est le nouveau « patron » qui prendra toutes ses décisions.

Troisième temps de l’accompagnement, le « collectif ». Cette fois, les lauréats se réunissent au sein d’un « club », chaque mois, pour échanger, s’émuler. Ils ne sont pas livrés à eux-mêmes : Réseau Entreprendre organise pour eux des rencontres avec des experts ou des membres de l’écosystème du territoire. Un club qui s’auto-dissout à son tour dans l’espace de deux ou trois ans. Ou pas. « Il n’est pas rare que les membres du club recréent une façon de se réunir entre eux… » dixit la directrice générale.

Réseau Entreprendre toujours plus

Pour Frédérique Jeske, la force du réseau repose largement sur son enracinement local, proche des écosystèmes territoriaux, et celle qui fut dirigeante du Medef Sud, l’UPE 13 des Bouches-du-Rhône, en connaît l’importance. Les résultats sont là : 93 % des PME/ETI passées par l’accompagnement du Réseau Entreprendre sont en activité au bout de trois ans. 88 % au terme de cinq ans d’activité. L’heure pour ces jeunes pousses de repasser par les outils du Réseau que sont le Booster, par lequel des TPE reçoivent une aide musclée pour un projet spécifique, et Ambition, destiné à transformer de belles PME en ETI.

Reste à franchir la sélection sereine de ce Réseau dynamite. Une façon de vous assurer que vous êtes taillé(e) pour l’aventure. Effet kiskool ?

 Par Olivier Magnan

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