La CPME : entre syndicalisme de service et lobbying

La CPME ou comment briser les chaînes de la solitude entrepreneuriale
La CPME ou comment briser les chaînes de la solitude entrepreneuriale

Tisseurs de liens économiques

Adhérer à un syndicat patronal ? Si les dirigeants des TPE-PME sont souvent trop seuls, ils restent méfiants. L’ex-CGPME en a fait son cheval de bataille.

Les candidats à la présidentielle ont reçu un livre blanc avec 89 propositions et cette mise en garde : « 5 ans pour agir », de la CPME. En quelques chiffres, la CPME représente 60000 adhérents directs, soit 600000 entreprises revendiquées en intégrant ceux des antennes locales et les membres des branches professionnelles, un maillage de 125 unions territoriales, près de 200 branches professionnelles et syndicats de métiers représentés, et une nouvelle identité, en lieu et place de la CGPME créée en 1944 par l’industriel parisien Léon Gingembre. Une longue histoire, un budget de 9M€ et 33 collaborateurs au siège, dans les Hauts-de-Seine, « mais surtout une organisation patronale qui n’est pas ankylosée », pose François Asselin, élu à la tête du syndicat en 2015. « Les PME et les TPE, c’est un géant économique qui représente un emploi privé sur deux mais qui n’est pas toujours bien traité », explique ce PDG d’une PME des Deux-Sèvres spécialisée dans la restauration de monuments historiques qui fait 6,2M€ de CA. « Or, il doit peser, être entendu, donc être actif. Nous sommes l’un des trois partenaires sociaux reconnus avec le Medef et l’U2P (UPA et UNAPL, NDLR). Les PME, c’est la France des patrons patrimoniaux. Il ne s’agit pas d’opposer les 5000 grandes entreprises aux PME mais nos réalités sont différentes. » Alors même que les relations avec l’U2P sont tendues sur fond de représentativité patronale et que, selon un sondage Ifop-Fiducial de 2015, 81% des dirigeants de TPE ne sont pas adhérents d’une organisation patronale, cette CPME 2.0 a l’ambition d’être un réseau pragmatique pour aider les PME dans leur gestion, les accompagner dans leur développement, leurs RH, et pour accroître leur réseau et leur visibilité.

« Syndicalisme de service »

Les raisons d’adhérer à la CPME ? « Les chefs d’entreprise ne doivent pas rester seuls, d’abord. La CPME leur permet de mutualiser leurs attentes et leurs problèmes, leur propose un accompagnement, qu’il soit juridique, financier, sur les marchés, la formation, avec des experts disponibles sur leur domaine de compétences et quelle que soit leur convention collective. Intégrer notre réseau, qui n’est pas un réseau d’affaires, même si les CPME territoriales organisent des rencontres business, c’est aussi l’opportunité de peser au niveau du territoire et d’exercer des mandats : CPH, tribunal de commerce, Urssaf, CCI, CAF, CPAM, AGEFOS… à travers lesquels il est possible de faire entendre sa voix. Parce que le vrai combat à gagner est celui des idées. »

L’adhésion ? Elle peut être parrainée mais ce n’est pas une nécessité. Industrie, commerce, services, artisanat… toutes les branches sont représentées et généralement organisées en commissions dans les départements et au niveau régional. La cotisation annuelle varie selon les départements. Comptez en moyenne entre 150€ (pour un auto-entrepreneur et les nouvelles entreprises) et 600€ pour une entreprise de plus de 50 salariés avec des paliers intermédiaires, autour de 400€ pour une TPE de dix personnes.

Expertise et lobbying

Élu à la présidence de la CPME de l’Isère (500 adhérents) fin février, Jérôme Lopez, 45 ans, a rejoint le syndicat en 2009, sept ans après avoir repris l’entreprise d’usinage où il avait effectué son stage d’études d’ingénieur. « Intégrer ce réseau, c’est promouvoir non seulement une idée, mais des actions, une économie, une manière de voir l’entreprise et sa relation avec ses salariés », explique le PDG de Parolai Stil Eco, qui a trouvé aussi sur son territoire des partenaires pour sous-traiter la fabrication de boîtes hermétiques utilisées dans le milieu médical. « En se réunissant lors d’un petit-déjeuner que nous organisons un jeudi sur deux, en visitant chacun notre tour nos entreprises, en communiquant via nos mails d’info, les commissions thématiques et les commissions métiers, nous échangeons pour devenir plus forts. Le chef d’entreprise est un homme ou une femme qui prend des risques. Mais nous ne sommes pas des Superman pour autant. Aspects techniques, commercial, management, financement et négociation avec les banques, pilotage d’activité et lecture des indicateurs, il faut des connaissances dans tous les domaines. Un réseau comme la CPME permet tout cela. » Avec trois axes prioritaires sur un territoire pluriel entre le Nord-Isère et le bassin grenoblois. « Enfoncer le clou sur la RSE et faire partager notre expérience au national, renforcer la visibilité des adhérents entre eux avec des outils pour mieux se voir et favoriser le maillage territorial. Et enfin, un axe plus politique : avoir des représentants dans les Communautés de communes pour rencontrer les élus et leur permettre de mieux connaître le monde de l’entreprise. » Et François Asselin de conclure avec un discours qui invite à la responsabilité : « Les jeunes ont envie de faire quelque chose de leur vie, ils ne cherchent pas la planque, ils veulent se réaliser. À nous d’être à la hauteur dans cette quête de sens. À nous d’avoir le courage de poser les actes. »

Olivier Remy

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