Conférenciers et diffusion d’idées

Plus que des conférenciers, des créateurs de débats…
Plus que des conférenciers, des créateurs de débats…

Stand up !

De la forme et du sens, ou comment les conférences et ceux qui les donnent cisèlent la pensée des cadres sup’ et cultivent l’enthousiasme.

Des GAFAM aux PME-PMI en passant par les staffs du CAC40, tous s’en régalent. Cohésion d’équipe, management des hommes et des idées, mais aussi sentiment de plus en plus prégnant, souvent à juste titre, d’offrir une rencontre rare et qualitative à ses collaborateurs, à ses partenaires voire à ses clients, la conf’ est à donf’… Economistes, sportifs, journalistes, chefs étoilés, navigateurs, philosophes, spécialistes du Big Data et de l’intelligence artificielle, chercheurs, anthropologues, politiques évidemment… Un marché estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros qui a explosé en dix ans. Et si tout le monde n’a pas l’opportunité d’écouter le n°1 mondial du genre, l’ancien président américain Bill Clinton, ni même les Tony Blair et autre Nicolas Sarkozy, en France, les acteurs sont nombreux : A Speakers, Plateforme, Brand & Celebrities, StartnPlay, ou encore AdGency Experts. Lancée par Denis Adjedje, un homme de com’, un peu las de ce milieu où il avait réussi dans les années 1990-2000, et à la recherche autant d’un nouveau concept que d’un épanouissement intérieur, l’agence affiche près de 2000 interventions – des prestations qui tournent entre 3000 et 10000€ – dans le secteur.

Utile mais aussi précieux

« Le plus beau métier du monde, c’est le mien ! Cela demande un gros travail en amont parce que je rencontre tout le monde, à raison de deux à trois rendez-vous par jour. Nous avons 650 experts, une équipe de six personnes, 20% de croissance par an, mais surtout, j’ai troqué un très gros CA et beaucoup de salariés, une configuration dont je ne voulais plus, pour de l’humain. Quand on entend Philippe Gabilliet sur la chance, on a le sentiment d’être au contact de quelque chose d’utile et de précieux. Pour les autres, autant que pour soi. » Écouter, convaincre, intervenants comme entreprises… « La confiance se gagne goutte par goutte et se perd litre par litre, s’amuse ce quinqua très impliqué dans MoovJee et le Réseau Entreprendre, amoureux de boxe, mais qui n’a plus guère le temps d’enfiler les gants. Aujourd’hui, 62% des clients nous sollicitent pour une deuxième conférence, alors même que nous recevons beaucoup d’appels entrants. Des questionnements et des réponses de qualité, du partage avec l’idée de construire quelque chose avec un public, et en ce qui me concerne, la volonté de conserver ce lien avec les conférenciers, c’est la marque de fabrique d’AdGency Experts. » Malek A. Boukerchi est l’une de ses trouvailles. Ultra-trailer de l’extrême – il a parcouru des dizaines de milliers de kilomètres, jusqu’aux déserts de sables et de glace –, celui qui se revendique « conteur-médiateur » donne une conférence par mois depuis un an. « Mon propos, l’influence que je veux transmettre, quelle que soit l’histoire qui l’amène, c’est de parler du potentiel insoupçonné plutôt que du dépassement de soi, qui touche aux limites, donc au danger », pose celui qui a augmenté les distances autant « par désobéissance physique que pour prendre le temps de rencontrer les gens ». Lui qui cite l’Abbé Pierre, Jean Cocteau, Paul Éluard, les penseurs perses du siècle des Lumières, souligne les étymologies et s’amuse avec chaque mot. « Dans une société, dans des sociétés-entreprises, en quête d’exemplarité, je délivre un message d’enthousiasme, je viens cultiver l’émerveillement dans ces temps anxiogènes, je souligne qu’il faut voir le possible et qu’il faut apprendre à écouter, pas seulement à entendre. »

« Il n’y a d’intérêt que si l’on peut transmettre »

Docteur en histoire, Azélina Jaboulet-Vercherre enseigne à Sciences Po où elle a créé la « Sciences Po Wine School ». Son approche novatrice du vin, dont elle parle en faisant appel à l’art, à la musique et aux émotions, elle la partage depuis quelques mois devant les clients de l’agence, qui compte parmi ses références Carrefour, Danone, Adidas ou Chanel. « Je suis devenue docteur car je cherchais à renouveler la terminologie du vin. Mais le discours ne vaut que s’il est partagé et ma première motivation est d’aller chercher un public différent de celui de mes cours. Soyons honnête : il y a une forme d’austérité en tant qu’historien et il n’y a donc d’intérêt que si l’on peut transmettre. L’histoire n’a pas de temporalité là où les cadres sup’ et les entrepreneurs veulent du résultat. J’ai appris cela lors de ma thèse à Yale : le cours magistral, ça n’a plus de sens dans notre société. Et, justement, devant ces publics, il faut créer le lien, séduire, s’adapter au temps et à l’espace. Et avec AdGency Experts, les choses sont claires : liberté totale de pensée et d’expression, tout est possible ! » Une parole libérée, soignée aussi. « C’est de l’improvisation travaillée », reconnaît Malek A. Boukerchi.

Pilier du concept et du maillage entre les entreprises et les conférenciers, qu’il soumet à une matrice et à des entretiens avant de les programmer et de tirer les fils en coulisse lors de chaque intervention – parfois plusieurs fois par jour –, Denis Adjedje, qui organise aussi régulièrement des dîners-conférences, s’amuse de tout cela, y compris de lui-même. Le business, il connaît, mais il fait visiblement partie de ceux dont les années qui passent ont amélioré la posture. Enthousiasme, affirmation, écoute, audace, humilité, partage… des mots cardinaux qui créent un réseau invisible, mais terriblement puissant si l’on réfléchit en termes de diffusion d’idées, d’influence même. Une pelote qui se déroule. Et Malek A. Boukerchi de conclure : « Ensuite, le seul endroit où le mot succès arrive avant le mot travail, c’est dans le dictionnaire ».

Olivier Remy

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