CEFA (Club économique franco-allemand)

Certains rêvent le modèle allemand, d’autres le cultivent bilatéralement.
Certains rêvent le modèle allemand, d’autres le cultivent bilatéralement.

Avoir le Rhin solide

Biculturalisme, bilatérisme, rencontre en mode européen avec le Club économique franco-allemand.

155 boulevard Haussmann, à Paris. L’ambassade d’Allemagne est à dix minutes en Vélib’ en passant par l’Arc de Triomphe et l’avenue Foch, l’Élysée est à moins de cinq minutes, Matignon à dix de plus. Le VIIIe arrondissement est un quartier aussi prestigieux que stratégique. C’est là que le Club économique franco-allemand (CEFA) a posé sa plaque, à l’entrée du large porche. Statuts, mode d’adhésion et grands principes ont été pensés et mis en place en 2004, le CEFA ayant été officiellement lancé en 2005. « Jusque-là, il existait le Cercle franco-allemand sur Paris, mais il traitait davantage de sujets politiques. Or, Paris est de toute évidence l’une des capitales économiques de l’Europe et il était donc étonnant que cette ressource n’existe pas. Certains membres réfléchissaient à la création d’une section distincte. Puis le Cercle a perdu un peu de souffle et le CEFA a vu le jour », resitue Oliver Nass, membre du Comex. Avec le soutien de l’ambassade d’Allemagne dont il est toutefois indépendant, le Club a vite défini son premier objectif : atteindre tout de suite une centaine de membres pour créer une vraie base, une légitimité afin de proposer à ses membres des conférences de grande qualité. Les dîners-débats, le cœur de la vie du CEFA qui organise quatorze événements par an. « Quelques grandes personnalités nous ont rejoints, nous avons choisi des lieux de prestige, mais tout cela s’est fait, même si nous avons des outils de communication, par le bouche-à-oreille. » Christophe Charoy a rejoint le réseau il y a quelques années. Mère allemande, père français, études supérieures d’ingénieur effectuées de l’autre côté du Rhin, armes de cadre dirigeant faites dans le groupe Mannesmann en Suisse, il est revenu en France il y a une décennie, et préside le groupe Multivac France, spécialiste mondial de solutions de conditionnement, depuis six ans. Un PDG totalement biculturel qui a vu son adhésion comme un prolongement de son management et un écho à ses prises de décisions. « L’approche est différente de la Chambre de commerce où l’on peut trouver des clients, des fournisseurs, où l’on voit beaucoup de banquiers et d’avocats. Le CEFA, ce sont des acteurs haut de gamme qui ont un passé et une expérience réelle de cette double culture. Christian Streiff (ancien PDG du groupe PSA Peugeot-Citroën et vice-président de Safran, NDLR), qui a succédé à Francis Mer, a fixé cinq-six thèmes de réflexion afin d’apporter quelque chose au débat économique. Je me suis personnellement impliqué sur le sujet de l’apprentissage. Mon entreprise compte 2 500 personnes dont 180 apprentis. C’est là que se trouve notre vivier le plus important pour la croissance. Identifier les pratiques et les facteurs de succès, dans nos deux pays, cela donne du sens. Notre contribution au débat public, nos recommandations, qui ne sont pas franchement faites pour plaire cependant tirées de notre expérience, ont été remises au gouvernement. »

Pas un think tank

Les adhésions ? « Elles ont lieu sous forme de parrainage, mais nous acceptons aussi les candidatures spontanées qui sont alors étudiées, donnent lieu à un entretien, avant que le Comex ne les valide. Ce qui compte, c’est la volonté aussi de contribuer à l’élan, appuie Oliver Nass, membre de la direction de l’équipementier automobile Punch. On n’attend pas forcément que chaque membre contribue tout le temps, il y a un Comité exécutif pour cela et un Conseil d’Orientation qui l’aide à avancer. » La pratique courante de l’allemand est-elle obligatoire ? « Non, les conférences sont données dans les deux langues. Ce qui est important en revanche, c’est d’avoir cette double approche culturelle, de la curiosité intellectuelle et de vouloir comprendre l’autre. » Quid du montant de l’adhésion ? Le montant s’élève généralement Pour 1000€ par an (4000€ pour les bienfaiteurs, 6000€ pour les partenaires, respectivement seize et onze à ce jour). Le club affiche une volonté affirmée d’ouverture : 30 % des événements accueillent effectivement des non-adhérents. Et une facilité d’accès est octroyée aux cadres de moins de trente-cinq ans. Du coup, PME/PMI comme grandes entreprises (Engie, Siemens, Sanofi, Safran…), françaises comme allemandes, se côtoient. « Ce qui compte pour nous ? C’est d’être issu de l’industrie. Deux tiers de nos membres sont des industriels ou en sont proches. Des avocats, nous n’en acceptons plus dans un souci d’équilibre, sourit Oliver Nass. Trois cent cinquante membres, avec une quasi-parité entre Français et Allemands, c’est bien pour conserver un esprit de club, des relations étroites aussi, puisqu’il y a entre 40 et 150 personnes lors des événements que nous organisons. Ceux qui nous rejoignent le font généralement au nom de leur société, en tant que chef d’entreprise mais aussi en tant que cadres. » Dîners ou déjeuners-débats avec des grandes personnalités, petits déjeuners avec des intervenants plus techniques sur des sujets comme la gestion de l’innovation ou la fiscalité, voyages en France et en Allemagne, le CEFA se défend d’être un think tank, préférant souligner l’expertise partagée, l’apport de sa contribution au réseau des clubs d’affaires franco-allemands qui compte onze entités françaises et huit allemandes et les liens privilégiés avec le club de Berlin.

Des pointures au micro

Jean Baghdad, directeur de la filiale française de SAF Holland spécialisée dans les essieux pour les remorques et les semis, a rejoint le CEFA il y a un an avec l’ambition de « prendre de la distance, le temps d’analyser et d’échanger certaines décisions et problématiques, élargir son horizon ». Un partage d’expériences pour ce dirigeant de 30 collaborateurs sur le territoire français. « Les objectifs et la configuration du CEFA, avec ce nombre d’adhérents limité, avec une cinquantaine de membres lors des événements, favorisent vraiment les échanges. Et puis, c’est très enrichissant, lors des dîners-débats, d’écouter Christian Scherer, le DG d’ATR, Jacques Aschenbroich, DG de Valeo, ou Thomas Buberl, le président d’Axa. Ce sont des cadres de haut niveau, avec une approche poussée de l’entreprise, de l’industrie, une connaissance des pratiques franco-allemandes. Ce que je retiens, c’est que la qualité de ces intervenants permet de se situer sur certaines problématiques, de se rassurer dans son approche. Et cela élargit l’esprit. » De quoi aussi entretenir les relations bilatérales et apporter sa pierre au débat européen.

Olivier Remy

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