La première vie de sportif, un tremplin vers la deuxième ?
La première vie de sportif, un tremplin vers la deuxième ?

Réseau qui se muscle

Ils partirent 500, ils arrivèrent 100000… La force de frappe du réseau des athlètes de haut niveau, quasiment inexploité mais ouvert à ceux qui en partagent les valeurs, pourrait s’avérer gigantesque.

Il y eut l’Amicale des anciens de l’INSEP, puis les Amis de l’INSEP, avec, à chaque fois, dans leurs rangs, de grands noms du sport, des monuments de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance. Depuis 2011, place au Club Insep Alumni.

« Parce que nous ne devons pas avoir de complexe : l’INSEP est une grande école au même titre que l’Essec, HEC. Une école de la performance où le sport forme l’individu. » C’est Stéphane Traineau, champion du monde de judo 1991 et double médaillé olympique, mobilisé depuis de longues semaines sur le terrain en amont des présidentielles et des législatives en tant que référent du programme sport de François Fillon, qui a repris la présidence de l’association et initié, « avec un énorme respect pour la culture du sport qui était portée jusque-là par des figures de notre milieu », un virage décisif. « On m’a sollicité. Je n’avais pas beaucoup de temps (il dirige depuis de nombreuses années avec sa femme Carré Final, une agence de RP, NDLR), mais avec la conviction que ce réseau était inexploité. Comment concevoir en effet que les quelque 110000 athlètes passés sur les listes de haut niveau, sans oublier les 2000 entraîneurs et les arbitres, ne soient pas connectés, qu’il n’y ait pas de réseau alors qu’ils sont partout ? J’y ai vu, avec des Maurice Houvion (athlétisme), des Bernard Grosgeorges et Gérard Bosc (basket-ball), un enjeu dans la transmission des savoirs, avec la perspective de rajeunir cette association, et l’ambition de valoriser des parcours exemplaires. Notre mission est d’accompagner ces athlètes dans leurs projets de reconversion. » Les Alumni du temple du sport se revendiquent 500 à ce jour, sur une base simple : 30 euros d’adhésion envoyés par lettre simple pour fédérer les Insépiens, mais aussi tous les sympathisants « qui partagent l’idée et les valeurs d’un sport humaniste fait d’engagement et de solidarité ».

Trois athlètes soutenus chaque année

Un club ouvert qui travaille déjà à accompagner, financièrement, certains athlètes dans leur projet. Le Pacte de Performance, lancé en 2014 par le ministère des Sports, ne concerne en effet que 200 athlètes sur les 7000 qui figurent sur les listes de haut niveau. « Or, constate Henri Helal, ancien patron des équipes de France d’aviron dans les années 1960 et 1970, même si on parle de double projet, il est difficile pour les sportifs d’être acteurs de leur projet personnel. Ils sont aspirés par leur vie de haut niveau, qui représente un investissement financier d’ailleurs parfois impossible pour certains. Et quand ils sortent avec un diplôme, ils ne sont pas toujours aptes à un métier. Ils sont souvent déconnectés, déresponsabilisés par le système. Nous devons faire ce lien. » À travers des trophées annuels, mais aussi des bourses de l’ordre de 4000 euros accordées chaque année à trois athlètes, dont au moins un paralympique. Récemment, Amélie Le Fur, athlète aux trois titres paralympiques, le boxeur Souleymane Cissokho, médaillé de bronze aux JO de Rio l’an passé, Benjamin Auffret, engagé dans des études d’ingénieur et lui aussi médaillé de bronze à Rio, ont bénéficié de ce coup de pouce de l’association, qui peut compter sur le soutien de la Fondation Aéroports de Paris et voit déjà plus grand. Beaucoup plus grand.

Vers un LinkedIn du sport

Nom de code, Sporteki. « Parce que c’est un peu une question du milieu : dans le sport, t’es qui ? », tente Stéphane Traineau, dans un sourire. L’objectif : lancer une plateforme de mise en relation des athlètes actuels avec leurs aînés, mais aussi toutes les entreprises et les collectivités qui voudront s’inscrire sur ce « LinkedIn du sport » pour proposer des stages, des CDD, des CDI, des conventions d’insertion ou simplement soutenir un athlète et le projet qu’il aura mis en ligne.

Une question bête… Pourquoi cela n’existe-t-il pas ? « On peut effectivement se le demander. Sans doute parce que chacun des acteurs se disait que la reconversion, c’était son affaire et que, du coup, personne n’a rien fait. Sans doute aussi parce que c’est un projet d’envergure et que le numérique, ça ne s’invente pas », explique Henri Helal. Sous le ministère de Thierry Braillard, les Alumni de l’Insep n’étaient, semble-t-il, pas une priorité. Avec l’arrivée de l’ancienne championne Laura Flessel, les choses devraient bouger, alors que l’association – « nous faisons tout cela en bénévole et chaque euro est réinvesti au profit des sportifs », tient à préciser Henri Helal – peut déjà compter sur un budget de 400000 euros avec le soutien de la Fondation FDJ, du CNOSF, de la DRJS Paris, de l’INSEP, de la Région IDF. De quoi lancer le site d’ici octobre et embaucher un premier permanent. « Curieusement, ce réseau n’est pas identifié alors qu’il est tentaculaire et dépasse largement nos frontières. Je connais des anciens de l’INSEP qui sont aujourd’hui chefs d’entreprise dans la Silicon Valley et qui ne demandent qu’à rendre, à faire le lien, à tendre la main à des jeunes qui cherchent un stage ou un job », explique Stéphane Traineau. Avant de conclure : « Dans le sport, on n’apprend pas qu’à gagner des médailles. On parle partout, tout le temps, des valeurs du sport. Or, l’entraide et la solidarité sont les premières d’entre elles. Elles doivent s’exprimer, réellement ».

Olivier Remy

 

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